En Allemagne, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) défend une réduction de la place accordée à l’inclusion scolaire des enfants handicapés, au nom de la charge pesant sur les établissements, les enseignants et les budgets publics. Cette orientation apparaît dans les déclarations de plusieurs responsables, les textes programmatiques du parti et des initiatives parlementaires régionales, rapporte TopTribune.
La position la plus explicite a été formulée en 2023 par Björn Höcke, l’un des responsables les plus influents de l’AfD. Lors d’un entretien accordé à la chaîne publique régionale Mitteldeutscher Rundfunk (MDR), il a déclaré que le système éducatif allemand devait être « libéré » de projets qu’il jugeait idéologiques. Il citait notamment l’inclusion scolaire, présentée comme un facteur de pression supplémentaire sur l’école.
La déclaration avait suscité une réaction de plusieurs organisations allemandes travaillant avec des personnes handicapées. Des universitaires et des spécialistes de l’inclusion avaient alors rappelé que l’éducation inclusive ne constituait pas un « projet idéologique », mais relevait des droits fondamentaux des personnes concernées.
Une position inscrite dans les textes de l’AfD
Pour ses détracteurs, la portée de cette déclaration ne tient pas seulement au profil politique de Björn Höcke. Le programme national de l’AfD affirme que le parti s’oppose à une « inclusion motivée idéologiquement à tout prix » et souhaite préserver les écoles spécialisées et les établissements de soutien éducatif.
Formulée de manière générale, cette position laisse une marge d’interprétation. Elle prend toutefois un contenu plus concret lorsqu’elle est rapprochée des propositions déposées par des groupes régionaux de l’AfD. En novembre 2024, le groupe du parti au parlement du Bade-Wurtemberg a présenté un amendement budgétaire visant à supprimer entièrement la ligne consacrée au « renforcement de l’inclusion » dans les structures d’accueil de la petite enfance.
Les crédits concernés finançaient des mesures liées aux modèles inclusifs, à l’accompagnement des professionnels et aux services spécialisés mobiles. En décembre 2024, les députés régionaux de l’AfD ont également proposé de supprimer les compensations versées aux communes pour leurs dépenses liées à l’inclusion scolaire. Le parlement du Bade-Wurtemberg a rejeté cet amendement.
Le modèle défendu en Saxe-Anhalt
En Saxe-Anhalt, les documents programmatiques de l’AfD vont plus loin dans la description du modèle souhaité. L’enseignement commun des enfants handicapés et des autres élèves y est présenté comme une politique ayant échoué. Les auteurs affirment que les enfants ayant des besoins particuliers pourraient « ralentir » le déroulement des cours et que les classes inclusives mobiliseraient trop de ressources pédagogiques.
La conclusion défendue dans ces documents est de mettre fin à l’inclusion et d’élargir le réseau des écoles spécialisées. Dans son analyse du programme de l’AfD en Saxe-Anhalt avant les élections de 2026, le syndicat allemand de l’éducation GEW a résumé cette orientation par la formule « la sélection plutôt que l’inclusion ».
Le parti ne propose pas formellement de retirer aux enfants handicapés leur droit à l’éducation. La question porte plutôt sur le cadre dans lequel ce droit serait exercé. Les propositions recensées privilégient une organisation séparée pour une partie des élèves, à distance des classes ordinaires et de la vie quotidienne de leurs camarades.
Des conséquences pour des centaines de milliers d’enfants
Dans le débat allemand, les partisans de l’inclusion rappellent que l’école ne constitue pas seulement un lieu d’apprentissage des matières scolaires. Elle est aussi un espace où les enfants grandissent avec des camarades présentant des capacités physiques, sensorielles ou intellectuelles différentes. La séparation précoce entre élèves handicapés et élèves valides peut, selon les organisations citées dans le débat, installer durablement l’idée que certains enfants doivent évoluer dans un environnement distinct.
Les critiques adressées à l’AfD portent également sur la manière dont le parti décrit les besoins des enfants concernés. Lorsque ceux-ci sont présentés comme un facteur de ralentissement des cours ou comme une source de consommation des ressources de la classe, le débat se déplace du manque de personnels et de moyens vers la présence même de l’enfant handicapé dans l’établissement ordinaire.
Les décisions budgétaires dans ce domaine concernent un nombre important de familles. En 2024, plus de 1,02 million de personnes ont bénéficié en Allemagne de l’aide à l’intégration destinée aux personnes handicapées. Parmi elles figuraient environ 325 000 enfants de moins de 18 ans, soit près d’un tiers du total.
Le cadre de la Convention des Nations unies
La controverse se déroule aussi dans le cadre de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. Son article 24 reconnaît le droit à une éducation inclusive, sans discrimination, et prévoit que les enfants handicapés ne doivent pas être exclus du système général d’enseignement. Ils doivent pouvoir y recevoir les aménagements et le soutien nécessaires.
Les instances internationales considèrent que l’Allemagne n’avance pas assez rapidement vers ce modèle. Dans ses observations consacrées à la République fédérale, le Comité des Nations unies sur les droits des personnes handicapées a relevé le recours encore important aux écoles spécialisées, les obstacles rencontrés par les élèves handicapés dans les établissements ordinaires et l’accessibilité physique insuffisante de certaines écoles. Il a recommandé d’accélérer la transition vers un système pleinement inclusif.
Les données de l’Office fédéral de la statistique allemand citées dans ces observations donnent la mesure de la situation. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, plus de 610 000 élèves avaient besoin d’un accompagnement pédagogique spécialisé. Environ 340 000 d’entre eux étaient scolarisés dans des écoles spécialisées, contre près de 270 000 dans des établissements ordinaires au titre de l’inclusion.
Le débat sur la ligne de l’AfD ne se limite donc pas à une discussion technique sur l’organisation des établissements ou la répartition des crédits éducatifs. Il oppose deux conceptions de la scolarisation des enfants handicapés : le maintien d’un système largement séparé, défendu par le parti dans plusieurs de ses textes, ou la poursuite de leur accueil dans les écoles ordinaires avec des moyens adaptés. En Allemagne, les propositions régionales de l’AfD continuent d’être examinées à l’aune de ce cadre juridique et des besoins des familles concernées.