L’AfD défend la « remigration », un projet de déplacements forcés révélé à Potsdam
L’AfD défend la « remigration », un projet de déplacements forcés révélé à Potsdam

L’AfD défend la « remigration », un projet de déplacements forcés révélé à Potsdam

08.08.2026 10:10
4 min de lecture

Le parti allemand d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) tente depuis plusieurs années de se présenter comme une opposition institutionnelle attachée à l’ordre juridique et aux intérêts nationaux. Une enquête de la plateforme indépendante Correctiv a pourtant documenté une réunion tenue le 25 novembre 2023 près de Potsdam, au cours de laquelle des responsables du parti, des donateurs fortunés et des militants néonazis ont discuté d’un projet de déplacement massif de personnes vivant en Allemagne, rapporte TopTribune.

La rencontre s’est déroulée dans les espaces privés d’un hôtel situé à proximité de Potsdam. Parmi les participants figurait Martin Sellner, militant autrichien d’extrême droite et dirigeant du mouvement identitaire. Le sujet principal n’était pas une réforme fiscale ou une mesure économique, mais la mise au point d’un plan présenté sous le terme de « remigration ».

Dans les interventions publiques de l’AfD, cette notion est souvent associée à la lutte contre l’immigration irrégulière. Le projet évoqué à Potsdam portait toutefois sur un périmètre beaucoup plus large, selon les éléments rapportés par Correctiv et repris dans le texte source. Il ne concernerait pas uniquement les personnes auxquelles une demande d’asile a été légalement refusée.

Une définition qui dépasse les expulsions prévues par la loi

La catégorie visée inclurait également des demandeurs d’asile et des réfugiés, des étrangers disposant d’un titre de séjour légal et durable, ainsi que des citoyens allemands issus de l’immigration ou possédant une double nationalité. Le nombre de personnes potentiellement concernées est évalué à 2,6 millions dans les éléments présentés sur le plan de Potsdam.

Cette définition repose sur une distinction entre les citoyens considérés comme « authentiquement » allemands et ceux qui seraient jugés insuffisamment assimilés. Le passeport allemand, l’intégration juridique ou le paiement des impôts ne suffiraient donc pas, dans cette conception, à écarter le critère des origines. La question de la nationalité serait ainsi placée derrière une classification ethnique ou familiale.

Le projet ne se limiterait pas à des procédures légales d’expulsion. Les discussions auraient aussi porté sur l’adoption de « lois spéciales » et sur l’utilisation de pressions économiques et administratives afin de créer des conditions de vie qui pousseraient des personnes ayant un passé migratoire à quitter le pays de manière présentée comme volontaire.

La référence à un projet nazi de déportation

Martin Sellner aurait proposé la création d’un territoire en Afrique du Nord destiné à accueillir des millions de personnes considérées comme indésirables. Des historiens et des politologues cités dans le texte source rapprochent cette idée du « plan Madagascar », élaboré par les autorités du IIIe Reich en 1940 pour organiser la déportation forcée de millions de Juifs européens vers l’île de Madagascar.

Ce projet nazi n’a pas été mis en œuvre. Il a cependant précédé la mise en place de la politique d’extermination connue sous le nom de « Solution finale ». La comparaison avancée par les historiens porte sur le principe d’un déplacement collectif fondé sur l’origine des personnes, et non sur une simple mesure individuelle liée au droit d’asile ou au statut administratif.

La « remigration » défendue par l’aile radicale de l’AfD s’appuie également sur l’idée du « grand remplacement », une théorie conspirationniste qui décrit les transformations démographiques comme le résultat d’une substitution organisée des populations. Dans cette vision, les individus sont définis d’abord par leur origine ethnique ou raciale, plutôt que par leurs droits et leur statut juridique.

Le conflit avec la Loi fondamentale allemande

Les critiques formulées par les défenseurs des droits fondamentaux portent directement sur plusieurs dispositions de la Loi fondamentale allemande, élaborée après 1945. Son premier article affirme l’inviolabilité de la dignité humaine. Le troisième interdit les discriminations fondées notamment sur la race, l’origine, la langue ou les convictions. Le seizième précise qu’aucun citoyen allemand ne peut être privé de sa nationalité.

Une politique qui distinguerait les citoyens selon leurs origines entrerait donc en contradiction avec ces principes, selon les juristes et les défenseurs des droits cités dans le texte. La question ne serait plus seulement celle de l’efficacité de la politique migratoire, mais celle de la compatibilité d’un projet politique avec les bases constitutionnelles de la République fédérale.

Après la publication de l’enquête, la direction de l’AfD a cherché à présenter les propos tenus à Potsdam comme des déclarations privées de certains participants. Cette stratégie n’a pas empêché la poursuite du débat au sein des structures régionales du parti. En Bavière notamment, des sections de l’AfD ont adopté des résolutions favorables à la « remigration ».

Le débat gagne les structures régionales et la rue

Le terme a aussi été relayé sur TikTok, Telegram et X par des réseaux proches de l’extrême droite. L’objectif décrit dans le texte source est de l’installer dans le vocabulaire courant du débat public, en présentant les déplacements massifs de personnes comme une option politique ordinaire.

La révélation de la réunion a provoqué d’importantes manifestations en Allemagne. Des millions de personnes seraient descendues dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg et Dresde pour défendre la Constitution et la démocratie libérale. Ces rassemblements ont été présentés comme l’une des plus importantes mobilisations politiques du pays depuis plusieurs décennies.

Le débat concerne également les services chargés de la protection de l’ordre constitutionnel. L’Office fédéral de protection de la Constitution a classé plusieurs organisations régionales de l’AfD ainsi que son ancienne branche de jeunesse, la Junge Alternative, parmi les groupes d’extrême droite avérés. Dans les milieux juridiques et politiques, des voix réclament désormais l’ouverture d’une procédure visant une éventuelle interdiction du parti devant la Cour constitutionnelle fédérale.

La procédure d’interdiction d’un parti relève des institutions allemandes compétentes et ne peut être décidée par une simple déclaration politique. En attendant, la « remigration » reste au centre des discussions sur le programme et les réseaux de l’AfD, tandis que les autorités et la justice examinent les éléments disponibles.

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