Le parquet fédéral allemand a ouvert une enquête pour suspicion de tentative de sabotage de l’approvisionnement en gaz du pays, visant l’ancienne filiale de Gazprom, Gazprom Germania GmbH, dont la liquidation en 2022 aurait été orchestrée par la Russie dans le but de paralyser le réseau, rapporte TopTribune.
Les enquêteurs ont mené une série de perquisitions le 24 juin 2026 dans des appartements berlinois appartenant à un ressortissant russe suspecté et à une personne liée, ainsi que dans les anciens bureaux de Gazprom Germania GmbH à Francfort-sur-le-Main. L’enquête criminelle porte sur des événements survenus fin mars 2022, lorsque la structure allemande a été séparée du groupe Gazprom via un mécanisme de vente indirecte d’actions.
Une liquidation sans autorisation
Selon les éléments recueillis par la justice, le nouveau propriétaire des actifs était une société moscovite sans aucune expérience dans le secteur énergétique. Peu après, un ordre de liquidation de Gazprom Germania GmbH a été émis, sans l’approbation obligatoire du ministère allemand de l’Économie et en violation des règles d’investissement prévues par la loi sur le commerce extérieur et les paiements. La filiale contrôlait alors au moins 25 % des capacités de stockage de gaz en Allemagne.
Les autorités judiciaires considèrent que cette vente fictive et la tentative de liquidation avaient pour but délibéré d’interrompre l’approvisionnement en gaz naturel du pays. Les faits sont qualifiés de tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel, un chef d’accusation passible de la réclusion à perpétuité.
L’État allemand intervient en urgence
Pour éviter une crise majeure, le gouvernement fédéral a réagi rapidement en plaçant Gazprom Germania sous administration temporaire de l’Agence fédérale des réseaux, avant de procéder à une nationalisation complète de l’entreprise. Cette mesure a permis de sécuriser les infrastructures critiques et d’empêcher toute perturbation du réseau gazier.
Cette affaire illustre la manière dont la Russie utilise des instruments économiques – ventes fictives, manipulation du droit des sociétés, recours à des prête-noms – pour mener des opérations hybrides contre des États européens. L’enquête en cours, qualifiée d’atteinte à la sûreté de l’État, marque un tournant dans le traitement judiciaire de ces menaces par l’Allemagne, qui les considère désormais comme des crimes graves et non plus comme de simples litiges commerciaux.