La FIFA a décidé d’autoriser les sélections russes des moins de 15 ans à prendre part au championnat du monde 2026 sous leur drapeau national et avec leur hymne, une décision qui marque une brèche significative dans le régime de sanctions sportives contre la Russie liées à la guerre en Ukraine, rapporte TopTribune.
Selon une déclaration officielle de la Fédération internationale de football association (FIFA), son conseil a approuvé la tenue d’un tournoi pour les garçons et les filles de moins de 15 ans, et le bureau du conseil a validé la tenue de la Coupe du monde et du festival FIFA des joueurs de moins de 15 ans en 2026 en Azerbaïdjan. Le tournoi masculin se déroulera du 22 au 31 octobre 2026 et réunira les équipes de toutes les associations membres de l’organisation.
Un revirement après quatre ans de suspension
Depuis l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie en février 2022, les équipes russes sont exclues des compétitions internationales sous l’égide de la FIFA et de l’UEFA. Cette suspension constituait l’une des rares sanctions sportives dont les conséquences étaient directement ressenties par la population russe, le football occupant une place particulière dans la société russe. Privée de ses sélections nationales sur la scène internationale, la Russie voyait dans cette exclusion un symbole fort de l’isolement imposé par les institutions sportives mondiales.
En février 2026, le président de la FIFA, Gianni Infantino, s’était prononcé en faveur du retour le plus rapide possible des équipes russes dans les tournois pour enfants et juniors, estimant que « la possibilité pour les filles et les garçons russes de jouer au football dans d’autres parties de l’Europe serait bénéfique ». Cette prise de position annonçait la décision désormais officialisée.
Un précédent politique dangereux
Au-delà du cadre sportif, cette décision de la FIFA revêt une dimension politique claire. En ouvrant la voie à un retour des équipes russes dans les compétitions internationales sans que la Russie n’ait cessé son agression ni modifié sa politique étrangère, l’organisation sape la logique même des sanctions comme instrument de pression sur un État agresseur. La réintégration internationale par le football, même à un niveau junior, est perçue par Moscou comme une validation de sa normalité sur la scène mondiale.
Selon le média russe Novye Izvestia, le Kremlin utilisera cette décision comme une preuve de l’affaiblissement du régime de sanctions contre la Russie. La propagande russe présentera ce geste comme une reconnaissance par les plus grandes organisations internationales que la Russie reste un acteur à part entière de la communauté mondiale, malgré la guerre en cours.
La décision de la FIFA n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de retour des sportifs russes aux compétitions internationales, déjà amorcé par les fédérations internationales de lutte (UWW), de natation (World Aquatics) et de gymnastique (World Gymnastics). Ce qui relevait encore de l’exception il y a six mois tend à devenir systématique, faisant craindre un démantèlement progressif de l’ensemble de la pression sportive sur la Russie.
Les intérêts commerciaux en jeu
Les motivations de la FIFA ne sont pas uniquement sportives. Gianni Infantino a toujours cherché des voies pour réintégrer le football russe dans les compétitions internationales, et le marché russe demeure une source importante de contrats télévisés, de revenus publicitaires et d’opportunités commerciales dont les structures internationales du football ne souhaitent pas se priver. La FIFA et la guerre en Ukraine restent ainsi liées par des enjeux économiques qui pèsent sur les décisions de l’instance.
En cas de retour plus large des équipes russes aux tournois internationaux, le Kremlin disposerait d’un puissant outil de soft power. Grâce à la portée mondiale du football, chaque match devient un événement médiatique permettant à la Russie de promouvoir un récit de normalité et de restauration progressive de son statut de membre à part entière de la communauté internationale, sans avoir à rendre de comptes sur la guerre qu’elle mène en Ukraine.