A l’Assemblée nationale, une proposition de réduire la durée des séances quotidiennes se retrouve au cœur des débats alors que les députés, épuisés, continuent de plancher sur les projets de loi de finance et de financement de la Sécurité sociale. Les débats, qui se tiennent depuis le 24 octobre, souvent jusqu’à minuit, poussent la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, à envisager une modification des horaires, envisageant désormais de siéger jusqu’à 21 heures, du lundi au jeudi, rapporte TopTribune.
« Ça ne sert à rien d’avoir des gens crevés »
Le député MoDem Erwan Balanant a exprimé son désaccord avec l’organisation actuelle du travail. « Ça fait cinquante jours qu’on bosse et qu’on bosse fort, cette organisation du travail n’est pas satisfaisante… Sauf urgence, il faut réfléchir à une organisation bien plus cohérente. Finir à 21 heures permettrait de se ressourcer et de mieux travailler les sujets », a-t-il souligné. D’autres députés, comme Laurent Baumel, abondent dans ce sens, constatant que la fatigue impacte leur capacité de concentration. « Parfois, on ne sait plus trop sur quoi on vote, quel amendement est examiné, ça va trop vite », a-t-il déclaré.
Arthur Delaporte partage également ce constat. « Ce n’est pas sain de légiférer de 9 heures à minuit. Ce serait faux de dire qu’on a la même concentration lors des séances de nuit », a-t-il ajouté, dénonçant une forme de « virilisation du débat politique » où le besoin de repos est négligé.
« Il faut fatiguer les chevaux… »
La proposition de Braun-Pivet de tester des séances s’arrêtant à 21 heures suscite des avis partagés. Eric Coquerel, président insoumis de la commission des Finances, avertit qu’il y a des risques d’un recours au « minimalisme » législatif. Pour lui, le temps des débats pourrait être limité, ce qui diminuerait la qualité de la législation. Laurent Jacobelli, député RN, se montre également prudent, tout en saluant l’idée d’une nouvelle organisation, mais considère que cela reste secondaire par rapport aux problèmes que rencontrent les Français.
Du côté écologique, Sandrine Rousseau soutient la proposition, tout en insistant sur la nécessité de revoir le rythme global des travaux, soulignant l’impact des horaires sur les majorités parlementaires parfois précaire.
« Antiparlementarisme primaire »
En revanche, certains députés expriment leur résistance à ces changements, telle que l’élu Harold Huwart qui considère que les députés de province, souvent éloignés, préféreraient travailler davantage lors des sessions. « Faire croire que l’on est fatigué nourrit l’antiparlementarisme primaire », a tranché Prisca Thevenot. Selon elle, les députés doivent s’organiser sans se préoccuper de leur fatigue. De son côté, Charles de Courson rappelle que la majorité des députés sont des provinciaux, et s’insurge contre ces propositions qui pourraient nuire à l’efficacité de l’Assemblée.