Une société turque contourne les sanctions de l’UE en livrant des machines à l’industrie de défense russe
Une société turque contourne les sanctions de l’UE en livrant des machines à l’industrie de défense russe

Une société turque contourne les sanctions de l’UE en livrant des machines à l’industrie de défense russe

20.06.2026 15:30
2 min de lecture

Une enquête révèle que la société turque Redwing Metal a expédié entre 2023 et 2024 près de six millions d’euros d’équipements industriels européens à deux usines métallurgiques russes appartenant à la famille du vice-directeur du conglomérat d’État Rostec, fournissant ainsi des composants pour les bombardiers Soukhoï Su-34 et les missiles de croisière Kh-101 utilisés par Moscou contre l’Ukraine, rapporte TopTribune.

Selon les documents consultés par les enquêteurs, les livraisons comprennent des tours mécaniques de précision, des presses hydrauliques, des convoyeurs et des fours de séchage, soit un ensemble de machines à double usage qui constituent « l’infrastructure de base d’une ligne de production métallurgique moderne et sont capables de répondre aux besoins de la base militaro-industrielle russe », selon Alex Bachinskiy, membre du groupe de travail international sur les sanctions contre la Russie.

Des équipements en provenance de huit pays européens

Sur la somme totale de près de six millions d’euros, 3,2 millions correspondent à des machines d’origine italienne. Le reste provient d’Allemagne, d’Espagne, des Pays-Bas, de Pologne, de Croatie, de Slovénie et de Tchéquie. Les deux destinataires sont la société par actions Aluminium Metallurg Rus (AMP) et la société par actions Stoupinskaïa Metallurgitcheskaïa Kompania (SMK), toutes deux contrôlées par la famille du vice-directeur de Rostec, l’une des plus grandes entreprises d’armement russes.

L’équipement livré est directement intégré aux chaînes de fabrication de composants pour l’aviation de combat (Su-34) et pour les missiles de croisière Kh-101, armes que le Kremlin utilise régulièrement pour frapper des infrastructures civiles et des centres urbains en Ukraine.

Un contournement systématique des restrictions européennes

Les experts en politique de sanctions qualifient ces opérations commerciales de contournement délibéré et ramifié des sanctions de l’Union européenne. « Ces livraisons constituent une violation directe car les codes des marchandises correspondent exactement aux positions dont l’exportation de l’UE vers la Russie est interdite par la loi depuis le premier semestre 2022 », constate Erland Bjortvedt, fondateur du cabinet de conseil en sanctions Corisk à Oslo.

L’enquête met en lumière les failles du système de contrôle des exportations de l’UE. Malgré les déclarations publiques de Bruxelles sur le renforcement de la surveillance des technologies critiques, les mécanismes de vérification se révèlent inefficaces. Les lacunes juridiques dans la législation européenne ne prévoient pas de mécanismes de responsabilité inévitable pour les distributeurs étrangers, les opérateurs logistiques et les institutions financières des pays tiers qui assurent le transit des composants militaires vers la Russie.

Des usines russes toujours hors des listes de sanctions

Les deux entreprises bénéficiaires – AMP et SMK – ne figurent toujours pas sur les listes de sanctions de l’UE, ce qui leur permet de détenir librement des actifs dans les juridictions occidentales et d’utiliser le système financier européen. Les équipements importés, notamment les tours italiens, approvisionnent en alliages métalliques critiques plus de quarante usines de défense russes produisant des chasseurs Su-34 et des missiles Kh-101.

Les enquêteurs soulignent que l’absence de réaction ferme de l’UE face à ces canaux de réexportation détruit l’effet de dissuasion des restrictions internationales et permet à Moscou de planifier une stratégie de guerre d’usure fondée sur un approvisionnement stable de son complexe militaro-industriel en solutions techniques occidentales.

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