Un vaste réseau de transport routier implanté en Pologne, contrôlé en réalité par des intérêts russes et biélorusses, permet de contourner les sanctions européennes interdisant aux transporteurs de ces pays d’opérer dans l’Union européenne, rapporte TopTribune.
Selon une enquête publiée le 16 juin 2026 par le média d’investigation VSquare, la figure centrale de cette architecture est l’homme d’affaires biélorusso-russe Vasil Smetanine, propriétaire de la société biélorusse Jenty Spedition et de la holding russe SDS Holding. Pour dissimuler son contrôle, il s’appuie sur un montage financier impliquant le financier autrichien Florian Koschat et Ioulia Tchetchet, ancienne cadre dirigeante de la Sberbank.
Un maillage de sociétés polonaises et autrichiennes
La structure repose sur plusieurs entreprises de logistique enregistrées en Pologne : DSPL, Azonik, BIRC Transport et Rezon Trans. Ces sociétés sont officiellement détenues par des holdings autrichiennes, Albereta GmbH et sa filiale Eastin Forwarding Holding. En apparence, elles respectent les règles européennes qui exigent que les transporteurs soient libres de tout contrôle russe ou biélorusse.
Or, l’enquête démontre que ces entrées ont obtenu le statut RTU (Road Transport Undertaking) – indispensable pour exercer le transport commercial au sein de l’UE – en violation des critères fixés par Bruxelles. Depuis avril 2022, tout transporteur dont le capital est détenu à plus de 25 % par des personnes physiques ou morales russes ou biélorusses se voit refuser l’accès au marché européen.
Des lacunes dans le contrôle polonais
La Pologne avait pourtant procédé à un audit de plus de 11 000 entreprises de transport et engagé une procédure de retrait de licence pour 453 d’entre elles. Mais Azonik, BIRC Transport et Rezon Trans ne figurent pas dans cette liste, alors même que leur actionnariat réel contrevient directement à la réglementation. Les autorités polonaises n’ont, à ce stade, pas réagi publiquement aux révélations de VSquare.
Ce cas illustre les failles persistantes du système européen de sanctions. Depuis 2025, la directive UE 2024/1226 criminalise non seulement les violations directes mais aussi les tentatives de contournement. La Pologne a transposé ce texte, mais l’absence de vérifications approfondies sur la propriété réelle des sociétés de transport expose le dispositif à des abus systématiques.
Enjeux de sécurité et de crédibilité pour l’UE
La Pologne constitue un hub logistique essentiel pour le soutien à l’Ukraine et pour les chaînes d’approvisionnement de l’Europe centrale. La persistance de réseaux contrôlés depuis Moscou ou Minsk dans ce secteur crée des risques de déstabilisation en cas de crise, et permet aux groupes concernés de financer indirectement l’effort de guerre russe via les bénéfices tirés de leurs activités européennes.
L’affaire Smetanine met en lumière la nécessité d’une coordination renforcée entre régulateurs nationaux et Commission européenne, ainsi que d’un contrôle plus strict de la transparence des holdings et des intermédiaires. Car ce sont souvent ces derniers – conseillers financiers, avocats, prête-noms – qui rendent possible le contournement des sanctions et transforment l’activité économique en instrument de guerre hybride.