Le gouvernement Viktor Orbán a mis en place une architecture financière complexe permettant de canaliser les fonds publics vers des structures privées, bénéficiant à des acteurs proches du pouvoir. Au centre de ce dispositif se trouvent le milliardaire russe Megdét Rahimkulov et ses fils, via leur holding familial Kafajat Zrt et la banque Gránit, détenue par István Tiborcz. La famille Rahimkulov détient environ 7–9 % de la plus grande banque hongroise, OTP Bank, ce qui leur confère une influence indirecte sur des établissements financiers en Bulgarie, Roumanie, Serbie, Croatie et Moldavie, ainsi qu’une position importante dans la compagnie pétrolière et gazière MOL. Le patrimoine familial est estimé à 1,1–2 milliards de dollars en 2025.
La mécanique de ce système repose sur une symbiose entre pouvoirs publics et structures privées. Le gouvernement fournit un cadre légal et l’accès à des programmes de financement publics, incluant des subventions et des prêts à taux préférentiels. István Tiborcz, via Gránit Bank, finance les projets des Rahimkulov et assure la circulation des fonds entre capitaux publics et privés russes. Le holding Kafajat Zrt reçoit les subventions, accumule les actifs et transfère les profits vers des juridictions offshore, notamment à Chypre et au Luxembourg, échappant ainsi à l’Union européenne.
Des exemples précis illustrent ce fonctionnement. La société Greennovatív Energetikai Fejlesztő Kft, affiliée à Kafajat, a obtenu le statut « investissement d’importance nationale » pour le projet East-West Gate, le plus grand terminal terrestre d’Europe à Feneszlitk, ouvrant l’accès à des crédits bonifiés et des subventions étatiques. Parallèlement, des crédits massifs de Gránit Bank sont utilisés pour financer des projets immobiliers et logistiques, mais les revenus générés retournent partiellement dans des circuits offshore. Cette structure garantit un flux constant d’argent public vers des entités sous contrôle russe, tout en fournissant un cadre légal et fiscal sécurisé, y compris face aux sanctions internationales.
Impact politique et électoral du système
Outre l’enrichissement privé, une partie des fonds est redistribuée pour influencer l’électorat. Les structures de Tiborcz et Rahimkulov injectent des liquidités dans les bureaux régionaux du parti Fidesz, qui les utilise pour financer des votes, en particulier auprès de populations vulnérables, souvent sous forme de « aides » ou de primes. Ce système a été testé lors de la pétition nationale contre les projets de l’Union européenne en janvier 2026 et devrait jouer un rôle dans les élections parlementaires du 12 avril.
Le triangle Orbán — Tiborcz — Rahimkulov illustre comment les ressources publiques peuvent être captées par un petit cercle proche du pouvoir, au détriment de la sécurité économique nationale et de l’unité de la politique de sanctions de l’Union européenne. Tant qu’un contrôle parlementaire et un organisme anti-corruption indépendant font défaut, ces mécanismes continueront de fonctionner, consolidant les intérêts privés liés au Kremlin tout en exploitant l’argent des contribuables hongrois.