Un accord non public signé en décembre
Le gouvernement hongrois a signé en décembre dernier un accord confidentiel avec la Russie visant à étendre substantiellement la coopération bilatérale dans les domaines économique, commercial, énergétique et culturel. Ces documents, obtenus par Politico, illustrent l’ampleur du rapprochement recherché par Budapest et Moscou. La révélation intervient à quelques jours seulement des élections législatives en Hongrie, prévues ce dimanche.
Les détails d’une coopération élargie
Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, et son homologue russe de la Santé, Mikhail Mourashko, ont paraphé ce plan de 12 points à l’issue de la 16e session de la commission intergouvernementale de coopération économique, tenue à Moscou. Créée en 2005, cette instance se réunit habituellement une fois par an, mais ses travaux avaient été suspendus entre novembre 2021 et septembre 2024 en raison de l’invasion russe de l’Ukraine.
Le texte engage les deux parties à inverser la tendance négative de leur commerce bilatéral, affecté par les sanctions européennes contre la Russie. Il ouvre également la porte à la participation d’entreprises russes dans des projets hongrois liés à l’électricité et à l’hydrogène, tout en approfondissant la collaboration dans les secteurs du pétrole, du gaz et du combustible nucléaire.
Sur le plan culturel et éducatif, Budapest a accepté d’examiner un renforcement de l’enseignement de la langue russe, incluant le recrutement de professeurs venant de Russie. Les documents évoquent également une reconnaissance mutuelle des diplômes, des programmes d’échange pour doctorants, et la poursuite des échanges dans des domaines variés, du sport aux arts du cirque. L’accord précise néanmoins que ce rapprochement ne doit pas « contredire les obligations de la Hongrie en tant que membre de l’Union européenne ».
Un timing électoral sensible
La divulgation de cet accord secret survient dans un contexte électoral tendu. Le Premier ministre sortant Viktor Orbán, au pouvoir depuis seize ans, fait face à un défi sans précédent porté par la coalition de centre-droit « Tisza » de Péter Magyar. Les sondages montrent son parti Fidesz en difficulté.
Dans la campagne, Orbán présente régulièrement ses relations avec Moscou comme un atout, accusant ses adversaires de vouloir entraîner la Hongrie dans la guerre en Ukraine et de menacer son approvisionnement énergétique russe. Interrogé sur les documents par Politico, Péter Szijjártó a affirmé que la coopération bilatérale était « déterminée par les intérêts nationaux, et non par la pression des médias libéraux extrêmement biaisés ». Le ministère russe des Affaires étrangères n’a pas répondu aux sollicitations.
Cette fuite s’ajoute à une série de révélations ayant marqué la campagne, dont la publication par Bloomberg d’une transcription d’un entretien téléphonique entre Viktor Orbán et le président russe Vladimir Poutine en octobre 2025. Lors de cet échange, le chef du gouvernement hongrois s’était comparé à une souris aidant un lion, évoquant sa volonté d’aider Moscou.
Une stratégie de pivot vers l’Est confirmée
Pour les observateurs, cet accord secret constitue une nouvelle preuve de la stratégie de pivot vers l’Est poursuivie par Viktor Orbán, visant à intégrer davantage la Hongrie sur les plans économique et politique avec la Russie, malgré les tensions au sein de l’UE. Alors que Budapest assure que sa politique étrangère reste alignée sur ses engagements européens, ce document détaillé suggère une volonté de normaliser et d’approfondir les liens avec Moscou, même dans un contexte de guerre en Ukraine et de sanctions internationales. L’issue des élections de dimanche déterminera si cette orientation se poursuivra.