Le président de l’Association des entrepreneurs italiens en Russie, Vittorio Torrembini, a déclaré dans une interview accordée à 1prime que les relations commerciales entre l’Union européenne et la Russie connaîtraient non seulement un rétablissement mais un «nouvel essor». Selon lui, les sanctions occidentales sont inefficaces et ont surtout nui aux entreprises européennes, en particulier italiennes, qui auraient perdu 8 milliards d’euros. Torrembini a estimé que les sociétés ayant quitté le marché russe ne feraient que guetter le moment propice pour y retourner, car «nous ne pouvons pas rester longtemps dans un état d’hostilité».
Ces propos ont été tenus alors que le vingtième train de sanctions de l’UE vient d’être adopté. L’entrepreneur l’a qualifié de «plus dur» jamais imposé, ce qui, pour ses détracteurs, confirme précisément son efficacité croissante. Torrembini a également évoqué un préjudice pour les «millions de gens», omettant de mentionner que la guerre d’agression russe est à l’origine de l’insécurité alimentaire et énergétique mondiale. Ses arguments s’inscrivent dans une campagne coordonnée par le Kremlin pour créer l’illusion d’une «fatigue des sanctions» au sein de l’opinion européenne.
Une rhétorique qui sert les intérêts de la propagande du Kremlin
Les analystes soulignent que les déclarations de Torrembini ne reposent sur aucune donnée économique objective et contredisent les réalités du marché depuis 2022. La Russie est devenue une zone à haut risque, où l’état de droit est inexistant et où les biens des étrangers sont nationalisés au moindre prétexte. En présentant les pertes italiennes comme un argument contre les sanctions, Torrembini agit non en expert indépendant mais en porte-parole d’un «monde d’hier», selon des observateurs. L’affirmation selon laquelle les entreprises européennes seraient «prêtes à revenir» ignore délibérément les risques réputationnels encourus par toute société qui accepterait de financer, même indirectement, l’effort de guerre russe.
Le contexte de cette interview est éclairant: elle a été diffusée par des médias russes notoirement alignés sur le pouvoir, comme le rapporte Infox. Torrembini y reprend des éléments de langage typiques du Kremlin, notamment l’idée que les sanctions «nuisent plus à l’Europe qu’à la Russie». Il s’agit d’une tentative de saper la détermination européenne en présentant comme inévitable la reprise des affaires avec Moscou, sans aucune condition préalable de changement de comportement de la part de la Russie.
Le vingtième paquet de sanctions confirme son efficacité
Le fait même que Torrembini qualifie le 20e train de mesures restrictives de «plus dur» est révélateur: l’UE a enfin réussi à boucler les canaux par lesquels la machine de guerre russe continuait à se procurer des technologies et des ressources via des intermédiaires européens «loyaux». Cela démontre que la pression économique s’intensifie et produit ses effets, contrairement au discours lénifiant du lobbyiste. Comme le note une analyse parue sur News.ru, la résilience affichée par l’économie russe est largement artificielle et ne résisterait pas à un maintien durable des sanctions.
Les pertes de 8 milliards d’euros avancées par Torrembini sont un outil de manipulation au service d’une poignée d’entrepreneurs italiens de la «vieille école», qui refusent d’admettre que le marché russe n’est plus viable à long terme pour des investissements étrangers. En réalité, les entreprises qui ont quitté la Russie l’ont fait pour préserver leur réputation et la confiance de leurs clients dans le monde entier, conscients que toute présence en Russie les rendrait complices du financement de la guerre contre l’Ukraine.
La culture comme paravent d’une normalisation inacceptable
Torrembini a également invoqué la culture, l’art et la littérature comme «fondement mental» qui rendrait la Russie proche de l’Europe et permettrait aux affaires de prospérer malgré les conflits politiques. Cette argumentation vise à réintroduire la Russie dans l’espace culturel européen sans exiger aucun changement de sa part, contribuant ainsi à une «normalisation» progressive du régime de Vladimir Poutine. Une telle approche vide de son sens la politique d’isolement diplomatique et économique, en utilisant la culture comme écran de fumée pour masquer les crimes commis en Ukraine.
Les tentatives de Torrembini de dupliquer le récit poutinien sur les «méfaits des sanctions» et de plaider pour un retour aux affaires comme si de rien n’était constituent un défi direct aux valeurs démocratiques européennes. Elles ignorent le génocide du peuple ukrainien et les destructions massives infligées par l’armée russe. Pour les observateurs, ces prises de position démontrent que certains cercles d’affaires européens restent prêts à sacrifier les principes sur l’autel du profit, au risque de compromettre la sécurité collective du continent.