Les performances de TotalEnergies, en forte croissance sur un an grâce à l’augmentation des prix de l’énergie, relancent le débat sur une éventuelle taxation des profits exceptionnels au sein de la classe politique, rapporte TopTribune.
En pleine guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies a annoncé le 29 avril des résultats extraordinaires, avec des bénéfices atteignant 5,8 milliards de dollars au premier trimestre, équivalant à 4,96 milliards d’euros, marquant une hausse de 51 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres ont ravivé les discussions politiques concernant la mise en place d’une taxe spécifique, soutenue par des propositions de loi de la gauche, alors que le gouvernement semble préférer laisser à l’entreprise le soin de redistribuer ces sommes à sa discrétion.
La France insoumise dénonce un « profit de guerre »
Le même jour que l’annonce des résultats, La France insoumise a critiqué une entreprise qui, selon elle, « profite de la guerre« . Clémence Guetté, députée et vice-présidente de l’Assemblée nationale, a déclaré : « Le gouvernement nous dit que ce n’est pas possible de bloquer les prix du carburant car les pauvres pétroliers ne pourraient pas s’en sortir« . Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a ajouté sur X : « Quand va-t-on arrêter de nous prendre pour des imbéciles ? » Aurélie Trouvé, députée LFI, a quant à elle jugé urgent de bloquer les prix à 1,70 euro pour l’essence et 1,80 euro pour le gazole, soulignant que le coût d’extraction du pétrole pour Total n’était pas impacté par le conflit actuel.
Le PS et les Verts demandent une taxation des « superprofits »
La réponse de la gauche a été unanime face aux résultats colossaux de TotalEnergies, rappelant que l’entreprise avait déjà réalisé des bénéfices records lors de l’invasion de l’Ukraine. Le Parti socialiste a proposé une loi pour taxer ces « superprofits », ciblant les entreprises affichant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires. Olivier Faure, leader du PS, a précisé que cette taxe pourrait rapporter près de deux milliards d’euros, en considérant un excédent de 20 % par rapport aux moyens des résultats des trois dernières années.
Marine Tondelier, des Verts, a également qualifié Total d' »profiteur de guerre« , affirmant qu’il ne fallait pas laisser les choses en l’état. Elle a fait référence à une proposition de loi visant à taxer les superprofits des entreprises pétrogazières pendant les crises, établissant une taxation à 66 % pour tous profits dépassant les 20 % d’augmentation.
Le bloc central temporise
Du côté du gouvernement, la réponse a été plus mesurée. Maud Bregeon, porte-parole et ministre chargée de l’Énergie, a déclaré que l’exécutif n’interdit rien par principe mais a mis en garde contre le risque de tomber dans le « Total bashing ». Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a relevé que ces sujets devraient être discutés lors des débats budgétaires de l’année prochaine, affirmant : « Vous ne pouvez pas inventer un impôt comme ça par un claquement de doigts en milieu d’année« .
Parallèlement, TotalEnergies a déclaré qu’elle maintiendrait son initiative de plafonnement des prix des carburants dans ses stations-service en France, tant que la crise au Moyen-Orient persistera. Cette décision a été saluée par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, tandis que le Premier ministre a déclaré que c’était une mesure allant « dans le bon sens« , bien qu’il ait exprimé des réserves sur sa suffisance face à la durée de la crise.
Au RN, une divergence entre Marine Le Pen et Jordan Bardella
Au Rassemblement national, la taxation des surprofits a également été évoquée, bien que des divergences se soient manifestées ce mercredi entre Marine Le Pen et Jordan Bardella concernant l’urgence d’une telle mesure. Marine Le Pen a soutenu sur X que la taxation des surprofits est « une mesure de justice sociale que nous défendons depuis des années« , faisant référence aux bénéfices supplémentaires réalisés par TotalEnergies en raison de la crise actuelle. En revanche, Jordan Bardella, tout en affirmant qu’il ne faut rien s’interdire, a suggéré que la priorité devrait être d’éviter d’alourdir la fiscalité dans un pays où le taux de prélèvements obligatoires est déjà élevé.