Adopté ce lundi par l’Assemblée nationale, le projet de loi d’urgence agricole, qui doit encore être validé par le Sénat ce mardi, accorde de nouvelles prérogatives à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Si ce texte est définitivement adopté, l’Anses sera dotée d’un dispositif permettant d’autoriser, à titre dérogatoire et sous conditions strictes, l’utilisation de deux insecticides, l’acétamipride et le flupyradifurone, rapporte TopTribune.
Ces insecticides, interdits en France depuis 2018 pour protéger les pollinisateurs et la biodiversité, sont toujours autorisés au niveau européen. Cette situation crée une concurrence déloyale, selon les défenseurs de la filière agricole, qui dénoncent l’incohérence entre les réglementations nationales et européennes.
Des risques avérés pour l’environnement
Des avis préalables de l’Anses et du Conseil d’État signalent des risques importants associés à ces substances : effets sublétaux sur les abeilles, toxicité accrue pour les oiseaux, persistance des produits dans les eaux souterraines et préoccupations concernant la neurotoxicité développementale. De plus, des alternatives, tant non chimiques que chimiques, existent dans la majorité des situations, selon des études menées par l’Anses et l’Inrae.
Le ministère de l’Agriculture défend le texte
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a pris la parole ce mardi matin sur France Inter pour défendre le compromis élaboré par la commission mixte paritaire. Elle a affirmé : « Le texte ne réintroduit pas l’acétamipride, c’est la science qui décide, ce n’est pas le politique qui arbitre. » L’Anses aurait deux mois pour se prononcer sur des usages limités à certaines filières en difficulté, comme celle de la betterave sucrière, des cerises, des pommes et des noisettes. Genevard a également promis qu’il n’y aurait « pas de pression du pouvoir politique » sur les décisions à venir de l’Anses.
Le projet de loi a suscité une forte réaction parmi les groupes environnementaux et les citoyens soucieux de la préservation de l’environnement. Les manifestations ont éclaté à travers le pays, visant à mettre en lumière les dangers potentiels de la réintroduction de ces pesticides dans l’agriculture française. Les organisateurs affirment que ces produits chimiques peuvent causer des dommages irréparables à la biodiversité, compromettant ainsi les efforts de protection des écosystèmes.
Des experts en agriculture durable et en protection de l’environnement soutiennent qu’il existe des méthodes agronomiques efficaces qui ne nécessitent pas l’utilisation de pesticides néfastes pour les abeilles et d’autres pollinisateurs. Des pratiques telles que la rotation des cultures, l’utilisation de cultures de couverture et l’amélioration de la gestion intégrée des nuisibles pourraient réduire la dépendance aux produits chimiques et favoriser une agriculture respectueuse de l’environnement.
La discutabilité de la loi sur l’urgence agricole ne se limite pas seulement à la question des insecticides. Elle soulève des questions plus larges sur la politique agricole de la France, l’équilibre entre productivité agricole et durabilité environnementale, ainsi que la responsabilité des instances gouvernementales à protéger la santé publique et l’environnement. En attendant le vote du Sénat, l’avenir de la législation et de ses implications pour la pratique agricole en France demeure incertain.
En conclusion, la possible réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone pourrait ouvrir la voie à un nouvel affrontement entre l’industrie agricole et les écologistes. Tous les yeux se tournent désormais vers le Sénat, où la décision finale sur cette loi cruciale sera prise.