Un front inédit se forme à Arles contre le projet de ligne à très haute tension menacant la Camargue

Un front inédit se forme à Arles contre le projet de ligne à très haute tension menacant la Camargue

19.09.2026 12:16
3 min de lecture

Mobilisation contre un projet de ligne à très haute tension en Camargue

Un rare « front du refus » s’est formé ce samedi 19 septembre au soir à Arles, rassemblant syndicats agricoles, militants écologistes, élus de divers horizons et collectifs citoyens contre un projet de ligne à très haute tension reliant Gard à Bouches-du-Rhône. Au cœur de ce conflit qui dure depuis deux ans se trouve l’implantation de 145 pylônes de 40 à 60 mètres de haut sur 65 kilomètres, qui doit relier Jonquières (Gard) à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) d’ici 2030, impactant les vignobles des Costières de Nîmes, le Parc naturel de Camargue, ainsi que la plaine de la Crau, qui est une steppe méditerranéenne unique en Europe, rapporte TopTribune.

La décarbonation face à l’environnement

Pour l’État et les entreprises, cette ligne aérienne de 400.000 volts, destinée à transporter l’électricité des centrales nucléaires de la vallée du Rhône, est essentielle pour la décarbonation de la vaste zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos, où plusieurs grands projets à forte consommation électrique sont attendus dans les années à venir. En revanche, ses opposants soulignent que le projet aurait des impacts « irréversibles » sur l’environnement et la biodiversité, mettant particulièrement en danger certaines espèces d’oiseaux déjà menacées d’extinction, ainsi que l’agriculture (vignobles, élevage, riziculture) et le tourisme.

La crainte du feu vert officiel

Après une série de pétitions, de délibérations municipales et d’événements publics, le rassemblement symbolique au théâtre antique d’Arles, durant les Journées du Patrimoine, a été qualifié de « dernière chance » par le collectif THT 13/30, qui regroupe 34 associations des régions d’Arles, du Golfe de Fos et de la Terre d’Argence (Gard). Les membres de ce collectif s’inquiètent que, dès la fin des élections sénatoriales, le préfet puisse lancer une enquête préalable à la Déclaration d’utilité publique (DUP) qui validerait officiellement le début des travaux.

Le rassemblement a attiré une large variété de participants, allant des gardians à cheval, manadiers et viticulteurs, jusqu’à des élus couvrant l’ensemble du spectre politique, y compris le maire Horizons d’Arles, Patrick de Carolis. Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif THT 13/30, a déclaré à l’AFP : « Jamais un projet d’infrastructure n’avait suscité un tel front du refus ».

Dans les semaines précédant cet événement, les présidents des deux régions concernées, Renaud Muselier (Renaissance, PACA) et Carole Delga (PS, Occitanie), ont chacun adressé une lettre au préfet exprimant leur inquiétude face à un possible « passage en force ». Muselier a averti que cela entraînerait un « blocage irrémédiable », tandis que Delga a mis en question la « pertinence même » de cette ligne à haute tension, réclamant son abandon.

Un enfouissement jugé trop coûteux

Malgré plusieurs mois de concertation et un « débat public global » organisé au printemps 2025, les positions restent figées. D’un côté, le gestionnaire du réseau électrique, RTE, soutient avoir élaboré un tracé à « moindre impact » ; de l’autre, les opposants réclament un enfouissement partiel de la ligne, qui est jugé trop coûteux et pas réalisable dans les délais imposés par les projets industriels.

Dans un avis rendu fin août, l’Autorité environnementale (Ae) a énoncé plusieurs réserves concernant le projet de RTE, insistant sur le fait qu’avant toute reconnaissance d’utilité publique, il serait nécessaire de compléter l’analyse des solutions alternatives, notamment pour les sites Natura 2000 dont l’intégrité est menacée. Pour l’Ae, « le coût, le délai ou la complexité ne suffisent pas […] à écarter une solution sensiblement moins dommageable ».

« Nous ne sommes pas contre l’énergie ou l’industrie », a affirmé avec insistance Jean-Laurent Lucchesi, représentant du collectif 13/30. « Ce que nous demandons, c’est que l’État engage une véritable négociation de fond avec les élus et les populations ». En cas d’absence de dialogue, les opposants envisagent d’intenter de nombreux recours judiciaires et certains évoquent la possibilité de redynamiser leur mobilisation, en citant un éventuel « Notre-Dame de Camargue », en référence à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes dans la Loire-Atlantique.

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