La guerre au Yémen a atteint une intensité sans précédent avec un blocus maritime imposé par les Houthis, menaçant ainsi l’équilibre énergétique régional et fragilisant la trêve de 2022, rapporte TopTribune.
Le Yémen est redevenu, en quelques jours, un point névralgique du conflit au Moyen-Orient. Le 20 juillet, les rebelles houthis ont proclamé un blocus maritime à l’encontre de l’Arabie saoudite, une escalade qui remet en question la stabilité d’un conflit gelé depuis deux ans.
Tout a commencé le 13 juillet dernier, lorsque les forces gouvernementales yéménites, soutenues par Riyad, ont visé l’aéroport de Sanaa pour empêcher l’arrivée d’un appareil iranien transportant une délégation houthie de retour des funérailles de l’ancien guide suprême Ali Khamenei, décédé le 28 février à Téhéran lors d’une attaque américano-israélienne.
En réponse, les Houthis ont lancé des missiles et des drones sur l’aéroport saoudien d’Abha, tous interceptés par la coalition. Le jour suivant, le responsable politique houthi, Mohammed al-Farah, a menacé de bloquer Bab el-Mandeb, le détroit vital reliant la mer Rouge au golfe d’Aden, en synchronisant cette action avec une fermeture du détroit d’Ormuz, augmentant ainsi le risque d’une flambée des prix du pétrole. Trois jours plus tard, Abdel Malek al-Houthi, le leader houthi, a étendu la menace aux installations pétrolières saoudiennes, affirmant : « Aéroport pour aéroport, port pour port, blocus pour blocus ».
« Œil pour œil »
Ce lundi, le porte-parole militaire houthi, Yahya Saree, a officialisé un « blocus maritime contre l’ennemi saoudien criminel », qui est entré en vigueur immédiatement, selon le principe « œil pour œil ». Les Houthis justifient leur décision par ce qu’ils qualifient de « siège injuste » imposé par Riyad depuis près de douze ans, incluant des restrictions sur les ports, aéroports et frontières terrestres. Ils affirment être « pleinement prêts à toutes les options » face à toute escalade de la part de l’Arabie saoudite.
Le moment choisi pour cet acte n’est pas anodin : Riyad exporte désormais environ 4,5 millions de barils par jour via un terminal d’exportation en mer Rouge, cette route étant devenue essentielle depuis que le détroit d’Ormuz est constamment perturbé par les tensions irano-américaines. Un blocage de Bab el-Mandeb pourrait ainsi paralyser ces exportations.
Riyad face à un dilemme
Officiellement, l’Arabie saoudite n’a pas encore pris de décision définitive. Plusieurs sources indiquent que le royaume envisage des frappes offensives contre les Houthis, avec un soutien implicite de Washington, mais aucune action n’a encore été décidée en raison de divergences au sein de la cour royale. Ce dilemme pour Riyad est périlleux : un accord de paix nécessiterait des milliards de dollars en réparations, tandis qu’un retour aux hostilités offrirait seulement une probabilité de victoire militaire de 50 %, selon un expert cité par Bloomberg, notant qu’il « n’y a pas de solution facile pour les Saoudiens ».
Le renouvellement des combats compromet la trêve négociée par l’ONU en 2022, dans un conflit qui dure depuis plus d’une décennie et a causé des centaines de milliers de morts, plongeant le Yémen dans l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.