Les avancées de l’IA dans le domaine juridique et les défis de son utilisation
La co-fondation de l’Institut d’Oxford sur la Technologie et la Justice (OITJ) par l’École Blavatnik de l’Université d’Oxford et la Fondation Clooney pour la Justice vise à exploiter l’intelligence artificielle (IA) pour rendre la justice plus accessible. Cette initiative se concentre sur le développement d’assistants juridiques alimentés par l’IA, capables de fournir une aide juridique à ceux qui en ont le plus besoin, rapporte TopTribune.
Dans le cadre de cette collaboration, nous avons mis au point un chatbot piloté par l’IA au Malawi, en partenariat avec l’Association des avocates, permettant aux femmes de comprendre leurs droits et d’accéder gratuitement à une représentation légale dans leur langue locale. Un autre projet, l’Assistant juridique pour les journalistes, développé avec le Comité pour protéger les journalistes, relie les journalistes détenus ou menacés à un soutien juridique gratuit en temps réel. Ces outils, basés sur des informations légales vérifiées, privilégient des avocats soigneusement sélectionnés. D’autres fonctionnalités, telles que la conversion de la voix en texte et la géolocalisation, seront bientôt ajoutées pour faciliter l’accès à des avocats à proximité, avec l’intention de reproduire ces outils à travers l’Afrique et l’Asie.
Nous œuvrons également à améliorer l’efficacité des avocats pro bono. Nos outils comme l’Assistant Pro Bono accélèrent des tâches juridiques essentielles, telles que la préparation d’ordonnances de protection, qui sont cruciales pour les femmes et les enfants victimes de violences. En utilisant cet outil, les survivants peuvent raconter leur histoire dans leurs propres mots et générer une demande d’ordonnance de protection qui sera examinée par un avocat. Un outil similaire est en développement pour les demandes de libération sous caution des journalistes.
Toutefois, l’utilisation de l’IA dans le système judiciaire soulève également des questions préoccupantes. Son déploiement rapide dans les tribunaux peut poser des risques. L’IA est déjà utilisée pour trier les cas, rédiger des plaidoiries et évaluer la crédibilité des témoins grâce à l’analyse des expressions faciales. Du côté de la Chine, l’IA est intégrée dans tous les tribunaux, tandis qu’en Argentine, un système d’IA rédige des décisions judiciaires avec une précision de 96 % en moins de 20 secondes. Dans le même temps, les tribunaux à travers le monde doivent faire face à des preuves manipulées, comme les deepfakes. À travers notre AI Justice Atlas, nous surveillons l’utilisation de l’IA dans les salles d’audience et les régulations en place. Nous sommes également en train de développer le Conseiller pour un procès équitable, un système d’IA permettant aux juges et aux avocats d’accéder en temps réel à des normes fiables.
De plus, nous promettons de former plus de 10 000 juges de 160 pays sur l’utilisation sécurisée de l’IA et d’élaborer de nouvelles règles globales pour garantir que les procès restent équitables à l’ère de l’IA.
Enfin, nous cherchons à protéger le droit contre la menace croissante des cyberattaques. Plus de 130 pays ont subi des perturbations informatiques, les attaques de l’État étant principalement attribuées à des pays comme la Corée du Nord, la Chine, la Russie et l’Iran. Ces cyberattaques non seulement volent des données, mais perturbent des systèmes financiers, des hôpitaux, des écoles et des élections. Les conséquences sont considérables, tant pour la vérité que pour la confiance en nos institutions. Nous observons des exemples, du Costa Rica à l’Albanie, où des ransomwares ont paralysé les services gouvernementaux. La réalité actuelle est que les systèmes d’IA sont eux-mêmes en train d’orchestrer des campagnes de cyberattaques. Pourtant, les voies légales pour tenir les responsables de ces crimes restent faibles. Pour remédier à cela, nous examinons comment le droit international doit évoluer, en sondant des propositions telles qu’une Convention de Genève numérique pour réguler ces nouveaux défis et établir de nouveaux standards de preuve pour identifier les coupables.
Un système judiciaire solide est la base de nos libertés fondamentales. Nous avons l’opportunité de façonner comment l’IA transforme ce système, mais aussi l’obligation de le faire de manière responsable. Les préoccupations entourant l’IA sont considérables, mais les possibilités le sont tout autant, à condition que nous agissions correctement.
Clooney et Webb sont professeurs à l’École Blavatnik de l’Université d’Oxford et co-fondateurs de l’Institut d’Oxford sur la Technologie et la Justice.