
L’Union européenne s’apprête à instaurer une nouvelle méthode pour effectuer des retraits d’argent liquide : la possibilité pour les petits commerces de devenir des points de retrait, sans qu’il soit nécessaire d’effectuer un achat, rapporte TopTribune. Les retraits seront limités à des montants compris entre 100 et 150 euros par opération.
Auparavant, ce service n’était proposé qu’en cas d’achat. Il était donc impossible de quitter un commerce avec des billets sans avoir acquis également un produit, tel qu’une baguette ou un paquet de café. La principale avancée réside dans la possibilité de retirer des liquidités sans transaction commerciale associée.
Chaque État membre est libre de fixer un plafond inférieur à 150 euros, mais celui-ci ne pourra être abaissé en dessous de 100 euros. Cette réglementation a pour but d’éviter une concurrence déloyale envers les distributeurs automatiques et de prévenir les pénuries de liquidités dans les commerces.
Pour chaque retrait, une authentification solide sera exigée, impliquant une validation par carte et un code confidentiel. Les États membres pourront également établir une limite de retrait quotidienne pour chaque compte, afin de limiter les risques liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. De plus, les commerçants pourront offrir ce service à condition de disposer de suffisamment de liquidités dans leur caisse, et les clients devront être informés des frais potentiels avant d’effectuer la transaction.
Une validation qui reste encore à confirmer
Le projet de réglementation, connu sous le nom de troisième directive sur les services de paiement ou DSP3, a été initié par la Commission européenne en 2023. Un accord préliminaire a été atteint le 27 novembre 2025 entre le Parlement et le Conseil, et en mai 2026, il a été approuvé par la commission des affaires économiques du Parlement.
Avant l’application de cette directive, il reste une ultime étape : l’adoption formelle par le Parlement et le Conseil. Actuellement, le Parlement européen annonce que le texte est proche d’une validation.
Une réponse aux difficultés d’accès aux espèces dans les zones rurales
Cette réforme vise à remédier aux difficultés d’accès aux espèces résultant de la fermeture de nombreuses agences bancaires et de la réduction du nombre de distributeurs automatiques de billets. Les résidents des zones rurales sont particulièrement touchés par ces enjeux d’accès. La réglementation européenne est conçue pour améliorer la disponibilité des espèces, notamment dans les régions éloignées.
Cash Services : une solution commune à quatre banques
Actuellement, le réseau de distributeurs fait l’objet d’une profonde transformation. D’ici la fin de 2026, plusieurs milliers de distributeurs seront remplacés par des automates dénommés Cash Services. Ce projet est soutenu par quatre grandes banques : BNP Paribas, Société Générale, Crédit Mutuel Alliance Fédérale et CIC, qui mutualisent leurs réseaux pour garantir l’accès aux liquidités tout en rationalisant leurs frais.
Au total, 7 000 automates seront soit installés, soit convertis, avec 5 000 en agences et 2 000 dans des lieux hors agences, alors que 3 000 distributeurs traditionnels seront retirés, principalement dans les zones urbaines où le nombre de points de retrait reste jugé adéquat.
Cette stratégie s’explique par une diminution de l’utilisation des espèces : actuellement, seulement 43 % des transactions en magasin se font en espèces, contre 68 % en 2017, alors que les coûts d’entretien des distributeurs, tels que la maintenance et la sécurité, demeurent élevés.
Pour les clients, cela se traduit par une suppression des frais de retrait hors réseau, qui pouvaient grimper entre 1 et 2 euros dans une autre banque. Tous les automates Cash Services deviennent ainsi gratuits pour les clients des quatre banques impliquées, et cette gratuité s’appliquera également aux clients de Hello Bank! et Monabanq.
Les nouveaux automates, selon leurs modèles, offrent en outre la possibilité de déposer des espèces, de scanner des chèques sans bordereau, de consulter le solde, d’imprimer des relevés de banque ou d’obtenir des petites coupures, parfois dès 5 euros. Grâce à la mutualisation, l’interface de l’automate reconnaît instantanément la banque du client lors de l’insertion de la carte, lui présentant ses couleurs et ses options habituelles.
Possibilité pour les collectivités locales de demander un automate
La disparition des distributeurs automatiques suscite une préoccupation particularisée dans les zones rurales. Cash Services propose maintenant une offre destinée aux collectivités locales : les mairies peuvent solliciter l’installation d’un automate, sous réserve de garantir un minimum d’activités. Si les conditions d’activité sont remplies, l’installation sera gratuite ; sinon, une contribution financière pourrait être envisagée. Cette approche vise à éviter les erreurs précédentes, lorsque des distributeurs avaient été placés dans des villages sans demande significative.
Accessibilité des distributeurs pour les personnes handicapées
Un autre changement, distinct de la DSP3, concerne déjà les automates. À partir du 28 juin 2025, une directive européenne imposera aux banques françaises de rendre leurs distributeurs accessibles à tous. Ce texte, connu sous le nom de directive (UE) 2019/882 ou European Accessibility Act, exige l’intégration d’instructions vocales, d’une prise pour casque audio, d’un contraste configurable et d’un texte agrandi sur tous les nouveaux automates installés après cette date. L’objectif est de permettre aux personnes malvoyantes, sourdes ou présentant des troubles cognitifs de retirer de l’argent de manière autonome.
Un pictogramme indiquant la présence d’une prise jack sera visible, et une touche tactile activera un système vocal pour annoncer les menus, montants et confirmations. D’un point de vue visuel, la taille des caractères pourra être ajustée, et l’affichage bénéficiera d’un meilleur contraste avec un temps de lecture prolongé avant la validation.
Les automates déjà en service avant le 28 juin 2025 continueront à être opérationnels jusqu’à l’expiration de leur cycle économique, pouvant aller jusqu’à vingt ans. Selon la Fédération bancaire française, la majorité des automates récents sont déjà conformes, tandis que les autres devront être remplacés lors de leur renouvellement.
En cas de problèmes persistants, il est possible d’alerter sa banque, de signaler à un médiateur bancaire, ou de s’adresser à la Banque de France ou à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.
