Mortalité infantile : la France chute à la 23ᵉ position en Europe, un rapport alarmant met en lumière quinze années de déclin.

Mortalité infantile : la France chute à la 23ᵉ position en Europe, un rapport alarmant met en lumière quinze années de déclin.

06.08.2026 10:57
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Un rapport officiel révèle quinze ans de dégradation continue

Diffusé discrètement au début d’août 2026 après une longue attente de huit mois, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dresse un tableau alarmant. La France est en proie à une augmentation incessante de la mortalité infantile depuis quinze ans, la plaçant au 23ᵉ rang parmi les 27 États membres de l’Union européenne. En 2024, 2 709 nourrissons sont décédés avant leur premier anniversaire, traduisant un taux de 4,1 décès pour 1 000 naissances. Autrefois positionnée en tête parmi les pays développés, la France a connu un repli progressif depuis le début des années 2010, ce qui révèle une « dégradation sanitaire préoccupante » et une « position internationale défavorable », d’après les auteurs du rapport, dont fait partie Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande, rapporte TopTribune.

Si la France avait présenté un taux de mortalité infantile similaire à la moyenne de l’Union européenne, qui est de 3,3 pour mille, 529 vies auraient pu être épargnées en 2024. En adoptant les performances d’Italie ou de Portugal, où la mortalité infantile est de 2,5 pour mille, 1 057 vies auraient pu être sauvées. Le Dr Robert Cohen, pédiatre et président du Groupement français d’infectiologie pédiatrique (GPIP), mentionne que « depuis quatre à cinq ans, les signaux d’alerte concernant une resurgence de la mortalité infantile sont déjà évidents. L’inquiétude concerne surtout les décès de très jeunes enfants, en particulier la mortalité néonatale ».

Une tendance lourde et multifactorielle

L’augmentation de la mortalité infantile en France s’est amorcée vers 2010 et a continué de s’aggraver au fil des années, sans que les autorités n’arrivent à contrecarrer cette tendance. Le rapport de l’Igas met en lumière la complexité des facteurs impliqués : « les facteurs démographiques jouent un rôle décisif, bien qu’il soit difficile de leur attribuer une pondération précise », écrivent les auteurs. Un des principaux facteurs identifiés est l’âge de maternité de plus en plus tardif, ce qui accroît le risque de complications. De plus, l’augmentation des grossesses multiples, souvent plus difficiles à gérer médicalement, contribue également à cette dégradation.

En parallèle des éléments démographiques, les inégalités sociales et régionales apparaissent comme des leviers fondamentaux. Les régions d’outre-mer, en général plus défavorisées, affichent les taux de mortalité infantile les plus inquiétants. L’Île-de-France, malgré ses multiples ressources médicales, a également vu sa situation se détériorer. Comme le souligne le Dr Robert Cohen, « les familles en difficulté recherchent davantage de soins et de médecins. La littérature évoque souvent des cas de grossesse non suivie ou mal suivie dans les familles les plus vulnérables. »

Les milieux défavorisés en première ligne

L’examen du rapport révèle un constat alarmant : la mortalité infantile affecte de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables. Les familles issues de milieux socio-économiques défavorisés, confrontées à la précarité, l’isolement et des difficultés d’accès aux soins, subissent de plein fouet les effets d’une santé périnatale inégale. Les bébés nés dans de telles conditions courent un risque accru de décéder avant leur premier anniversaire, en particulier lors des 27 premiers jours de vie, période cruciale.

Les parents résidant dans des zones enclavées ou urbaines défavorisées rencontrent souvent des obstacles pour accéder à un suivi de grossesse approprié. Le rapport met en avant que « la plupart des efforts pour diminuer les risques de mortalité infantile se concentrent » pendant la grossesse, ce qui nécessite une capacité à anticiper, détecter et traiter les situations à risque, et après l’accouchement, « dans les soins apportés aux jeunes enfants dont l’état nécessite une attention particulière dans les services de néonatologie ». Dans les territoires les plus modestes, l’accès à des soins périnataux adéquats est souvent limité, les délais d’attente s’allongent, et les carences de ressources humaines sont criantes.

Prématurité et complications néonatales au cœur des décès

Bien que les détails médicaux exacts des décès ne soient pas entièrement couverts par le rapport de l’Igas, plusieurs facteurs récurrents sont toutefois soulignés. La prématurité figure parmi les principales causes de mort néonatale. Les complications provenant de grossesses insuffisamment surveillées, les infections néonatales, les malformations congénitales et les problèmes respiratoires sont aussi souvent cités comme causes des décès de bébés. Le Dr Robert Cohen mentionne que « notre système de surveillance est insuffisant pour déterminer précisément la cause de ces décès », mettant ainsi en exergue une lacune dans la collecte des données de santé publique.

Les auteurs du rapport soulignent la nécessité d’améliorer la détection précoce des grossesses à risque et de booster les capacités des services de néonatologie. Les unités de soins intensifs néonatals, fréquemment saturées, manquent de ressources adéquates pour prendre en charge tous les nouveau-nés nécessitant une attention accrue. La prise en charge des grossesses multiples, qui deviennent de plus en plus courantes avec l’augmentation de l’utilisation de la procréation médicalement assistée, exige des compétences spécialisées et des infrastructures adéquates, que certaines zones ne possèdent pas.

La France largement distancée par ses voisins européens

La position de la France dans l’Union européenne inquiète de manière particulière. Avec un taux de 4,1 pour mille en 2024, le pays se situe au-dessus de la moyenne européenne de 3,3 pour mille. Des pays tels que l’Italie, le Portugal, ainsi que la Finlande et la Suède, présentent des résultats de bien meilleure qualité, avec des taux de mortalité infantile environ de 2,5 pour mille, et même plus bas. Certains pays scandinaves ont opté pour la concentration des naissances dans de grands établissements, alors que d’autres, comme l’Italie, combinent la proximité de petites maternités avec des résultats de santé nettement meilleurs.

Le rapport de l’Igas exclut l’idée que la fermeture des petites maternités soit la seule explication à l’augmentation de la mortalité infantile. Les auteurs écrivent que « proposer comme solution à un problème de santé publique complexe d’augmenter seulement le seuil minimal d’activité des maternités » (actuellement fixé à 300 accouchements annuels) « représenterait une réponse simpliste et obsolète ». Le débat reste intense entre les représentants locaux favorables à la préservation des maternités près de chez eux et les Société savantes de médecins qui estiment que certains petits établissements, en raison de leur faible activité, peuvent mettre en danger les mères et les bébés.

Quatre défis sanitaires majeurs à relever

Face à cette situation préoccupante, plusieurs défis cruciaux se présentent pour l’avenir. Le premier défi consiste à améliorer le suivi des grossesses, en particulier pour les femmes issues de milieux défavorisés. Des actions de prévention ciblées, un renforcement des consultations prénatales et un accès équitable aux soins périnataux sur tout le territoire sont nécessaires. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a récemment annoncé plusieurs initiatives visant à actualiser des décrets sur les soins périnataux, datant des années 1990, jugés inadaptés.

Le deuxième défi met l’accent sur le renforcement des unités de néonatologie

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