Lula, âgé de 80 ans, a officiellement annoncé sa candidature à la présidence du Brésil lors d’une cérémonie du Parti des travailleurs le 2 août. Bien qu’il se présente comme un candidat en pleine forme, il doit faire face à une lassitude électorale et à des défis sécuritaires. Son principal adversaire, Flavio Bolsonaro, éprouve des difficultés à rassembler malgré le soutien de l’électorat de son père, rapporte TopTribune.
« À 80 ans, parce que je me suis préparé, je suis infiniment meilleur que lorsque j’avais 57 ans et que j’ai pris mes fonctions pour mon premier mandat », a déclaré Lula lors de la cérémonie d’investiture de sa candidature. Sa détermination et sa référence régulière à sa forme physique visent à transformer son âge en atout plutôt qu’en handicap. Son équipe de campagne s’emploie à éviter toute comparaison avec Joe Biden, multipliant les vidéos le montrant en train de faire de l’exercice. « Je suis en pleine forme », a-t-il affirmé à un public énergisé par le charisme du tribun octogénaire, capable de renouer ses liens avec les électeurs à chaque élection.
Cependant, l’usure du pouvoir est indéniable. Une partie de la population est fatiguée de le voir se lancer dans sa septième élection présidentielle et cette lassitude pourrait inciter certains de ses électeurs à s’abstenir. Moins en phase avec les aspirations des jeunes et les évolutions du monde du travail, il n’a pas non plus su développer un discours efficace sur l’insécurité, laissant le champ libre à l’extrême droite. Si le taux d’homicides est en baisse, la hausse des féminicides fragilise sa position auprès de l’électorat féminin, traditionnellement plus favorable, mais qui sera cette année l’objet d’une compétition acharnée. Néanmoins, il peut compter sur une base fidèle et quelques initiatives populaires à mettre en avant, tout en bénéficiant d’indicateurs économiques relativement positifs. De plus, il se trouve dans une position avantageuse en tant que candidat sortant, historiquement favorisé.
« Bolsonaro n’a pas le charisme de son père »
En face, Flavio Bolsonaro est le principal challenger, tandis que les autres candidats se déplacent loin derrière. « Le sentiment de rejet de Lula, l’antipétisme, est le principal atout de Flavio, dont le père a su rassembler tous les soutiens du Parti des Travailleurs. Cependant, il lui manque le charisme et la popularité de son père, ce qui rend difficile le rassemblement d’alliés d’autres partis », explique Mayra Goulart, professeur à l’université fédérale de Rio de Janeiro. Percevant une campagne en perte de vitesse, plusieurs alliés adoptent une position de neutralité prudente, illustrée par les difficultés de Flavio à choisir un vice-président. Bien que la campagne ait bien commencé, la divulgation en mai d’un enregistrement audio où il sollicite plusieurs millions d’euros à un banquier impliqué dans un scandale de corruption a entaché sa crédibilité. « Cela complique également ses attaques contre son adversaire sur le terrain de la corruption », ajoute Mayra Goulart.
Le bolsonarisme, surfant sur l’idée de culpabilité de Lula, malgré l’annulation de ses condamnations pour corruption passive par la Cour suprême en 2021, reste un thème privilégié. Les tensions entre Flavio et sa belle-mère, Michelle Bolsonaro, influente auprès de l’électorat évangélique et féminin, ont également été rendues publiques en juin, menaçant de lui causer de graves problèmes. Malgré cela, Flavio continue de se maintenir, soutenu par une forte présence sur les réseaux sociaux, son parti puissant, le Parti libéral, et le soutien de l’électorat de son père, qui a plébiscité sa candidature. Au final, son nom de famille lui confère un certain bouclier.
Un facteur incertain autour de cette élection reste les possibles ingérences de Donald Trump. Proche du clan Bolsonaro, sa politique de hausse des droits de douane pourrait leur porter préjudice, permettant ainsi à Lula de rassembler des voix autour d’un sentiment nationaliste.