De plus en plus de parents auraient recours à l’ostéopathie pour leur nourrisson, en réponse à des problèmes tels que l’accouchement difficile, le syndrome de la tête plate et les coliques. Cependant, les pédiatres et l’Académie de médecine remettent en question la légitimité de ces pratiques pour les bébés. Récemment, le pédiatre Arnaud Pfersdorff a déclaré que certaines consultations anticipées, souvent inutiles, se produisent avant même que les bébés atteignent l’âge de six mois, rapporte TopTribune.
Pfserdorff a également souligné que le crâne des nourrissons est malléable et que la plupart des problèmes se corrigent naturellement. Il a critiqué le climat d’inquiétude généré chez les parents, précisant que la kinésithérapie ou l’ostéopathie peuvent être envisagées après six mois, alors que dans de nombreux cas, les problèmes se résolvent d’eux-mêmes.
« On fait croire aux parents que la naissance est un traumatisme »
La controverse a pris de l’ampleur en décembre 2024, lorsque l’Académie nationale de médecine a déclaré que les avantages de l’ostéopathie pour les nourrissons reposent sur des affirmations peu étayées par des études scientifiques. Elle a également noté que ces pratiques, non remboursées par l’Assurance maladie, sont souvent soutenues par une publicité croissante dans les maternités.
Le lendemain, l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a exprimé des préoccupations concernant le non-respect des réglementations en matière de soins ostéopathiques. Selon la législation en vigueur, l’ostéopathie pour les nourrissons de moins de six mois ne peut être pratiquée qu’après un diagnostic médical confirmant l’absence de contre-indication. La présidente de l’Ordre, Pascale Mathieu, a fait remarquer que « l’on fait croire aux parents que la naissance est un traumatisme ».
Le 6 décembre, la Société européenne de recherche en ostéopathie périnatale et pédiatrique a défendu la pratique, affirmant que les ostéopathes formés peuvent identifier des dysfonctionnements chez les nourrissons et prescrire des traitements appropriés. Elle a plaidé pour une prise en charge précoce des nourrissons dans certains cas.
Une vulnérabilité des jeunes parents
Le 28 avril 2025, la Société Française de Pédiatrie (SFP) et le Syndicat de Médecine Manuelle Ostéopathie de France (SMMOF) ont proposé d’interdire l’ostéopathie chez les nouveau-nés en l’absence de preuves d’efficacité. Bien que le nombre d’ostéopathes ait doublé en dix ans, atteignant 40 000 en 2024, ces organisations ont souligné la nécessité d’évaluations objectives de ces pratiques, notant que de jeunes parents, inquiets pour leurs enfants, se tournent souvent vers des solutions inappropriées.
Deux études randomisées menées en France, l’une au CHU de Nantes et l’autre au CHU de Montpellier, n’ont pas démontré l’intérêt de l’ostéopathie néonatale, concluant que cette approche n’est pas justifiée. Aucun effet secondaire préoccupant n’a été rapporté.
L’Unité pour l’ostéopathie (UPO), de son côté, a regretté que l’Académie de médecine et la SFP n’aient pas pris en compte plusieurs publications sur le sujet et a appelé à une collaboration entre les différents acteurs du secteur pour un dialogue scientifique ouvert.