L’évacuation secrète des œuvres d’art du Louvre à l’approche de la Seconde Guerre mondiale

L’évacuation secrète des œuvres d’art du Louvre à l’approche de la Seconde Guerre mondiale

09.08.2026 11:26
2 min de lecture

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le musée parisien organise le transfert de milliers d’œuvres d’art afin de les sauver des bombardements et des spoliations. Récit d’une drôle de guerre.

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne, un événement redouté par la presse mais qui n’interrompt pas pour autant le travail acharné des employés du Louvre. Le musée, fermé depuis le 25 août, entre dans une frénésie d’évacuation d’œuvres d’art. Des sacs de sable sont placés devant ses fenêtres en prévision des bombardements; les tableaux, décrochés de leurs cadres, sont préparés pour un transfert vers une zone plus sécurisée, rapporte TopTribune.

Le protocole d’évacuation a été établi bien avant l’annonce des hostilités, en mémoire de l’occupation prussienne de 1870 et des destructions de la guerre d’Espagne. Les conservateurs du Louvre, bien que conscients de l’importance de la mission, restent méthodiques. Les œuvres prioritaires sont marquées d’un cercle rouge; les tableaux sont décrochés, les tapisseries enroulées et les antiquités soigneusement emballées.

La nuit au musée

Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux, supervise cette opération délicate en coordonnant l’envoi de quarante camions vers des châteaux situés dans le sud ou l’ouest de la France, loin des bombardements. Au total, 15 000 caisses doivent être protégées ; chacune est soigneusement emballée, inventoriée, puis évacuée de Paris avec précaution.

Édouard Pommier, chef de l’inspection générale des musées, témoigne de l’émotion ressentie face à cette évacuation : « C’est le cœur serré qu’on regarde, appuyés à la balustrade de pierre, le reste de nos chers tableaux qui vont partir. » Une fois le Louvre vidé de chefs-d’œuvre d’artistes comme Manet, Rembrandt et Vermeer, il offre une image spectrale, laissant derrière lui des cadres vides et des socles.

Les toiles des grands maîtres sont transportées discrètement dans des camions, parfois cachées sous des décorations de la Comédie-Française ou dans des véhicules de livraison parisiens. Après un périple, La Joconde est placée incognito au château de Montal, sous la surveillance d’un conservateur.

La Vénus de Milo, parfaitement emballée, est stockée à Valençay, où elle côtoie la Victoire de Samothrace. Le château de Chambord agit comme une « gare de triage », où la plupart des 4 000 tableaux dérobés du Louvre sont rassemblés avant leur relocalisation.

L’art en exil

Tout au long de cet exode, les œuvres sont manipulées avec soin. « L’eau, le feu, l’humidité, la sécheresse, le froid, la chaleur, le rapt les menaçaient autant que les bombardements », commente Lucie Mazauric, conservatrice lors de ce périple. Parallèlement, sous l’occupation allemande, le Louvre rouvre ses portes le 30 septembre 1940 avec une réplique de la Vénus de Milo et certaines antiques.

Malgré les pressions du régime, qui utilise le musée pour stocker des œuvres spoliées, la hiérarchie nazie ne partage pas tous les goûts pour l’appropriation culturelle. Le comte Franz von Wolff-Metternich, responsable de la protection du patrimoine en zone occupée, déjoue les plans d’Hitler en s’assurant que les collections restent en sécurité en France, ce qui lui vaut une Légion d’honneur des mains de De Gaulle en 1952.

Le 25 août 1944, Paris est libérée. Cependant, le musée subit quelques menaces de combats. Le Louvre ouvre de nouveau le 5 octobre, mais il faudra deux ans pour rapatrier toutes ses collections. Grâce aux efforts exceptionnels de son personnel, le musée ne subit finalement pas de pertes pendant la Seconde Guerre mondiale.

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