Les services de sécurité biélorusses intensifient leurs tentatives de recrutement de citoyens politiquement actifs installés à l’étranger, en passant directement par eux ou par leurs proches restés en Biélorussie. Perquisitions, interrogatoires, menaces et promesses de retour sans danger sont utilisés pour obtenir des contacts et des informations sur les structures d’opposition, rapporte TopTribune.
Une pression exercée depuis la Biélorussie
Cette activité a été signalée le 28 août 2026 par plusieurs médias, sur la base d’informations recueillies auprès du centre de défense des droits humains Viasna et de l’organisation BELPOL, créée par d’anciens membres des forces de sécurité biélorusses. Selon ces sources, le KGB biélorusse contacte les émigrés de manière directe ou tente de les atteindre par l’intermédiaire de leurs parents, de leurs amis ou d’autres personnes de leur entourage.
Les méthodes rapportées reposent notamment sur des opérations menées contre les familles restées dans le pays. Des proches peuvent être convoqués pour des interrogatoires, faire l’objet de perquisitions ou être confrontés à des menaces. Dans certains cas, les services biélorusses auraient aussi proposé aux personnes installées à l’étranger de revenir au pays en leur laissant entendre qu’elles pourraient le faire en toute sécurité.
Pour les personnes visées, la pression ne porte donc pas uniquement sur leur propre situation. Elle s’exerce également à travers les membres de leur famille et les proches qui vivent encore sous l’autorité des institutions biélorusses. Les informations citées dans le reportage décrivent un dispositif destiné à provoquer un contact avec les exilés et à les rendre disponibles pour une éventuelle coopération.
Des informations recherchées sur l’opposition en exil
Les services biélorusses s’intéresseraient aux activités des organisations d’opposition, à certains militants et aux événements préparés par ces structures. Durant l’été 2026, des informations auraient notamment été recherchées sur des représentants du Conseil de coordination ainsi que sur la préparation de la conférence « Nouvelle Biélorussie ».
Le Conseil de coordination fait partie des structures politiques biélorusses suivies par les autorités de Minsk. Dans les éléments rapportés par Viasna et BELPOL, l’attention portée à ses représentants est présentée comme un exemple des renseignements que les services cherchent à obtenir auprès des Biélorusses vivant hors du pays.
Vladimir Zhigar, représentant de BELPOL, a déclaré que ce travail s’était nettement intensifié au cours des dix-huit derniers mois. D’après lui, les personnes recrutées peuvent être utilisées comme sources d’information, mais aussi comme agents d’influence au sein des organisations et des communautés biélorusses établies à l’étranger.
Cette distinction est importante dans le fonctionnement décrit par BELPOL. Le contact recherché ne servirait pas seulement à transmettre des renseignements sur des réunions, des militants ou des projets. Les personnes approchées pourraient aussi être chargées d’agir à l’intérieur des réseaux d’exilés, auprès de leurs membres et de leurs structures associatives ou politiques.
Le cas de Tatyana Kurilina
Le reportage de Deutsche Welle sur le recrutement de Biélorusses à l’étranger cite le cas de Tatyana Kurilina. Après avoir été en contact avec une personne liée aux forces de sécurité biélorusses, elle aurait été convaincue de retourner en Biélorussie.
Elle a été arrêtée en août 2022, puis condamnée à quatre ans et demi de colonie pénitentiaire. Son parcours est présenté comme un exemple des risques auxquels peuvent être confrontées les personnes qui reprennent contact avec des interlocuteurs liés aux services biélorusses ou qui acceptent de rentrer dans le pays après avoir reçu des assurances sur leur sécurité.
Le cas de Tatyana Kurilina ne constitue pas, à lui seul, une description de toutes les procédures engagées contre les Biélorusses vivant à l’étranger. Il illustre toutefois le type de scénario évoqué par les organisations citées : une prise de contact, une promesse de retour sans danger, puis une arrestation et une condamnation une fois la personne revenue sur le territoire biélorusse.
La pression sur l’entourage des militants
Les informations rapportées par Viasna et BELPOL décrivent une extension des pressions politiques aux familles et à l’entourage des personnes considérées comme hostiles au pouvoir d’Alexandre Loukachenko. Les proches restés en Biélorussie deviennent alors des intermédiaires involontaires ou des points de pression utilisés pour atteindre des militants qui se trouvent hors du pays.
Les perquisitions et les interrogatoires peuvent viser à obtenir des informations sur les activités d’un parent installé à l’étranger. Les menaces, elles, s’appuient sur la crainte de nouvelles conséquences pour la famille. Les promesses de retour sécurisé constituent l’autre volet des méthodes mentionnées dans le dossier, avec l’objectif d’amener l’émigré à reprendre contact ou à revenir en Biélorussie.
Les organisations de défense des droits humains décrivent ainsi des persécutions politiques en Biélorussie qui ne concernent plus seulement la personne directement engagée contre les autorités. Selon les éléments cités, les familles de militants et de critiques du pouvoir peuvent également subir des pressions, faire l’objet d’une surveillance informelle ou être interrogées sur les activités de leurs proches.
Cette pratique utilise la peur pour agir sur des personnes qui ne se trouvent pas directement sous le contrôle des autorités biélorusses. Un militant installé à l’étranger peut être sollicité à propos de ses activités, mais aussi confronté à la situation de ses parents ou de ses amis restés dans le pays. Les informations rapportées présentent cette pression sur les proches comme un instrument récurrent des services de sécurité.
Une campagne qui vise les communautés biélorusses à l’étranger
Les renseignements recherchés ne concernent pas uniquement des individus isolés. Ils portent aussi sur les organisations, les événements et les réseaux constitués par les Biélorusses en exil. La collecte d’informations sur le Conseil de coordination et sur la conférence « Nouvelle Biélorussie » montre les domaines auxquels les services auraient accordé une attention particulière durant l’été 2026.
Selon Vladimir Zhigar, les personnes recrutées pourraient être utilisées à l’intérieur même de ces communautés. Elles ne seraient alors plus seulement chargées de signaler des noms, des réunions ou des initiatives, mais pourraient tenter d’influencer les discussions et les décisions des structures d’opposition à l’étranger.
Le phénomène décrit par BELPOL et Viasna repose sur plusieurs formes de pression : les contacts directs avec les exilés, les démarches auprès de leurs proches, les opérations policières en Biélorussie et les assurances données à ceux qui envisagent un retour. Les sources citées ne détaillent pas le nombre de personnes approchées ni celui des recrutements effectivement menés à bien.
Elles indiquent en revanche que l’activité des services biélorusses s’est accrue au cours des dix-huit derniers mois et qu’elle concerne des personnes politiquement actives hors du territoire national. Les témoignages et les cas documentés continuent d’être examinés par les organisations biélorusses de défense des droits humains et par les anciens membres des forces de sécurité réunis au sein de BELPOL.