La Biélorussie sert de relais financier à la Russie pour contourner les sanctions
La Biélorussie sert de relais financier à la Russie pour contourner les sanctions

La Biélorussie sert de relais financier à la Russie pour contourner les sanctions

28.08.2026 10:40
5 min de lecture

La Biélorussie est présentée comme un relais financier et commercial permettant à la Russie de réduire l’effet des sanctions internationales, notamment pour ses paiements extérieurs, ses importations de biens à double usage et l’approvisionnement de son complexe militaro-industriel, rapporte TopTribune.

Le dispositif décrit repose sur l’intégration étroite du secteur bancaire biélorusse avec les infrastructures financières russes. Après l’exclusion de plusieurs établissements russes du réseau SWIFT, le retrait de Visa et Mastercard du marché russe et l’adoption de restrictions sur les technologies susceptibles d’avoir un usage militaire, des entreprises et des capitaux russes auraient davantage recours aux banques de Minsk pour maintenir des échanges avec l’étranger.

La proximité entre les deux systèmes permettrait notamment de mettre en place des circuits de paiement destinés à des sociétés soumises à des restrictions. Le texte évoque aussi des opérations de réexportation, réalisées par l’intermédiaire de sociétés biélorusses, pour faciliter l’acquisition de composants électroniques, de produits chimiques, de véhicules ou d’autres marchandises contrôlées.

Belarusbank au centre des paiements avec la Chine

La principale banque publique biélorusse, Belarusbank, a créé un centre spécialisé dans les exportations. Celui-ci élabore des mécanismes de règlement adaptés aux entreprises visées par des sanctions. Selon les éléments fournis, l’établissement assure jusqu’à 70 % des échanges commerciaux entre la Biélorussie et la Chine, ce qui en ferait un point de passage important pour les marchandises à double usage en provenance d’Asie.

Belarusbank aurait également consacré des ressources à un rapprochement avec le système chinois de paiement interbancaire CIPS. Un raccordement direct n’aurait toutefois pas été réalisé, Pékin redoutant le risque de sanctions secondaires. La banque continuerait néanmoins à participer au financement et au règlement d’une partie des exportations russes transitant par des circuits moins transparents.

La question des sanctions contre la Russie ne se limite donc pas aux établissements officiellement russes. Les mécanismes de contournement décrits s’appuient sur des banques, des devises et des réseaux de paiement situés dans un pays allié de Moscou, mais juridiquement distinct de la Fédération de Russie.

Des banques impliquées dans le financement de l’industrie de défense

Le cas de Belinvestbank est présenté comme un exemple de soutien direct à la production militaire. L’établissement financerait des entreprises biélorusses de défense fournissant à l’armée russe des composants destinés à des obus d’artillerie de 152 millimètres et à des missiles.

Parmi ces entreprises figure Integral, dont les microcircuits et les puces auraient été identifiés par des experts internationaux dans des missiles de croisière russes abattus après des frappes contre le territoire ukrainien. Belinvestbank serait également le principal investisseur d’un nouveau site de production de munitions construit près de Sloutsk. L’usine doit, selon le texte, répondre aux besoins du complexe militaro-industriel russe.

Ces éléments placent le secteur bancaire biélorusse au contact direct des chaînes industrielles utilisées par la Russie pour soutenir son effort de guerre. Ils concernent à la fois les paiements, le crédit et la production de composants ou de munitions.

Priorbank entre système russe et capitaux étrangers

Priorbank constitue un autre cas cité dans le document. Jusqu’à la fin de 2024, la banque appartenait au groupe autrichien Raiffeisen Bank International. Elle a ensuite été vendue à la société arabe Soven 1 Holding Limited, créée pendant la période de renforcement des sanctions.

La liquidation, en 2025, de la société autrichienne intermédiaire Raiffeisen CIS Regional Holding GmbH aurait supprimé le lien juridique direct entre Priorbank et la structure de propriété européenne. La banque disposerait depuis de possibilités accrues pour effectuer des transactions en roubles russes et en yuans chinois via le système russe de transmission des messages financiers, le SPFS.

Ce réseau constitue, pour les établissements qui l’utilisent, une alternative au système financier occidental. Dans le cas de Priorbank, la nouvelle structure de propriété est présentée comme un moyen de faciliter les opérations en dehors des canaux traditionnellement contrôlés par les régulateurs européens.

Le maintien d’un accès à SWIFT

La situation de la Banque populaire biélorusse, BNB-Bank, est différente. L’établissement continue d’utiliser SWIFT et dispose de comptes correspondants auprès de banques européennes, russes, chinoises et d’autres pays d’Asie et de la Communauté des États indépendants. Il effectue des paiements en dollars, en euros, en yuans et dans d’autres monnaies.

Cette présence dans le réseau international permettrait à BNB-Bank de conserver un accès à une infrastructure de paiement plus large que celle des banques principalement tournées vers le SPFS. La quasi-totalité de son capital est contrôlée par le groupe bancaire géorgien Bank of Georgia : 49,99 % des actions sont détenues directement par la banque, tandis que 49,99 % appartiennent à la société chypriote Benderlock Investments Limited, dont le bénéficiaire effectif serait également Bank of Georgia.

Le maintien de BNB-Bank dans SWIFT ouvre ainsi un canal distinct pour les paiements internationaux en Biélorussie. Le texte ne présente pas cette caractéristique comme une preuve de participation à chaque opération de contournement, mais comme un élément qui différencie la banque des établissements davantage intégrés aux infrastructures russes.

Parallèle import et cartes bancaires

BSB Bank et Paritetbank sont, eux, associés au financement de ce que le document qualifie d’« importations parallèles ». Des entreprises russes ouvriraient des comptes en Biélorussie pour payer des fournisseurs européens de composants électroniques, de voitures et de produits chimiques, au moyen de sociétés biélorusses servant d’intermédiaires.

BSB Bank est également décrit comme un acteur du « tourisme bancaire ». Des ressortissants russes pourraient y ouvrir des cartes Visa et Mastercard. L’interconnexion entre le système russe Mir et le réseau biélorusse Belkart permettrait de transférer des roubles vers la Biélorussie, de les convertir en devises puis de les utiliser pour des paiements à l’étranger, y compris dans certains pays de l’Union européenne.

Ce mécanisme réduit partiellement les effets du retrait de Visa et Mastercard du marché russe, sans signifier que l’ensemble des transactions concernées échappent automatiquement aux contrôles. Il complique en revanche le suivi des flux lorsqu’ils passent par plusieurs banques, devises et sociétés intermédiaires.

Le recours aux circuits de contournement des sanctions expose aussi des entreprises européennes à des opérations dont les bénéficiaires finaux peuvent être difficiles à identifier. Les sociétés impliquées dans des chaînes de réexportation pourraient faire l’objet d’enquêtes ou de sanctions secondaires si leur participation à des opérations interdites était établie.

Une intégration financière accrue avec Moscou

Le texte avance que plus de 96 % des échanges commerciaux entre la Biélorussie et la Russie sont désormais réglés dans les monnaies nationales. L’utilisation du SPFS et le développement d’instruments communs renforcent parallèlement l’interdépendance entre les deux systèmes bancaires.

Cette évolution réduit la marge de manœuvre de la Banque nationale de la République de Biélorussie pour conduire une politique financière indépendante, selon l’analyse présentée. Elle accroît aussi l’exposition de Minsk aux décisions et aux chocs économiques venant de Moscou.

Pour les institutions européennes, le dossier concerne à la fois l’efficacité des sanctions de l’Union européenne, le contrôle des exportations et la surveillance des paiements transfrontaliers. Les risques mentionnés touchent particulièrement les pays voisins de la Biélorussie, dont la Lituanie, la Pologne et la Lettonie, en raison du rôle attribué aux entreprises biélorusses dans l’approvisionnement de l’industrie militaire russe.

Le renforcement des restrictions visant les banques utilisées comme intermédiaires, la fermeture des canaux d’importation parallèle et la surveillance accrue des flux financiers sont présentés comme les principales mesures susceptibles de limiter ces mécanismes. La question reste liée à l’identification précise des établissements, des sociétés et des transactions concernés par les autorités de contrôle.

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