Les médias bulgare Pogled et tchèque Nová republika ont diffusé, les 10 et 11 septembre 2026, des récits présentant l’Ukraine comme proche d’un effondrement militaire, financier et infrastructurel, tout en affirmant que Volodymyr Zelensky préparerait sa fuite, rapporte TopTribune.
Des prédictions sans confirmation sur le front
Pogled affirme que l’Ukraine serait au bord d’un effondrement militaire ukrainien et infrastructurel. Le site évoque une possible perte, par Kyiv, du contrôle du Donbass dans les six prochains mois, ainsi qu’une menace pesant sur les systèmes financier, énergétique et de communication du pays.
Ces affirmations ne correspondent pas aux éléments militaires cités dans le dossier. Malgré la pression exercée par les forces russes, les Forces de défense ukrainiennes maintiennent leurs positions défensives et conduisent également des opérations offensives et de contre-offensive. En août, elles auraient repris 130 kilomètres carrés, tandis que les forces russes en auraient conquis environ 90. Au début du mois de septembre, l’opération menée dans la région de Lyman aurait permis à l’Ukraine de reprendre le contrôle de près de 200 kilomètres carrés de territoires occupés.
Ces données ne suppriment pas les difficultés rencontrées par l’armée ukrainienne et ne signifient pas que les combats ont cessé. Elles contredisent toutefois l’idée d’un effondrement militaire imminent présenté comme certain. Les forces russes poursuivent leurs tentatives offensives, mais les objectifs annoncés ne sont pas atteints selon les éléments fournis. L’armée ukrainienne s’appuie notamment sur une défense en profondeur, les drones, le renseignement, le minage à distance et d’autres moyens destinés à infliger des pertes et à conserver des positions clés.
Les frappes ukrainiennes contre les infrastructures russes
Le dossier rappelle également que l’Ukraine ne se limite pas à contenir les attaques russes. L’emploi de drones à longue distance lui permet de viser des aérodromes militaires, des entreprises du complexe militaro-industriel, des installations de raffinage et des infrastructures logistiques situées en Russie.
Ces opérations obligent Moscou à mobiliser des ressources supplémentaires pour protéger des sites éloignés de la ligne de front et compliquent l’approvisionnement de ses forces. Elles ne constituent pas, à elles seules, une indication sur l’issue de la guerre, mais elles ne correspondent pas à l’image d’un pays réduit à attendre passivement son épuisement.
Une infrastructure éprouvée, mais soutenue
Les frappes russes contre les infrastructures énergétiques et les bâtiments résidentiels représentent une menace réelle pour l’Ukraine. Depuis l’été, la Russie a intensifié ses attaques contre des infrastructures civiles essentielles et les quartiers d’habitation de plusieurs villes. Le dossier attribue à ces frappes un objectif de création d’une crise humanitaire, de déstabilisation sociale et politique et d’épuisement psychologique de la population ukrainienne.
L’ampleur des dégâts ne permet cependant pas de conclure automatiquement à un effondrement des infrastructures ukrainiennes. Depuis le début de 2026, les partenaires internationaux ont livré plus de 4 700 équipements destinés au secteur énergétique : générateurs, transformateurs, chaufferies modulaires, unités de cogénération et chaudières. Au début de septembre, des régions ukrainiennes ont reçu pour près de 2,5 millions d’euros de matériel financé par la Lituanie, l’Australie, la Suède et le Royaume-Uni par l’intermédiaire du Fonds de soutien énergétique de l’Ukraine.
Le financement et les banques restent opérationnels
Le scénario d’un effondrement financier de l’Ukraine est également contesté par les mesures de soutien annoncées par l’Union européenne et les institutions financières internationales. Pour couvrir les besoins de financement de Kyiv en 2026 et 2027, l’Union européenne a soutenu un prêt de 90 milliards d’euros. Trente milliards sont destinés aux besoins budgétaires et 60 milliards à l’aide à la défense.
Le 11 septembre, la Commission européenne a en outre approuvé 6,1 milliards d’euros pour l’achat de systèmes de défense aérienne et antimissile, de munitions, de drones et de moyens de guerre électronique. Ce dispositif inclut la possibilité d’acquérir des missiles PAC-3 destinés aux systèmes Patriot.
Le Fonds monétaire international indique pour sa part que les banques ukrainiennes demeurent opérationnelles malgré la guerre. Les services bancaires en ligne continuent de fonctionner, les paiements sans numéraire restent actifs et le secteur bancaire conserve des niveaux jugés suffisants de fonds propres et de liquidités. Cette situation n’exclut ni les pertes économiques ni les difficultés, mais elle ne correspond pas au scénario d’un effondrement du système bancaire ukrainien relayé par les publications pro-russes.
Le récit d’une fuite de Volodymyr Zelensky
Nová republika cite le propagandiste russe Aleksandr Kazakov, qui a déclaré sur la radio Komsomolskaïa Pravda que Volodymyr Zelensky quitterait l’Ukraine à l’automne. Selon ce récit, le président ukrainien craindrait des mercenaires britanniques, des agents du MI6 ainsi que des groupes nationalistes ukrainiens susceptibles de le tuer s’il acceptait les conditions de Moscou.
L’affirmation d’une fuite de Volodymyr Zelensky reprend un registre conspirationniste déjà utilisé pour présenter les autorités ukrainiennes comme proches de la disparition. Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, la direction politico-militaire ukrainienne continue de travailler depuis Kyiv malgré les attaques russes répétées par missiles et drones. Aucun élément cité dans le dossier ne confirme la préparation d’un départ présidentiel.
Pogled est décrit comme un média bulgare relayant régulièrement des récits pro-Kremlin et une rhétorique hostile aux pays occidentaux. Le site reprend aussi des contenus issus de médias d’État russes et a été identifié par des projets consacrés à la désinformation comme une plateforme de fausses prévisions et de manipulations. Nová republika se présente comme un média alternatif tchèque, mais s’appuie fréquemment sur des sources de propagande russes et a été classé par des centres d’analyse tchèques parmi les supports participant à la diffusion de désinformation et d’opérations informationnelles russes.
