Laurie Gauvin, une influenceuse qui documente son rétablissement après avoir souffert d’anorexie, soulève des inquiétudes au sein du milieu de la santé, rapporte TopTribune.
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Diagnostiquée d’anorexie à 14 ans, Laurie a lutté contre ce trouble jusqu’à 20 ans. Pendant cette période, elle se sous-alimentait et évitait de mettre de la crème pour les mains « par peur de grossir » tout en conduisant sans s’asseoir complètement « pour brûler des calories ».
Au plus creux de sa maladie, elle était si dénutrie qu’elle a temporairement perdu la vue. « Quand mes sens ont commencé à me lâcher, ça a été le déclic pour ma guérison », raconte-t-elle en interview.
En décembre 2024, Laurie a commencé son rétablissement, annonçant son engagement sur Instagram à ses 300 abonnés. Aujourd’hui, elle compte plus de 155 000 abonnés, témoignant de l’impact de son expérience sur les autres.
Les gens pensent qu’ils vont se sortir de ce trouble et qu’ils ne s’aimeront pas, mais moi, aujourd’hui, je m’aime comme je ne me suis jamais aimée.
Selon la Société canadienne de pédiatrie, l’anorexie mentale a le taux de mortalité le plus élevé parmi les maladies psychiatriques. Les experts mettent en garde contre le partage d’expériences sur les médias sociaux, notamment pour les adolescents vulnérables.
Le poids des mots
Les influenceurs doivent garder à l’esprit que certains de leurs abonnés sont en situation de vulnérabilité. « Pour les adolescents atteints de troubles alimentaires, chaque mot a un poids immense et peut s’avérer destructeur », déclare le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre.
Le Dr Jamoulle souligne qu’il est prudent de limiter les témoignages de patients ayant traversé des troubles alimentaires, car chaque parcours est unique.
Il n’existe pas de « patients-experts », précise-t-il. Depuis plus de 25 ans, il traite des adolescents en proie à des troubles du comportement alimentaire.
On ne consulte pas d’anciens boulimiques ou anorexiques quand on veut en guérir, on consulte des professionnels de la santé.
« Les comptes de rétablissement peuvent être risqués, car ceux qui s’expriment ne choisissent pas toujours les mots appropriés », souligne M. Boulanger.
Avant de publier, Laurie prend le temps de réfléchir à ce qu’elle aurait aimé entendre durant sa maladie. Récemment, elle a partagé six leçons tirées de son cheminement.
Quand j’étais malade, j’aurais aimé que des gens qui ont vécu ce trouble viennent me voir pour me dire : “Eille, moi, j’ai vieilli et voici comment je m’en suis sortie.”
Normaliser le processus
Laurie reçoit quotidiennement des messages d’encouragement. « Laurie m’aide à voir que c’est normal que la guérison ne soit pas parfaite », témoigne Matilde Lavoie, abonnée sur Instagram.
Matilde, âgée de 22 ans, lutte contre l’anorexie, ayant été hospitalisée à plusieurs reprises. Elle aborde son parcours avec transparence, peu importe les défis rencontrés.
Quelqu’un qui documente vraiment son rétablissement de façon ouverte en exposant les hauts et les bas, ça peut aider à normaliser le processus.
Mme d’Amours insiste sur l’importance de se concentrer sur sa propre guérison et de ne pas glorifier le parcours des autres.
Purifier ses réseaux
« Ce n’est pas parce qu’un compte donne de l’espoir qu’il est une source d’information crédible », rappelle Benoît Boulanger. Il est essentiel de faire le tri dans son environnement numérique pour éviter les contenus toxiques.
Le Dr Jamoulle abonde dans ce sens, soulignant la nécessité de modifier certains algorithmes de réseaux sociaux, où des influenceurs dont la guérison peut paraître douteuse peuvent avoir un impact néfaste.
« À un moment donné, je n’avais que des comptes d’anorexia recovery dans mon téléphone. J’ai décidé d’enlever tous ceux qui étaient problématiques et ça m’a beaucoup aidée », raconte Matilde Lavoie.
