Une allocution aussi courte que décevante. Emmanuel Macron a pris la parole dimanche pour réagir aux violences et aux saccages de commerces et de bâtiments publics qui ont eu lieu samedi dans plusieurs grandes villes de France en marge des manifestations. À défaut d’annonces majeures, il a promis de la fermeté et des réunions dans les prochains jours à Matignon, rapporte TopTribune.
Aucune annonce concernant les revendications, que ce soit la lutte contre la vie chère ou la défense des services publics, n’a été faite à ce stade par le chef de l’État. De nombreux hommes et femmes politiques, mais aussi représentants syndicaux, notamment dans l’éducation, ont fait part de leur mécontentement.
« Absolument irresponsable » de ne « rien dire »
Le président de la République n’a pas convaincu, jusque dans son camp. « J’aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives permettant le retour à l’ordre et le rétablissement de l’autorité de l’État », l’a interpellé sur X son ancien Premier ministre Édouard Philippe (Horizons), même s’il lui a reconnu « une volonté louable de rétablir le dialogue ».
Du côté des oppositions, la patronne des Écologistes Marine Tondelier aurait « aimé entendre le président amorcer le début d’un commencement de mea culpa ». « Les revendications demeurent ce soir », a abondé sur LCI Manuel Bompard, coordinateur de LFI, estimant « absolument irresponsable de prendre la parole ce soir pour ne rien dire » en réponse aux manifestants. Un peu plus tôt, c’est son candidat Jean-Luc Mélenchon qui mettait en garde contre tout « pourrissement » et appelait au « blocage des prix », à « 10 milliards » d’investissements dans l’éducation ou encore à la suppression de Parcoursup.
Il « n’a plus rien à dire aux Français »
De l’autre côté de l’échiquier politique, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a fustigé une « lamentable allocution » et un pouvoir qui « n’a plus rien à dire aux Français, plus rien à leur proposer ». Empruntant aux codes présidentiels dans une vidéo devant un drapeau français, la candidate du parti d’extrême droite Marine Le Pen avait elle dépeint « une crise profonde de confiance, d’autorité », « une menace sur la démocratie », et un « pouvoir macroniste […] épuisé ».
Et le candidat-président de LR, Bruno Retailleau, avait lui appelé à l’instauration de l’état d’urgence, avant de critiquer un Emmanuel Macron qui « apparaît totalement dépassé, incapable d’opposer la force de l’État à la chienlit qui menace la République ».
Macron « n’a rien compris à ce qui se passe dans le pays »
Côté syndicats, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a affirmé qu’Emmanuel Macron « n’a rien compris à ce qui se passe dans le pays », estimant que le président n’a pas répondu aux attentes exprimées par les manifestants.
« Le problème dans son discours de ce dimanche soir, c’est qu’il ne fait aucune annonce concrète pour répondre à la mobilisation des jeunes, à la vie chère ou au déclassement des services publics et à la multiplication des licenciements », a souligné la responsable de la deuxième centrale syndicale, qui avait appelé à participer aux manifestations du 17 octobre aux côtés de gilets jaunes, de jeunes et de militants du climat.
« Une forme d’irresponsabilité à jouer la montre »
Emmanuel Macron n’a « rien avancé de concret » pour l’Éducation, a déploré dimanche la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, selon laquelle « à ce stade de la crise lycéenne, et plus généralement démocratique, c’est irresponsable et dangereux ». « Cela va bientôt faire un mois que les lycéens sont mobilisés, avec notre soutien, et Emmanuel Macron n’a rien avancé de concret ce dimanche soir. Il y a une forme d’irresponsabilité à jouer la montre, en renvoyant les réponses à plus tard, tout en sermonnant les corps intermédiaires (nous avons déjà condamné les violences) », a réagi la responsable du premier syndicat du secondaire après l’allocution présidentielle.
Des gilets jaunes co-organisateurs de la journée de mobilisation de samedi, qui a tourné au chaos dans plusieurs villes, ont dénoncé dimanche soir un « discours vide » d’Emmanuel Macron et demandé à être reçus à l’Elysée avec des représentantes de divers secteurs mobilisés.
