
La dengue, le chikungunya, le virus du Nil occidental, le Zika et la fièvre hémorragique de Crimée-Congo sont des maladies dont la propagation au sein de l’Europe est exacerbée par les températures montantes. Ce phénomène impacte directement la vie quotidienne, les voyages, la prévention et l’organisation des soins, rapporte TopTribune.
Pourquoi l’Europe se trouve-t-elle plus exposée à certaines maladies ?
Bien que cela puisse sembler éloigné de la réalité, ces problématiques touchent désormais les Européens de manière significative. Le dernier rapport du Lancet Countdown on Health and Climate Change, publié en avril 2026, signale une détérioration générale des impacts climatiques sur la santé, alimentée par une multiplication des alertes de chaleur extrême, une saison de pollens prolongée, des tensions alimentaires, et également une augmentation des maladies vectorielles comme celles transmises par les moustiques et les tiques.
Le changement climatique ne se limite plus à un risque lointain – il redéfinit effectivement la circulation de certaines pathologies au sein du continent. Selon Joacim Rocklöv, co-directeur du Lancet Countdown Europe, les effets liés aux changements climatiques sur la santé s’intensifient à un rythme plus rapide que notre capacité à y faire face.
La carte sanitaire européenne est en train de se transformer. Les épisodes de transmission locale ne sont plus une simple curiosité épidémiologique, mais constituent désormais une préoccupation pour les autorités, modifiant les recommandations aux citoyens et voyageurs, et impactant également la préparation des systèmes de santé.
Dengue, chikungunya, Zika : que révèlent les chiffres ?
L’indicateur le plus marquant souligné dans le rapport de 2026 est la dengue. Ce dernier met en lumière que le risque global d’épidémies de dengue en Europe a presque quadruplé par rapport à la période de 1980 à 2010, enregistrant une hausse de 297%. Ainsi, l’environnement en Europe devient de plus en plus propice à la transmission de maladies jusqu’alors considérées comme principalement tropicales.
Cette dynamique ne s’arrête pas à la dengue. La fréquence des foyers locaux de dengue, de chikungunya et de Zika augmente en moyenne de 1,24 fois par an, la majorité des foyers étant signalés en France. En 2025, la France a constaté 788 cas de chikungunya transmissibles localement, un chiffre sans précédent. L’European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) indique également qu’en 2025, l’Europe a connu un total de 27 foyers de chikungunya, un chiffre record pour le continent.
Cette tendance est directement corrélée à des conditions devenues plus favorables aux vecteurs de ces maladies. Selon l’ECDC, l’Europe fait face à des saisons de transmission plus longues et intenses, en raison de températures toujours plus élevées, de longs étés, d’hivers plus doux et des variations des régimes de pluie. Pamela Rendi-Wagner, à la tête de l’agence, résume cette situation : « L’Europe entre dans une nouvelle ère où des transmissions plus longues, plus étendues et plus intenses de maladies vectorielles deviennent la norme. »
Un des indicateurs les plus préoccupants de cette installation durable est la progression du moustique tigre. L’ECDC signale que Aedes albopictus, vecteur de chikungunya et potentiellement impliqué dans la transmission de virus comme la dengue et le Zika, est désormais présent dans 16 pays européens et 369 régions, contre seulement 114 régions il y a dix ans. Cela signifie que le risque de contracter ces maladies ne se limite plus à quelques zones méditerranéennes isolées.
Des menaces plus variées que prévu
Réduire la discussion aux seules maladies transmises par le moustique tigre serait réducteur. Le virus du Nil occidental est également en plein essor. En 2025, selon Le Monde, 1.112 cas humains locaux ont été rapportés, un chiffre dépassant la moyenne annuelle des dix dernières années. Il s’agit là d’un signal concret qui indique l’importance de cette menace.
Un autre danger, souvent moins évoqué, est la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Bien qu’associée principalement aux régions du sud et de l’est du continent, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que son potentiel d’expansion vers le nord augmente avec les changements climatiques et les migrations des tiques et de leurs hôtes. Cela soulève des problématiques bien plus larges que celles liées aux moustiques : le climat favorise également des évolutions écologiques modifiant la présence et le comportement d’autres vecteurs.
Cette transformation sanitaire concerne également des sujets plus quotidiens, affectant donc un plus large public. Le rapport du Lancet Countdown fait état d’une prolongation de la saison des pollens d’une à deux semaines par rapport aux années 1990. Cela se traduit pour des millions d’Européens par une exposition accrue aux allergies et des désagréments respiratoires, entraînant une détérioration de la qualité de vie dès le printemps.
Conséquences pour les ménages, les voyageurs et les systèmes de santé
Les dimensions économiques et pratiques de cette situation ne doivent pas être négligées. Lorsque des maladies se répandent, ce ne sont pas seulement les autorités sanitaires qui doivent s’adapter. Les ménages font face à des coûts accrus liés à la protection, aux consultations, aux traitements, aux perturbations de vacances ou de voyages, et à une vigilance renforcée lors des périodes chaudes. L’ECDC recommande déjà, dans les zones touchées, l’utilisation de répulsifs, de vêtements protecteurs, de moustiquaires, de protections pour les fenêtres et une attention accrue pour les populations vulnérables.
Le rapport du Lancet met en lumière un paradoxe : alors même que les défis sanitaires se multiplient, la réponse politique et publique peine encore à suivre. Pourtant, le même rapport indique qu’il existe des résultats probants lorsqu’une politique appropriée est mise en place. Comme le souligne Le Monde, on a enregistré une baisse de 84 % des décès attribués à la pollution atmosphérique émise par le secteur de l’électricité depuis 2000, et de 58 % pour le secteur des transports. Maria Nilsson, coprésidente Europe du Lancet Countdown, conclut cette ambivalence en déclarant : « Le changement climatique d’origine humaine aggrave les répercussions sur la santé à travers l’Europe, entraînant des pertes humaines continuelles, mais nous entrevoyons aussi quelques lueurs d’espoir. »