Le Monstre de Florence : une série Netflix explore le mystère du célèbre tueur en série italien

Le Monstre de Florence : une série Netflix explore le mystère du célèbre tueur en série italien

23.10.2025 08:03
2 min de lecture
Culture / Société

Près de quarante ans après le dernier meurtre, l’affaire hante toujours l’Italie. Entre erreurs judiciaires, suspects à la pelle et fascination populaire, une nouvelle série ouvre le dossier d’un mystère national irrésolu.

Cinquante ans après les premiers meurtres – et près de quarante ans après le dernier – l’ombre du «Mostro di Firenze» n’a toujours pas quitté l’Italie. Huit couples exécutés entre 1968 et 1985, une enquête chaotique, des dizaines de suspects, des rumeurs de sectes sataniques et des médias excités par l’odeur du sang : le monstre de Florence est devenu bien plus qu’un tueur. Il est désormais un mythe national, rapporte TopTribune.

Cette légende reprend vie aujourd’hui sur les écrans avec Le Monstre de Florence, une minisérie en quatre épisodes réalisée par Stefano Sollima qui remonte les fils d’une enquête interminable pour mieux en montrer les impasses. Sollima promet un récit « sans parti pris », mais derrière cette promesse de neutralité, il dépeint un pays hanté par ses propres contradictions.

Chaque épisode s’attarde sur un homme tour à tour désigné comme le tueur par les enquêteurs : un ouvrier sarde, un frère violent, des amants jaloux, des marginaux de la campagne toscane. Tous ont connu la prison et les affres de la rumeur, parfois jusqu’à en mourir. À ce jour, malgré quatre condamnations prononcées, personne ne sait si le véritable assassin a un jour été identifié. La seule certitude : le même pistolet a servi pour tous les crimes.

Pour les Italiens, cette affaire est plus qu’un simple fait divers. Elle dit quelque chose de la société d’alors, d’une Italie des années 1970 en pleine mutation économique et culturelle, mais toujours traversée d’inégalités profondes. Comme le résume Sollima, « l’Italie des villes s’émancipait, mais la campagne restait patriarcale, figée dans un ordre ancien. » C’est dans cette fracture que surgirait le monstre, une figure mêlant à la fois l’archaïsme violent de l’Italie d’hier et la modernité mal digérée de celle de demain.

La faillite de l’État

Sur les forums spécialisés et les blogs, des passionnés dissèquent le dossier depuis des décennies, et la série alimente déjà de nouvelles théories. L’engouement pour l’affaire n’a d’ailleurs jamais vraiment faibli de l’autre côté des Alpes : on compte plus de cent vingt ouvrages consacrés au «Monstre», des thèses universitaires, des documentaires, des podcasts. Il ne s’agit pas seulement de true crime, mais d’une théologie nationale.

Dans sa seconde moitié, Le Monstre de Florence prend un virage inattendu. Derrière le thriller, un réquisitoire implicite se déploie contre le système judiciaire italien, réputé pour sa lenteur et ses erreurs récurrentes. Comme l’affaire Tortora – autre drame judiciaire emblématique que raconte la future série Portobello de Marco Bellocchio pour HBO Max – celle du Monstre révèle un État vacillant, prompt à broyer les innocents autant que les coupables.

Aujourd’hui, l’affaire du Monstre n’est toujours pas close. Deux procureurs florentins ont ordonné récemment l’exhumation d’un ancien suspect pour comparaison ADN. De son côté, le neveu d’un condamné réclame la réouverture du procès.

« Nous n’avons pas voulu choisir une théorie, simplement les raconter toutes », conclut Sollima, une décision qui tient autant du choix artistique que de l’aveu d’impuissance.

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