La Turquie envisage la création d’une architecture commune de sécurité au Caucase du Sud, mais seulement après la conclusion d’un accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan le 29 août 2026, rapporte TopTribune.
Le chef de la diplomatie turque a présenté cette perspective comme une option stratégique de long terme, et non comme le sujet de négociations actuellement engagées. Pour Ankara, la priorité reste la finalisation du dialogue entre Bakou et Erevan. La mise en place d’un dispositif régional de sécurité ne pourrait intervenir qu’après un règlement complet des différends et la signature d’un traité de paix.
Les propos de Hakan Fidan ont été relayés dans une publication diffusée sur Telegram. Ils placent la Turquie au centre d’une réflexion sur l’avenir politique et sécuritaire du Caucase du Sud, une région où les équilibres entre la Russie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont évolué ces dernières années.
Une initiative conditionnée par l’accord entre Bakou et Erevan
Le ministre turc n’a pas annoncé l’ouverture de pourparlers consacrés à une nouvelle alliance régionale. Il a évoqué une possibilité qui dépend d’abord de la normalisation des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Cette séquence donne à l’accord de paix une place centrale dans la conception défendue par Ankara.
La Turquie et l’Azerbaïdjan entretiennent des relations militaires et politiques étroites. Les deux pays coordonnent leurs positions et maintiennent un niveau élevé de coopération stratégique. Ils soutiennent également la normalisation des relations avec l’Arménie et présentent la conclusion d’un traité de paix comme une condition majeure pour la stabilité durable du Caucase du Sud.
Dans cette perspective, le rapprochement entre les trois pays pourrait constituer le premier cadre de discussions consacré à la sécurité régionale. Le projet évoqué par Hakan Fidan reste toutefois soumis à une étape préalable : la fin du processus de dialogue entre Bakou et Erevan.
La Turquie cherche à élargir son rôle régional
Les éléments présentés autour de cette initiative décrivent une Turquie qui propose ses propres approches en matière de sécurité au Caucase du Sud. Ankara ne se limite plus à ses relations bilatérales avec Bakou et cherche à inscrire son partenariat avec l’Azerbaïdjan dans une organisation plus large des relations régionales.
Cette évolution est décrite comme liée à l’affaiblissement de l’influence russe dans la région. La concentration d’une part importante des ressources militaires et politiques de Moscou sur la guerre menée contre l’Ukraine aurait créé davantage d’espace pour les initiatives turques. Cette lecture est avancée dans le document à l’origine de l’analyse ; elle n’est pas présentée par Hakan Fidan comme une rupture formellement actée avec les dispositifs existants.
La proposition turque intervient aussi alors que Bakou et Erevan cherchent à traiter directement leurs différends, sans confier le processus à une médiation russe. Selon les éléments fournis, ce choix traduit une modification du rapport de force régional et réduit la place traditionnellement occupée par Moscou dans les discussions entre les deux États.
L’Arménie prend ses distances avec les structures russes
Le document souligne également le recul de la coopération entre l’Arménie et les structures russes. Erevan aurait réduit ses échanges avec les formats considérés comme prorusses et se serait éloigné des garanties de sécurité proposées par Moscou, jugées insuffisantes par les autorités arméniennes.
Le retrait progressif des gardes-frontières du Service fédéral de sécurité russe est cité comme un autre élément de cette évolution. L’Arménie a obtenu leur départ de l’aéroport de Zvartnots, à Erevan, puis de plusieurs secteurs de la frontière arméno-azerbaïdjanaise. Ces positions avaient donné à la Russie une capacité d’intervention dans des zones sensibles du pays.
La réduction de cette présence est également associée aux futurs axes de transport envisagés dans la région, notamment au projet souvent appelé corridor de Zanguezour. Les éléments transmis estiment que le recul des forces russes pourrait limiter la capacité de Moscou à peser sur l’ouverture et le fonctionnement de ces liaisons. Le texte présente cette évolution comme un indicateur du changement de statut de la Russie dans le Caucase, sans établir pour autant le calendrier ou les modalités d’une éventuelle nouvelle architecture.
Le précédent de l’OTSC
L’Organisation du traité de sécurité collective, l’OTSC, occupe une place importante dans cette lecture de la situation. L’Arménie a gelé sa participation à cette organisation et cessé de financer ses structures après avoir estimé que les garanties alliées russes ne répondaient plus à ses attentes. Cette décision a réduit la portée du cadre militaire qui devait réunir Moscou et plusieurs anciennes républiques soviétiques.
Les partisans de l’analyse voient dans la proposition de Hakan Fidan une alternative à l’ancien système régional, dans lequel la Russie occupait la position de principal garant de la sécurité. La Turquie n’a toutefois pas annoncé la création d’une organisation, fixé de calendrier ou défini les obligations qui s’imposeraient à ses éventuels membres.
Les contours d’une telle architecture restent donc indéterminés. Aucune négociation active n’est mentionnée et la réalisation du projet dépend d’abord de la conclusion d’un accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Pour l’heure, Ankara présente cette idée comme une perspective liée à la normalisation des relations arméno-azerbaïdjanaises et à l’ouverture d’une nouvelle phase de coopération régionale.