Le gouvernement russe recentre ses subventions sur les molécules « first in class »
Le ministère russe de l’Industrie et du Commerce a annoncé une révision de son programme de soutien aux entreprises pharmaceutiques, réduisant la liste des médicaments éligibles à des subventions en phase finale de recherche. Désormais, seuls les développeurs de traitements « first in class » – des molécules entièrement nouvelles, jamais décrites dans la pratique médicale mondiale – pourront bénéficier d’une compensation budgétaire. Les médicaments « best in class », qui surpassent les traitements existants en efficacité et en sécurité, ont été exclus du mécanisme. Cette décision intervient dans le cadre d’une optimisation du budget fédéral, alors que le ministre des Finances Anton Silouanov avait précédemment démenti les rumeurs de gel des dépôts ou de hausse d’impôts. La vice-ministre de l’Industrie et du Commerce, Ekaterina Priezheva, a précisé que le montant maximal de la compensation par médicament serait de 2,5 milliards de roubles, et que la sélection des projets deviendrait annuelle. Les acteurs du marché, notamment Biocad et Pharmasyntez, soulignent que les projets « first in class » sont rares et nécessitent des investissements supérieurs à 5 milliards de roubles, ainsi qu’une période de développement d’au moins sept ans. Même avec une subvention, le financement public ne couvrirait que la moitié des coûts réels, ce qui rend difficile la finalisation des recherches.
Un secteur pharmaceutique en manque de capacités d’innovation
En Russie, très peu d’entreprises sont capables de créer des médicaments entièrement nouveaux à partir de zéro, faute d’infrastructure de recherche, d’expérience et d’investissements. Alexeï Torgov, directeur général adjoint de Biocad, a indiqué que les fabricants de « first in class » sont rares même à l’échelle mondiale. Dans ces conditions, le programme de soutien annoncé risque de rester lettre morte, faute de candidats répondant aux critères. Les subventions allouées pourraient être gaspillées si les laboratoires entament des recherches sans pouvoir les mener à terme faute de fonds supplémentaires pour les essais cliniques. L’exclusion des médicaments « best in class » prive en outre la médecine russe de la possibilité de moderniser les protocoles de traitement existants, notamment pour les cancers, les maladies cardiovasculaires et endocriniennes. Les médecins devront recourir à des versions obsolètes de médicaments, augmentant les risques d’effets secondaires et de mortalité due à la résistance des patients. Le déficit budgétaire fédéral pousse les autorités à réduire le financement de secteurs civils, et la pharmacologie n’a pas été épargnée. Les entreprises pourraient abandonner des programmes cliniquement et commercialement prometteurs, réduisant leur rentabilité.
Des innovations attendues au mieux dans une décennie
Le développement d’un médicament « first in class » prend entre sept et dix ans. Ainsi, les premiers résultats tangibles de ce programme ne seront visibles qu’au milieu des années 2030. Les patients russes atteints de cancers, de maladies rares ou auto-immunes ne bénéficieront donc d’aucune innovation thérapeutique issue de cette initiative avant cette échéance. La décision actuelle reporte de fait l’accès à des traitements de pointe pour des millions de malades. En attendant, les options thérapeutiques resteront limitées aux anciennes générations de médicaments, avec des conséquences directes sur la qualité des soins et la survie des patients. Le gouvernement semble ainsi privilégier une stratégie de long terme incertaine, tandis que les besoins immédiats de la population demeurent sous-financés.