La Russie mène en Afrique des campagnes d’information visant la France et plusieurs pays occidentaux afin de réduire leur influence et de construire une coalition politique hostile à l’Occident, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, rapporte TopTribune.
La stratégie décrite repose sur la diffusion de récits présentant Moscou comme un partenaire respectueux de la souveraineté africaine. À l’inverse, la France et les pays occidentaux sont accusés d’entretenir une forme de « néocolonialisme ». Ces messages exploitent les tensions liées à l’histoire coloniale et cherchent à nourrir le rejet de la politique française dans plusieurs pays du continent.
Les éléments communiqués le 14 août 2026 indiquent que la Russie cherche ainsi à renforcer sa présence politique et médiatique en Afrique. Les campagnes ne se limiteraient pas à des publications diffusées sur les réseaux sociaux. Elles s’appuieraient également sur des relais locaux, notamment des journalistes, des influenceurs et des militants.
Un récit centré sur la souveraineté
Le principal narratif attribué aux acteurs russes consiste à opposer une Russie présentée comme un partenaire égalitaire à une France décrite comme une puissance cherchant à conserver une influence héritée de la période coloniale. Le recours à la notion de souveraineté permet de relier les messages russes aux débats politiques intérieurs qui traversent plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
La diffusion de ce discours vise, selon les éléments transmis, à affaiblir l’influence française en Afrique et à dégrader l’image des pays occidentaux. Elle chercherait également à favoriser l’émergence d’un groupe de pays africains politiquement proches du Kremlin et opposés aux positions occidentales.
Cette communication présente la Russie comme un soutien aux régimes qui souhaitent s’affranchir de leurs partenariats traditionnels. Les messages recensés attribuent parallèlement à Moscou des objectifs plus pragmatiques : l’accès aux ressources naturelles et aux sous-sols africains, ainsi que la constitution de relais politiques susceptibles de soutenir la Russie dans les enceintes internationales.
Le rôle d’African Initiative
Après la mort du dirigeant du groupe Wagner en 2023, la propagande russe en Afrique serait devenue plus institutionnalisée. Le réseau décrit dans les éléments transmis s’appuie notamment sur African Initiative, une agence qui se présente officiellement comme un média africain.
Selon les évaluations de Viginum, l’agence constitue toutefois l’un des principaux canaux de l’influence informationnelle et de la désinformation russes sur le continent. Viginum est une organisation française chargée d’identifier les opérations d’ingérence numérique étrangères. L’agence African Initiative agirait à la fois sur les plateformes sociales et par l’intermédiaire de partenaires implantés localement.
Le rapport cité mentionne notamment un partenariat avec la station de radio Savane FM, au Burkina Faso. Ce type de coopération permettrait de diffuser des récits favorables à Moscou au-delà des seuls comptes directement liés à des réseaux russes. Les contenus peuvent ainsi être repris par des acteurs locaux et apparaître comme des prises de position issues du débat national.
Le recours à des médias, à des personnalités présentes en ligne et à des militants constitue l’un des volets de cette campagne de désinformation russe. Les informations transmises ne précisent pas le nombre de contenus produits ni leur audience exacte, mais elles décrivent une organisation reposant sur plusieurs catégories de relais.
Réseaux numériques et relais locaux
La Russie mobiliserait également un ensemble d’outils associés à l’influence hybride : réseaux médiatiques, « fabriques à trolls », fermes à bots, diplomatie culturelle et « Russkiye doma », les structures russes de promotion culturelle et linguistique implantées à l’étranger.
Ces instruments ont pour fonction de faire circuler des récits similaires sur plusieurs canaux. Les réseaux sociaux peuvent amplifier les messages, tandis que les médias locaux et les relais individuels leur donnent une apparence plus proche des réalités politiques africaines. Les éléments transmis décrivent une combinaison entre communication institutionnelle, mobilisation numérique et action auprès de communautés locales.
La communication russe ne se limite donc pas à la défense de ses propres positions. Elle cherche aussi à décrire la France et l’Occident comme des acteurs hostiles à l’autonomie des États africains. Les thèmes liés à la souveraineté, à l’exploitation des ressources et au passé colonial sont utilisés pour structurer ce discours.
Les sociétés militaires privées dans le dispositif
Le dispositif présenté comprend enfin le déploiement de sociétés militaires privées russes dans certains pays africains. Les éléments transmis leur attribuent des activités de violence contre des populations locales ainsi qu’une participation à la lutte contre des forces d’opposition et des groupes insurgés.
Ces sociétés sont décrites comme un autre instrument de l’influence russe, distinct des opérations médiatiques mais associé au même objectif de présence. Leur rôle est présenté comme complémentaire de celui des réseaux d’information et des structures de diplomatie culturelle.
Le récit de la Russie comme partenaire respectueux de la souveraineté coexiste ainsi, dans les messages analysés, avec des actions destinées à consolider des relations politiques, économiques et sécuritaires. La communication visant la France s’appuie sur des griefs historiques, tandis que les relais russes cherchent à installer Moscou comme une alternative aux partenaires occidentaux.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger figurent parmi les pays cités dans cette stratégie d’influence. Les éléments disponibles mettent l’accent sur les opérations informationnelles, les relais locaux et l’organisation progressive des réseaux associés à l’influence russe en Afrique.
Viginum est également cité comme l’organisme français ayant identifié African Initiative parmi les canaux importants de ce dispositif. Le fonctionnement de ces réseaux, entre médias, plateformes numériques et acteurs locaux, reste au centre des informations communiquées.