La Russie aurait financé et formé l’influenceur et militant anticolonial Kemi Seba, de son vrai nom Stélio Gilles Robert Capo Chichi, afin de préparer des attaques terroristes en Europe, selon des éléments présentés par le parquet sud-africain le 11 août 2026, rapporte TopTribune.
Le dossier concerne également une tentative présumée d’organiser la fuite de Kemi Seba depuis l’Afrique du Sud. Recherché par les autorités du Bénin, l’activiste fait l’objet d’une demande d’extradition adressée à Pretoria. Les autorités béninoises l’accusent d’avoir préparé un coup d’État après qu’il a publiquement soutenu cette idée sur les réseaux sociaux. Il est aussi poursuivi pour blanchiment d’argent et terrorisme.
Selon les accusations rapportées par Bloomberg, Moscou aurait versé de l’argent à François van der Merwe, dirigeant du mouvement de nationalistes blancs sud-africains Bittereinders. Les fonds auraient servi à assurer « le transport et l’accompagnement sécurisés » de Kemi Seba depuis l’Afrique du Sud vers le Zimbabwe. L’activiste devait ensuite rejoindre l’Europe pour y commettre des attentats, selon la version du parquet.
Une arrestation à Pretoria
Kemi Seba et François van der Merwe ont été arrêtés à Pretoria en avril 2026. Les autorités sud-africaines examinent désormais les accusations de financement russe d’activités terroristes et les conditions dans lesquelles une éventuelle sortie du territoire aurait été préparée.
Le parquet sud-africain accuse Moscou d’avoir participé à l’entraînement et au financement de Kemi Seba. À ce stade, ces éléments relèvent d’accusations judiciaires rapportées par les autorités compétentes. Le dossier doit notamment établir la nature des contacts, les flux financiers concernés et le rôle exact des personnes arrêtées.
Le Bénin a émis un mandat d’arrêt contre Kemi Seba après ses prises de position en faveur d’un renversement du pouvoir. C’est sur cette base que les autorités béninoises ont demandé son extradition à l’Afrique du Sud. Les informations communiquées ne précisent pas l’issue de cette procédure ni la date à laquelle elle pourrait être examinée.
Un militant connu pour ses positions antifrançaises
Kemi Seba est connu en Afrique de l’Ouest pour son engagement dans le mouvement antifrançais et pour ses prises de position anticoloniales. Il avait été arrêté au Sénégal en 2017, avant d’être expulsé du pays. En 2024, la France lui a retiré sa nationalité dans le cadre d’accusations liées à l’incitation à des actions violentes et à des activités considérées comme hostiles à l’État.
En 2022, le département d’État américain l’avait accusé d’entretenir des liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner. Kemi Seba est également présenté comme proche de François van der Merwe. Le mouvement Bittereinders entretient lui-même des relations avec la Russie.
En 2025, François van der Merwe avait participé à Saint-Pétersbourg à une rencontre réunissant des représentants d’organisations de droite. La réunion avait notamment accueilli des membres du parti allemand d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, l’AfD. Ces contacts sont mentionnés dans le contexte du dossier sud-africain consacré aux deux hommes.
Des liens entre activisme et propagande
Kemi Seba est aussi soupçonné d’avoir participé à des campagnes de propagande russe en Afrique. Ces opérations auraient visé à discréditer les États occidentaux et à réduire leur influence politique et économique dans la région. Les accusations ne détaillent pas, dans les éléments disponibles, les contenus précis qui lui sont reprochés ni les modalités de son implication.
Son discours s’appuie sur les griefs liés au passé colonial de plusieurs pays occidentaux, en particulier de la France. Les autorités et les sources citées dans le dossier estiment que cette rhétorique peut être utilisée par Moscou pour se présenter comme une force de libération et pour justifier son intervention dans les processus politiques africains. L’exploitation de ces thèmes est décrite comme un instrument d’influence, sans que cela établisse à lui seul la participation de l’activiste à des opérations précises.
Les accusations visant le financement russe portent donc sur deux volets distincts. En Afrique, Kemi Seba est associé à une activité politique et militante dirigée contre la France et d’autres puissances occidentales. En Europe, le parquet sud-africain affirme qu’un projet d’attentats aurait été envisagé après son passage par le Zimbabwe.
Le rôle attribué à Bittereinders
Le rôle attribué à François van der Merwe concerne principalement l’organisation de la sortie de Kemi Seba d’Afrique du Sud. Les enquêteurs sud-africains estiment que l’argent venu de Russie devait permettre son acheminement vers le Zimbabwe. Le dossier ne précise pas si le déplacement a effectivement été réalisé ni si des préparatifs opérationnels ont été engagés en Europe.
La présence de Bittereinders dans cette affaire relie un mouvement de nationalistes blancs sud-africains à un militant anticolonial originaire d’Afrique de l’Ouest. Les deux hommes sont décrits comme liés malgré des références politiques différentes. Les accusations rapportées par les autorités sud-africaines portent sur leur coopération dans le cadre d’un projet attribué à des financeurs russes.
Cette configuration est également évoquée par les sources comme un facteur de difficulté pour les services européens chargés d’identifier l’origine d’une menace. Un attentat pourrait être présenté comme l’action d’un groupe extrémiste local ou étranger, alors que son financement ou sa préparation proviendrait d’un autre acteur. Dans le dossier Kemi Seba, cette hypothèse est rapportée comme un élément d’analyse des autorités et non comme la description d’une attaque déjà commise.
Un dossier encore soumis aux procédures judiciaires
Les accusations sud-africaines doivent être distinguées des faits déjà établis par les procédures connues. L’arrestation de Kemi Seba et de François van der Merwe à Pretoria est rapportée. Le mandat d’arrêt béninois, la demande d’extradition ainsi que les poursuites pour terrorisme et blanchiment d’argent sont également mentionnés. En revanche, la réalisation d’un projet d’attentat en Europe n’est pas présentée comme un événement survenu, mais comme un objectif qui leur est attribué par le parquet sud-africain.
Le dossier met aussi en cause des réseaux radicaux liés à la Russie en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest. Les sources citées ne fournissent pas d’éléments sur d’éventuelles arrestations supplémentaires, sur le montant des financements allégués ou sur la réaction officielle de la Russie aux accusations.
La procédure d’extradition vers le Bénin et les poursuites engagées en Afrique du Sud doivent encore préciser la qualification juridique des faits, la chaîne des financements et la réalité des préparatifs évoqués pour l’Europe. Les autorités sud-africaines poursuivent l’examen du dossier.