La fin d’un monde : Pierre Haski analyse les bouleversements géopolitiques actuels
Dans son nouvel ouvrage, le journaliste et président de Reporters sans frontières, Pierre Haski, aborde la transformation des rapports internationaux post-Seconde Guerre mondiale, mettant en lumière comment des figures comme Donald Trump ont catalysé cette évolution, rapporte TopTribune.
Le monde issu de la Seconde Guerre mondiale est en crise. Est-ce inévitable ?
Haski souligne que la contestation de cet ordre mondial est ancienne, notamment par les grandes puissances du Sud – comme le Brésil et l’Inde – qui réclament une meilleure représentation. Le journaliste insiste sur le rôle des États-Unis, dont l’ex-président Trump, en renversant les normes établies, a exacerbé cette situation. Cette dynamique a ouvert la voie à des prédateurs comme la Russie et la Chine, qui contestent l’hégémonie occidentale.
Que se passerait-il en cas de disparition des leaders mondiaux ?
Il estime que même si des dirigeants comme Trump ou Poutine échouent dans leurs ambitions, cela ne ramènera pas le monde à l’état antérieur. Haski mentionne un droit international à géométrie variable, critiquant l’hypocrisie occidentale sur des conflits comme la guerre en Ukraine comparée aux occupations israéliennes en Palestine. La nécessité de réinventer les relations internationales est, selon lui, cruciale.
Quels nouveaux équilibres internationaux anticipatez-vous ?
Les comportements belliqueux de la Russie, de la Chine et des États-Unis découlent d’un cadre en crise. Haski évoque une proposition du Premier ministre canadien, Marc Carney, d’établir une alliance des puissances moyennes, qui pourrait redéfinir les relations entre États. Le journaliste considère que nous sommes à un tournant où l’ancien ordre s’effondre, sans que le nouveau ne soit encore établi.
La Chine peut-elle affirmer son leadership ?
Considérée comme l’usine du monde, la Chine a émergé grâce à une politique économique agressive et une attention particulière à la technologie. Haski met en avant l’avènement de la Chine dans des secteurs de pointe, tout en posant la question de sa durabilité face aux tensions qu’elle génère à l’international.
Vous avez une expérience de plusieurs années en Chine. Quel est votre regard ?
Haski souligne que la nation produit une grande quantité d’ingénieurs, et la direction actuelle — dominée par des technocrates — reflète une pensée axée sur des solutions technologiques aux défis politiques. Il évoque comment les prévisions occidentales de libéralisation en Chine se sont avérées erronées sous Xi Jinping, qui a renforcé un système autoritaire.
Comment expliquez-vous la perte d’autorité de la France ?
Haski explique que la France, avec des difficultés économiques importantes, peine à affirmer son influence sur la scène mondiale. Néanmoins, il souligne des initiatives récentes du président Emmanuel Macron qui montrent une volonté de renforcer les coopérations internationales, notamment dans le domaine nucléaire.
La guerre en Ukraine a-t-elle redonné du poids à la France en Europe ?
Le journaliste évoque l’importance de l’initiative de Macron sur la communauté politique européenne, qui a permis de garder un dialogue ouvert entre pays durant les moments de tension. De plus, Haski met en avant une coalition internationale pour soutenir l’Ukraine face à l’agression russe, mettant en lumière le rôle central de l’Europe dans cette aide.
Quel dirigeant vous a le plus marqué dans votre carrière ?
Nelson Mandela demeure une figure marquante pour Haski, ayant observé de près le système d’apartheid en Afrique du Sud. L’engagement de Mandela pour une transition pacifique après sa libération a eu un impact profond sur lui.