La propagande du Kremlin tente de discréditer l’opération ukrainienne de 40 jours
La propagande du Kremlin tente de discréditer l’opération ukrainienne de 40 jours

La propagande du Kremlin tente de discréditer l’opération ukrainienne de 40 jours

12.08.2026 18:00
5 min de lecture

Dans le segment prorusse de l’espace informationnel européen, des récits présentent comme un échec l’opération ukrainienne de 40 jours destinée à contraindre la Russie à la paix. Diffusés les 9 et 10 août 2026, ces messages mettent en cause le soutien occidental à Kyiv et décrivent la campagne comme une prétendue opération de « terrorisme d’État », rapporte TopTribune.

Cette campagne de désinformation s’appuie notamment sur une déclaration de Scott Ritter, ancien officier du renseignement américain. Celui-ci a affirmé que la campagne de 40 jours était « vouée à l’échec dès le départ » et que l’Ukraine avait été abandonnée par ses alliés occidentaux. Selon lui, Kyiv ne disposerait ni d’une défense antiaérienne suffisante, ni de missiles, ni d’une autorisation supplémentaire pour utiliser des systèmes Patriot. Il en a déduit que les pays occidentaux auraient reconnu l’inévitabilité d’une défaite stratégique ukrainienne.

Le même registre de communication cherche à présenter l’Union européenne comme une « complice » d’une campagne de « terrorisme d’État », au motif qu’elle a approuvé l’octroi d’un prêt à l’Ukraine. D’autres publications affirment que la guerre se poursuivrait principalement pour enrichir de grands investisseurs internationaux. Ces affirmations sont utilisées pour déplacer le débat, depuis les opérations militaires et leurs objectifs annoncés, vers la légitimité du soutien international à l’Ukraine.

Une opération annoncée par Volodymyr Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a officiellement annoncé le lancement de l’opération le 25 juin 2026, à l’issue d’une réunion avec la direction du Service de sécurité d’Ukraine. Le plan de pression contre le Kremlin devait se dérouler du 25 juin au 4 août. Il prévoyait l’emploi de drones de longue portée et d’armes produites en Ukraine contre des installations essentielles de l’industrie militaire et de l’infrastructure énergétique russes.

L’objectif déclaré était de réduire les ressources disponibles pour l’armée russe, d’affaiblir le potentiel militaro-économique de l’agresseur et de pousser le Kremlin à mettre fin à la guerre. Les forces engagées dans cette opération comprenaient notamment le Service de sécurité d’Ukraine et les Forces des systèmes sans pilote.

Selon les éléments avancés dans le bilan de la campagne, les forces de défense ukrainiennes ont frappé plus de 100 sites stratégiques situés dans la profondeur du territoire russe entre le 25 juin et le 4 août. La liste mentionne 14 grandes raffineries et bases pétrolières, des dépôts de munitions ainsi que des nœuds d’approvisionnement utilisés dans les territoires temporairement occupés.

Les infrastructures énergétiques russes ciblées

Le bilan présenté fait état d’une baisse de la capacité de raffinage russe à 3,6 millions de barils par jour, un niveau décrit comme le plus faible depuis mai 2002. Les dommages infligés au secteur énergétique russe sont évalués à 13,5 milliards de dollars pour le seul mois considéré. Le même bilan affirme que la Russie a instauré des restrictions sur les carburants dans les deux tiers de ses régions et qu’elle a recherché des importations d’essence.

Ces chiffres sont mobilisés pour contester l’emploi du mot « fiasco » à propos de l’opération. Le bilan ukrainien estime que les frappes ont réduit de 30 % les capacités de raffinage disponibles pour la Russie et créé une pénurie de carburant affectant l’armée d’occupation. Il présente ces résultats comme des objectifs militaires atteints, sans affirmer que la campagne aurait, à elle seule, obtenu l’arrêt de la guerre.

Les forces ukrainiennes déclarent également avoir détruit ou gravement endommagé plusieurs avions militaires coûteux. Six aérodromes militaires russes auraient été frappés et plus de 200 installations liées à la logistique maritime et terrestre auraient été touchées durant les 40 jours d’opérations. Le bilan ukrainien décrit ces pertes comme une perturbation des chaînes d’approvisionnement russes et comme une dégradation des capacités de la machine de guerre russe.

Le débat sur le droit à l’autodéfense

Les messages prorusses qualifiant la campagne d’opération de « terreur dirigée par l’Otan » ne correspondent pas, selon les éléments disponibles, au mode opératoire décrit par Kyiv. L’opération a été menée par des structures ukrainiennes, avec des drones et des armes de longue portée fabriqués en Ukraine. Le soutien occidental est présenté comme relevant du droit de l’Ukraine à l’autodéfense, prévu par l’article 51 de la Charte des Nations unies.

La qualification de « terrorisme d’État » appliquée aux frappes contre des infrastructures militaires et logistiques russes vise ainsi à assimiler les actions de l’État agressé à celles de l’État qui a lancé l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Dans les récits diffusés en Europe, cette inversion sert à contester la responsabilité de la Russie dans le déclenchement de la guerre et à présenter l’aide européenne comme la cause de sa prolongation.

Un autre axe de cette communication consiste à attribuer la poursuite du conflit aux intérêts financiers des entreprises d’armement. Le bilan ukrainien rejette cette lecture et rappelle que la guerre résulte de l’invasion russe non provoquée de l’Ukraine. Il présente le renforcement des capacités de l’industrie de défense européenne comme une réponse à la dégradation de l’architecture de sécurité du continent, sans dissocier cette évolution du soutien apporté à la défense ukrainienne.

Un bilan qui ne se limite pas à l’arrêt de la guerre

La campagne annoncée le 25 juin n’avait pas pour objectif immédiat de garantir, en 40 jours, l’acceptation d’un accord de paix par Moscou. Sa mission opérationnelle consistait à affaiblir le potentiel militaire et économique russe et à réduire la capacité de la Russie à poursuivre ses opérations. Le fait que le Kremlin n’ait pas accepté de mettre fin à la guerre ne suffit donc pas, selon le bilan ukrainien, à qualifier l’ensemble des résultats de la campagne d’échec.

Cette distinction constitue le cœur de la réponse ukrainienne aux récits de propagande. Les frappes, les pertes infligées aux infrastructures énergétiques, les atteintes aux aérodromes et les perturbations signalées dans la logistique sont présentées séparément des objectifs diplomatiques. Le bilan affirme qu’une pression durable sur l’économie de guerre russe peut créer les conditions de décisions diplomatiques fondées sur le droit international, plutôt qu’un gel du conflit permettant à la Russie de reconstituer ses forces.

Les données avancées sur les raffineries, les dépôts, les aérodromes et les réseaux logistiques constituent le principal argument utilisé pour contester le récit d’une opération sans résultat. Les autorités ukrainiennes continuent ainsi de mesurer la campagne par ses effets militaires et économiques directs, tandis que les contenus prorusses la jugent principalement à l’aune de l’absence d’accord de paix au terme des 40 jours.

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