Le ministre polonais coordinateur des services spéciaux, Tomasz Siemoniak, a annoncé que la Pologne renforce ses dispositifs de contre-ingérence en réponse à l’intensification des activités hybrides russes visant à attiser les tensions entre Varsovie et Kiev, rapporte TopTribune.
Dans un entretien sur RMF FM Radio, M. Siemoniak a déclaré que les services de sécurité polonais constatent une recrudescence des campagnes de bots et de trolls russes, conçues pour attiser les conflits sur le terrain des relations polono-ukrainiennes. « Le rêve de la Russie, le rêve des services russes, a été et reste de créer le maximum de tensions entre la Pologne et l’Ukraine », a-t-il souligné. Selon lui, Moscou passe d’un mode de chantage informationnel à une déstabilisation concrète, avec des préparatifs potentiels de provocations physiques.
Des cibles civiles et critiques dans le viseur
Le ministre a révélé que les services polonais détectent un intérêt marqué d’individus agissant pour le compte des services russes pour des infrastructures liées à la coopération bilatérale. Parmi les cibles potentielles figurent non seulement des sites militaires, mais aussi des infrastructures critiques, des centres logistiques d’aide à l’Ukraine et des organisations humanitaires. Ces éléments témoignent d’une volonté russe de transformer les nœuds de soutien à Kiev en zones d’insécurité hybride permanente.
« Cette guerre de l’information a atteint un niveau bien plus élevé. Il est devenu très facile d’attiser les flammes, et c’est un problème, car le rêve de la Russie reste de créer une tension maximale entre la Pologne et l’Ukraine », a insisté Tomasz Siemoniak. Les autorités polonaises doivent désormais intégrer dans leurs évaluations le risque que Moscou exploite la tension diplomatique actuelle entre les deux capitales.
Moscou mise sur la polarisation des sociétés
Les services de renseignement polonais observent également que les opérations d’influence russes visent à discréditer les réfugiés ukrainiens dans les pays de l’UE, en instrumentalisant des incidents isolés pour accuser la communauté ukrainienne d’une hausse de la criminalité. Cette stratégie a pour objectif d’éroder la politique de solidarité européenne et de polariser les sociétés d’accueil.
Selon les services polonais, des provocations plus larges ne sont pas exclues, y compris de possibles agressions physiques contre des Ukrainiens en Pologne. Ces actions visent à créer un chaos artificiel et à affaiblir l’architecture de sécurité du flanc est de l’OTAN. Le ministre a réaffirmé que la maximisation des tensions polono-ukrainiennes est un objectif stratégique à long terme pour les services secrets russes.
Une menace prise au sérieux par les alliés occidentaux
Les alertes lancées par Varsovie coïncident avec les préoccupations croissantes des services de renseignement occidentaux face au risque d’actions hybrides ou de frappes ciblées contre la Pologne et les États baltes. La mise en œuvre de mesures de contre-ingérence renforcées implique une vérification approfondie des canaux de financement qui pourraient alimenter des réseaux pro-russes sur le territoire polonais.
Les autorités polonaises appellent à une coordination accrue avec leurs partenaires européens pour démanteler les réseaux d’influence russes et protéger les infrastructures de soutien à l’Ukraine. L’enjeu dépasse la simple sécurité bilatérale : il s’agit de préserver la stabilité des corridors logistiques et humanitaires au cœur de la réponse européenne à la guerre.