La plateforme russe A7 revendique plus de 100 milliards de dollars de paiements annuels
La plateforme russe A7 revendique plus de 100 milliards de dollars de paiements annuels

La plateforme russe A7 revendique plus de 100 milliards de dollars de paiements annuels

13.08.2026 15:20
4 min de lecture

La plateforme financière russe A7, créée à la fin de 2024 pour faciliter les règlements du commerce extérieur malgré les sanctions occidentales, affirme traiter près de 20 % des paiements internationaux de la Russie, soit plus de 100 milliards de dollars par an, rapporte TopTribune.

Ces chiffres apparaissent dans une enquête publiée le 10 août 2026 par le Wall Street Journal. Le média décrit A7 comme une structure bancaire parallèle conçue pour permettre aux entreprises russes de continuer à payer des fournisseurs étrangers après l’exclusion de plusieurs banques du système SWIFT et l’adoption de sanctions de grande ampleur à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Le dispositif repose sur plusieurs instruments combinés : des sociétés-écrans, des effets de commerce, des comptes présentés comme commerciaux et des actifs numériques. Son élément central est le stablecoin A7A5 adossé au rouble, présenté comme garanti par des dépôts détenus auprès de Promsvyazbank. La monnaie numérique peut ensuite être convertie en USDT, le stablecoin émis par Tether, afin de régler des opérations avec des partenaires situés hors de Russie.

Un réseau de sociétés dans plusieurs pays

La plateforme s’appuie sur un ensemble de sociétés enregistrées dans des juridictions tierces, notamment au Kirghizistan, aux Émirats arabes unis et à Hong Kong. Ces entités servent d’intermédiaires pour les paiements et les conversions monétaires. Le recours à ces structures permet aux entreprises russes de faire transiter leurs règlements par des circuits qui ne portent pas directement le nom d’une banque ou d’une société située en Russie.

Selon les informations attribuées à A7, une part importante des opérations est réalisée en yuans par l’intermédiaire de la Chine. La plateforme se présente comme une sorte de « Russian Western Union », c’est-à-dire un service de transfert financier affranchi des contraintes liées au dollar et au réseau SWIFT. Elle est utilisée par des entreprises privées, mais aussi par des structures publiques russes.

La création d’A7 intervient après la mise à l’écart de plusieurs banques russes des circuits financiers occidentaux. La Russie avait alors dû mettre en place des mécanismes alternatifs pour maintenir ses échanges commerciaux. A7 est devenue l’un des éléments de cette infrastructure parallèle, en associant un établissement bancaire placé sous sanctions, des intermédiaires étrangers et des instruments fondés sur la cryptomonnaie.

Le rôle de Promsvyazbank et d’Ilan Shor

Le projet est associé à l’oligarque moldave Ilan Shor et à Promsvyazbank, une banque russe sanctionnée qui détient 49 % de la société. L’établissement est présenté comme proche des intérêts de l’État russe et comme particulièrement lié au financement du secteur de la défense. La plateforme bénéficie également d’un soutien public des autorités russes et du Kremlin.

La participation de Promsvyazbank donne à A7 un ancrage bancaire officiel, tandis que l’utilisation de sociétés situées dans des pays tiers lui fournit des relais pour ses opérations internationales. Le mécanisme combine ainsi des instruments traditionnels, comme les lettres de change, et des actifs numériques destinés à accélérer les conversions entre le rouble et les monnaies utilisées dans les transactions extérieures.

Les opérations mentionnées dans l’enquête concernent des marchandises de nature différente. Le réseau est utilisé pour payer des biens à double usage, des composants destinés à des drones et des produits civils. La diversité de ces flux permet à la plateforme de couvrir à la fois des besoins industriels et des échanges commerciaux ordinaires, sans que tous les paiements soient directement liés au secteur militaire.

Des sanctions qui n’ont pas interrompu le dispositif

Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont pris des mesures contre A7 et certaines personnes ou entités liées à son fonctionnement. Ces décisions n’ont toutefois pas entraîné l’arrêt de la plateforme. Les canaux bancaires situés dans des pays tiers, les plateformes d’échange de cryptomonnaies et les réseaux de dirigeants nommés continuent de jouer un rôle dans son activité.

Le fonctionnement d’A7 repose aussi sur des documents commerciaux et des factures dont l’objet peut être difficile à vérifier. Les effets de commerce, les sociétés-écrans et les comptes utilisés par des intermédiaires compliquent l’identification de l’origine réelle des fonds et des bénéficiaires finaux. Ils rendent également plus difficile l’établissement de la responsabilité des acteurs russes et étrangers impliqués dans les transactions.

Le cas de la plateforme met en évidence, dans les faits décrits par l’enquête, la capacité d’un réseau financier à modifier rapidement ses points d’appui après l’adoption de restrictions. Les sanctions visant les personnes morales les plus visibles ne suffisent pas à interrompre l’ensemble des circuits lorsque les banques intermédiaires, les prestataires numériques et les sociétés enregistrées dans des pays tiers restent opérationnels.

Un développement annoncé vers l’or et de nouveaux marchés

A7 développe par ailleurs des projets liés au marché de l’or et prévoit d’étendre sa présence en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. La plateforme cherche ainsi à élargir les secteurs et les territoires couverts par ses services financiers. Les informations disponibles ne précisent pas le calendrier exact de cette expansion ni le volume des opérations déjà réalisées dans ces régions.

Le développement de services de règlement fondés sur le rouble numérique et les stablecoins offre à la Russie une infrastructure distincte des circuits dominés par les banques occidentales. A7 revendique déjà une place importante dans les paiements du commerce extérieur russe, mais les chiffres avancés sur son activité proviennent de la société elle-même et sont rapportés dans le cadre de l’enquête du Wall Street Journal.

La plateforme constitue désormais une cible suivie par les autorités chargées de l’application des sanctions, aux côtés des banques intermédiaires, des places de cryptomonnaies et des entreprises qui mettent à disposition des fonds ou des services de paiement. Son activité et ses relais dans les pays tiers font l’objet d’un suivi international, tandis que les transactions continuent d’être réorganisées autour de nouveaux intermédiaires.

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