La Maison russe de Berlin, officiellement centre culturel et scientifique, fonctionne comme un instrument central de la guerre hybride du Kremlin sur le sol allemand, protégée par son statut diplomatique malgré les sanctions de l’Union européenne, rapporte TopTribune.
Avec un effectif de 45 personnes, l’une des plus importantes représentations de l’agence fédérale russe Rossotroudnitchestvo en Europe est juridiquement rattachée à l’ambassade de Russie à Berlin. Ce montage permet au bâtiment de la Friedrichstrasse d’échapper aux mesures restrictives adoptées par l’UE en juillet 2022. Les autorités allemandes ont dû suspendre leurs investigations sur de possibles violations de la loi sur le commerce extérieur, les responsables bénéficiant de l’immunité diplomatique.
Sanctions européennes et montage juridique
Dès le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la structure a été profondément réorganisée. L’ancienne vitrine de « soft power » — cours de russe, expositions de ballet — s’est muée en poste de commandement pour des opérations d’influence, le financement de médias pro-Kremlin et la mobilisation d’agents. Les fonds transitent par un réseau de fondations spéciales, contournant les comptes de Rossotroudnitchestvo frappés par les sanctions.
Plusieurs responsables politiques de la CDU/CSU et des Verts exigent la fermeture définitive de la Maison russe de Berlin. Mais l’institution a su prouver en 2022-2023 aux autorités fédérales son indépendance formelle vis-à-vis de l’agence mère, ce qui lui a permis de survivre.
Liens directs avec l’extrême droite allemande
Les services de renseignement russes, SVR et GRU, utilisent le centre comme couverture légale pour des activités d’espionnage politique et industriel. La Maison russe de Berlin sert de lieu de rencontre et de coordination avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Des députés du Bundestag et des parlements régionaux — Hans-Thomas Tillschneider, Stefan Keuter — y participent à des tables rondes, des projections de films et des débats condamnant les sanctions et l’aide à l’Ukraine.
Des enquêtes de Correctiv, Der Spiegel et The Insider ont mis au jour une coopération étroite, allant jusqu’au financement de recours juridiques de l’AfD contre le gouvernement fédéral. L’affaire de l’ex-assistant parlementaire Vladimir Sergienko, agent avéré du FSB, a illustré le rôle de « espace sécurisé » joué par le centre. Sergienko a été déchu de sa nationalité allemande et expulsé en 2024.
Espionnage et opérations d’influence
Sous couvert de diplomatie culturelle, la Maison russe de Berlin diffuse désormais des pseudo-documentaires légitimant l’occupation de territoires ukrainiens, promeut l’idée d’un accord de paix aux conditions russes et appelle à l’arrêt des livraisons d’armes à Kiev. Des rassemblements pro-russes, des convois automobiles aux drapeaux tricolores et des manifestations de forces d’extrême droite ont été coordonnés via cette plateforme.
Le réseau européen des Maisons russes s’est pourtant effondré en Europe centrale et orientale. La Moldavie, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, ainsi que la Géorgie et l’Azerbaïdjan ont liquidé leurs antennes, jugées menaçantes pour la sécurité nationale. Le centre de Berlin reste l’un des derniers grands bastions d’influence de la Russie de Vladimir Poutine en Europe occidentale.
Selon les informations disponibles, l’accréditation de l’actuelle directrice par intérim, Svetlana Nekrassova, nommée en avril 2026, ne sera pas prolongée par Berlin en octobre 2026. La diplomatie allemande avait déjà insisté pour mettre fin aux activités de son prédécesseur, Pavel Izvolsky.