La guerre menée par la Russie réduit les recettes réelles de 65 régions
La guerre menée par la Russie réduit les recettes réelles de 65 régions

La guerre menée par la Russie réduit les recettes réelles de 65 régions

05.08.2026 18:45
4 min de lecture

Les recettes budgétaires réelles de 65 des 85 régions russes étaient, fin 2025, inférieures à leur niveau de 2021, tandis que les dépenses avaient augmenté dans 52 territoires. Cette dégradation des finances régionales, calculée en tenant compte d’une inflation cumulée de 39,05 % entre 2022 et 2025, a contribué à la progression des déficits locaux, rapporte TopTribune.

Des recettes en baisse dans la majorité des régions

Les données publiées par le média russe « Agentstvo » montrent que les budgets des régions ont perdu une partie de leur capacité financière réelle depuis le début de la guerre contre l’Ukraine. En valeur nominale, les recettes peuvent continuer à progresser, mais leur pouvoir d’achat diminue lorsque la hausse des prix est prise en compte.

Le recul le plus marqué concerne la région de Kemerovo, connue sous le nom de Kouzbass, où les recettes réelles ont diminué de 39,3 % par rapport à 2021. La baisse atteint 34,5 % dans la région de Vologda et 30,8 % en Ingouchie. Dans neuf territoires, les recettes ont chuté de plus de 60 % : les régions de Belgorod, Koursk, Lipetsk, Vologda, Mourmansk et Orenbourg, ainsi que la Carélie et la Khakassie, figurent parmi les plus touchées.

En distinguant les principales composantes des recettes, le recul apparaît dans 51 régions, contre une progression dans 34. Les transferts gratuits provenant du budget fédéral ont diminué de 1 100 milliards de roubles en termes réels. Le produit de l’impôt sur les bénéfices des entreprises a, lui, reculé de 820 milliards de roubles, soit 16,6 %.

La contraction de cet impôt est liée aux résultats moins favorables de grandes entreprises, notamment dans les secteurs du charbon et de la métallurgie. Ces activités constituent une part importante de la base fiscale de plusieurs territoires russes. Dans 25 régions, les recettes tirées de l’impôt sur les bénéfices étaient en 2025 inférieures à leur niveau de 2021 même sans correction de l’inflation.

Le cas particulier de la région de Koursk

La région de Koursk constitue l’exception la plus visible. Ses recettes réelles ont augmenté de 87,6 % depuis 2021. Cette progression s’explique principalement par la hausse des transferts fédéraux destinés au soutien des habitants et à la reconstruction des territoires frontaliers.

La région de Magadan affiche une hausse réelle de 33,3 %, suivie par la région de Moscou, à 23,2 %, et le Tatarstan, à 22,5 %. Ces évolutions ne compensent toutefois pas le recul observé dans la majorité des territoires. La baisse des transferts fédéraux est notamment attribuée à l’inflation, à l’achèvement de certains programmes ciblés et à la réallocation de crédits.

Depuis le début de la guerre, le système fiscal et budgétaire russe a été réorganisé au profit du budget fédéral. Les recettes issues de plusieurs prélèvements, dont la taxe sur l’extraction des ressources naturelles et les accises, ont été davantage centralisées. Le pouvoir fédéral a également instauré des prélèvements exceptionnels sur les bénéfices de grandes entreprises. Une part des revenus liés aux ressources naturelles, qui alimentaient auparavant davantage les budgets régionaux, est ainsi remontée vers le centre.

Des dépenses en hausse, mais moins de moyens pour la santé

Dans 52 des 85 régions, les dépenses réelles étaient supérieures en 2025 à celles de 2021. Cette hausse n’a pas concerné tous les secteurs. Les dépenses d’éducation ont progressé en termes réels dans 74 régions. Celles consacrées au logement et aux services communaux ont augmenté dans 55 territoires.

La situation est différente pour la santé. Les dépenses réelles de santé ont diminué dans 76 régions. Dans 29 d’entre elles, elles étaient inférieures à leur niveau de 2021 même sans prise en compte de l’inflation. Ces chiffres portent sur les budgets régionaux et ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’ensemble des dépenses fédérales consacrées au système de santé.

La hausse des coûts a réduit la portée concrète des crédits disponibles. Sur la période 2022-2025, l’inflation cumulée calculée à partir des données de la Banque centrale de Russie a atteint 39,05 %. Les augmentations nominales de recettes et de dépenses doivent donc être rapportées à cette évolution des prix.

Le rôle de l’emploi et des salaires

Les recettes provenant de l’impôt sur le revenu des personnes physiques ont augmenté en termes réels dans presque toutes les régions. La région de Mourmansk est la seule exception mentionnée dans les données. Cette progression est associée à la hausse des salaires, dans une économie confrontée à une pénurie de main-d’œuvre.

La Banque centrale de Russie a indiqué que les salaires avaient progressé plus rapidement que la productivité du travail entre 2023 et 2025. La mobilisation, le transfert de travailleurs vers les entreprises de l’industrie de défense et le départ de nombreux spécialistes ont réduit la disponibilité de la main-d’œuvre. Pour conserver leurs salariés, des entreprises civiles ont relevé les rémunérations, ce qui a augmenté les recettes tirées de l’impôt sur le revenu.

Cette évolution reste limitée par rapport aux pertes enregistrées sur l’impôt sur les bénéfices. Les recettes issues de l’impôt sur le revenu ont progressé de 483 milliards de roubles et celles de l’impôt simplifié de 83 milliards de roubles. Ces hausses n’ont compensé qu’une partie du recul des recettes liées aux entreprises. L’augmentation des coûts salariaux a également pesé sur la rentabilité des sociétés civiles.

Davantage de déficits au début de 2026

Les comptes régionaux continuent de faire apparaître des tensions. Selon la Cour des comptes russe, 56 budgets régionaux étaient déficitaires au premier trimestre 2026, contre 46 un an auparavant.

La diminution des transferts fédéraux, la baisse de l’impôt sur les bénéfices et la progression des dépenses ont réduit la marge de manœuvre des autorités locales. Les régions disposent de recettes propres moins solides et doivent financer des obligations sociales et d’autres dépenses avec des ressources plus contraintes. Le suivi de l’exécution des budgets régionaux se poursuit pour le reste de l’année 2026.

Le détail des données et des calculs a été publié par « Agentstvo » dans une analyse consacrée aux finances des régions russes.

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