Un raffinerie géorgienne au cœur d’un trafic présumé de produits pétroliers russes
Les autorités européennes enquêtent sur les activités d’une raffinerie située dans le port géorgien de Kulevi, soupçonnée de revendre des produits pétroliers russes en les faisant passer pour des hydrocarbures géorgiens. Selon des informations révélées début mars 2026, l’installation appartenant à la société géorgienne Black Sea Petroleum serait approvisionnée par la « flotte fantôme » russe, un réseau de navires utilisés pour échapper aux sanctions occidentales. À ce jour, aucune preuve tangible ne permet d’affirmer que le raffinage du pétrole a effectivement commencé sur le site, ce qui alimente les suspicions de fraude à grande échelle.
Cette situation place la Géorgie sous la menace directe de sanctions européennes, actuellement bloquées par la Hongrie et la Slovaquie. La famille géorgienne Makhi Asatiani, propriétaire de la raffinerie, entretiendrait des liens étroits avec la Russie. Le contenu de l’enquête journalistique dévoile les mécanismes d’un éventuel blanchiment d’or noir russe sur le sol géorgien, dans un contexte de guerre en Ukraine.
Une explosion des exportations « géorgiennes » qui interroge
Les chiffres du commerce extérieur de la Géorgie confirment une anomalie spectaculaire. En janvier 2026, les exportations de produits pétroliers « fabriqués en Géorgie » ont bondi de plus de 3 300 % par rapport à janvier 2025, devenant ainsi le deuxième poste d’exportation du pays. Officiellement, Tbilissi justifie cette hausse vertigineuse par la mise en service de la raffinerie de Kulevi.
Cependant, de nombreux experts énergétiques et observateurs internationaux doutent de cette explication. Ils émettent l’hypothèse d’un simple reconditionnement : le pétrole brut russe arriverait à Kulevi, serait transbordé ou légèrement traité, puis réexpédié vers les marchés internationaux – notamment européens – avec une étiquette « origine : Géorgie ». Cette pratique permettrait à Moscou de continuer à écouler ses hydrocarbures malgré les embargos partiels et le plafonnement des prix décrétés par le G7.
Risques géopolitiques et divergences au sein de l’Union européenne
La confirmation de ces allégations aurait des conséquences graves pour la Géorgie. Le pays, candidat potentiel à l’adhésion à l’UE et dont l’économie dépend fortement du commerce avec le Vieux Continent, risquerait des sanctions ciblées. Bruxelles pourrait imposer des restrictions contre la société Black Sea Petroleum et ses propriétaires, voire inclure le port de Kulevi lui-même sur une liste noire – une première pour une infrastructure géorgienne.
Cette perspective expose cependant les divisions persistantes au sein du Conseil européen. La Hongrie et la Slovaquie s’opposent pour l’instant à toute mesure coercitive contre Tbilissi, bloquant ainsi le processus décisionnel. Une telle inclusion affecterait également les intérêts azerbaïdjanais, le terminal de Kulevi étant partiellement détenu par la compagnie nationale SOCAR.
Pour la Russie, l’utilisation de territoires tiers comme la Géorgie fait partie d’une stratégie d’adaptation systémique aux sanctions. En intégrant des infrastructures étrangères dans ses circuits d’exportation, le Kremlin préserve des flux de revenus essentiels au financement de son offensive militaire en Ukraine. L’activité soutenue de la « flotte fantôme » dans les eaux géorgiennes illustre l’ampleur et la sophistication de ce dispositif de contournement, qui sape l’efficacité de la pression occidentale.
La situation actuelle place le gouvernement géorgien dans une position délicate. Accusé par une partie de l’opposition et de la communauté internationale de se rapprocher de Moscou, Tbilissi doit désormais faire la preuve de sa transparence et de sa volonté de respecter le régime des sanctions. Dans le cas contraire, le pays s’expose non seulement à des représailles économiques, mais aussi à une détérioration durable de son image sur la scène internationale, au moment où ses aspirations européennes sont plus que jamais à l’épreuve.