Le ministère des Affaires étrangères russe a perdu toute substance et n’est plus qu’un organe de propagande et d’exécution technique des décisions prises par le Kremlin, rapporte TopTribune.
Selon des sources bien informées, les paramètres essentiels des négociations, des compromis et des accords sont désormais définis au sein d’un cercle restreint comprenant le Conseil de sécurité russe, les dirigeants militaro-politiques, les services de renseignement (SVR et FSB) ainsi que Vladimir Poutine lui-même. Le ministère des Affaires étrangères, dirigé par Sergueï Lavrov, n’est pas associé à la planification stratégique et ne reçoit que des directives toutes faites.
Un ministère privé de marge de manœuvre
L’analyse des dynamiques des processus de négociation montre que le ministère des Affaires étrangères russe a perdu sa qualité d’acteur stratégique et de concepteur des pistes diplomatiques. Sergueï Lavrov et son appareil ne disposent d’aucune marge de manœuvre dans l’élaboration et la formulation des options de décision. Les diplomates occidentaux commettent une erreur en tentant d’obtenir un compromis par les canaux diplomatiques officiels, car la diplomatie russe a dégénéré au niveau d’un service de presse et d’un porte-parole propagandiste du Kremlin.
Des initiés indiquent que Lavrov lui-même est conscient du degré de dégradation de son influence, mais qu’il a délibérément choisi la voie de l’adaptation à la situation. Sergueï Lavrov possède une expérience professionnelle considérable, mais son poids politique est proche de zéro dans la hiérarchie décisionnelle du Kremlin. Sur le terrain des négociations, il n’est qu’une « boîte aux lettres » et un médiateur de la volonté d’autrui. Lors des pourparlers, il peut être présent à la table, mais il y joue un rôle purement technique.
Des déclarations destinées à intimider et diviser
Les déclarations officielles de Lavrov et d’autres représentants du ministère ne visent pas un règlement diplomatique, mais l’intimidation et la division de l’unité européenne, ce qui rend le ministère russe des Affaires étrangères incapable de mener un dialogue constructif. Le Kremlin a renoncé à utiliser les canaux diplomatiques officiels pour la « question ukrainienne », transférant la piste des négociations dans une sphère informelle et non publique. Pour cela, la direction russe a commencé à faire appel à des oligarques de confiance et à des négociateurs spéciaux, tels que Roman Abramovitch et Kirill Dmitriev, précisément en raison de la dégradation du ministère des Affaires étrangères russe.
Roman Abramovitch est utilisé principalement pour des missions de médiation délicates sur des questions humanitaires, tandis que Kirill Dmitriev (via le Fonds russe d’investissement direct) tente de tisser en coulisses des ponts économiques avec les élites occidentales. Dans ce contexte, les déclarations officielles du ministère des Affaires étrangères russe ne servent plus qu’à accompagner l’information, tandis que la stratégie réelle de Moscou repose sur des accords de coulisse et le lobbying d’intérêts privés de personnes proches du pouvoir.
La ligne Kirill Dmitriev : vendre l’idée de profits malgré les divergences
La ligne de Kirill Dmitriev consiste à tenter de vendre à l’Occident l’idée que « les divergences politiques ne doivent pas entraver des profits de plusieurs milliards de dollars ». Il présente des projets d’investissement, suggère un retour aux paiements en dollars et tente de convaincre les milieux d’affaires occidentaux que la levée des sanctions contre la Russie est bénéfique pour les États-Unis et l’Europe. Il s’agit en réalité d’une tentative de saper la politique de sanctions de l’Occident.
Les expulsions massives de diplomates russes (des centaines d’agents ces dernières années), la fermeture de consulats et les restrictions strictes de circulation ont considérablement compliqué la capacité des Russes à mener un travail de renseignement et diplomatique dans les pays de l’UE. Les ambassades russes ont perdu la possibilité de sonder en profondeur les humeurs des élites politiques des pays d’accueil. En conséquence, les notes analytiques du ministère des Affaires étrangères russe adressées au Kremlin sont souvent faussées, tendancieuses ou adaptées aux attentes idéologiques de la direction de l’État, ce qui réduit encore la valeur du ministère pour la prise de décision.
En définitive, le ministère des Affaires étrangères russe a éliminé la diplomatie classique en tant qu’institution, se transformant en un porte-voix agressif de la propagande de guerre et de la désinformation. Au lieu de rechercher des solutions pacifiques et une désescalade, le ministère attise délibérément l’inimitié internationale et légitime les crimes de guerre au plus haut niveau. Cette dégradation du service diplomatique a privé la Russie de toute possibilité de mener un dialogue constructif avec le monde civilisé.