L’Ukraine aborde le sommet du G7 à Évian-les-Bains avec des atouts tactiques rares : ses drones perturbent les lignes d’approvisionnement russes et lui permettent de regagner du terrain, mais Kiev presse ses alliés de transformer ces gains en soutien durable, rapporte TopTribune.
Pour la première fois depuis 2023, l’armée ukrainienne a repris plus de territoire qu’elle n’en a perdu. Ses frappes de drones harcèlent l’arrière-garde russe, épuisent les forces de Moscou et affaiblissent son économie de guerre. La ligne de front s’est stabilisée, offrant à Kiev un répit qu’il n’avait plus connu depuis des mois.
Ce répit donne aux alliés une fenêtre diplomatique. Selon un haut responsable de la Maison-Blanche cité par Politico, « la situation n’est plus aussi tendue qu’avant : il y a des escarmouches, mais ce n’est pas comparable à ce que nous avons vu il y a un ou deux ans ».
Un sommet sous le signe du maintien de l’attention américaine
Les dirigeants du G7, dont Donald Trump, doivent rencontrer Volodymyr Zelensky lors d’une réunion de deux heures à Évian. Mais une rencontre bilatérale Trump-Zelensky reste incertaine. La Maison-Blanche a indiqué qu’aucune rencontre n’était prévue, tandis qu’un responsable ukrainien a laissé entendre qu’elle pourrait encore être organisée.
Pour les Européens, ce sommet est l’occasion de rappeler aux États-Unis l’importance de ne pas relâcher leur effort. « Aujourd’hui, l’Europe assume presque 100 % de l’aide à l’Ukraine, mais il est essentiel que nos partenaires du G7, en particulier les États-Unis, continuent à contribuer – ou au moins ne réduisent pas davantage leur soutien », a déclaré un diplomate d’un grand pays de l’UE.
L’Union européenne a déjà couvert les besoins financiers immédiats de Kiev via un prêt de 90 milliards d’euros. Mais l’Ukraine réclame au moins 20 milliards supplémentaires pour doubler ses succès sur le champ de bataille. Un haut responsable du ministère ukrainien de la Défense a résumé la situation : « Tout le monde voit que la Russie brûle, et nous voulons qu’elle brûle encore plus fort, mais pour cela nous avons besoin de financement. »
Des besoins critiques en défense aérienne et en armement
Malgré les progrès sur le front, l’Ukraine manque cruellement d’intercepteurs pour ses systèmes Patriot. Son réseau électrique se dégrade sous les frappes russes, et la demande d’intercepteurs Patriot supplémentaires est devenue centrale. Zelensky cherche à obtenir des États-Unis l’autorisation de produire ces missiles sur le sol ukrainien. Il a aussi proposé à l’Allemagne un échange : Berlin livrerait des dizaines d’intercepteurs de ses stocks, et Kiev les remplacerait plus tard par sa propre production.
« Zelensky a clairement fait comprendre qu’il avait besoin de plus de missiles », a confirmé un représentant de la Maison-Blanche.
Les Européens espèrent profiter du G7 pour convaincre Washington de s’engager dans un accord de fourniture de drones avec Kiev. L’idée avait été avancée l’été dernier par l’Ukraine, mais l’administration Trump s’y était opposée. Selon un responsable européen ayant négocié avec l’exécutif américain, « le président américain ne veut pas être perçu comme celui qui a offert la victoire à Zelensky ».
Sanctions : Kiev veut durcir la pression économique
Sur le front diplomatique, l’Ukraine pousse les Occidentaux à renforcer les sanctions contre la Russie. L’UE a adopté en avril son 20e paquet de sanctions, mais elle s’est abstenue d’imposer l’interdiction clé du transport maritime des pétroliers russes, dans l’espoir que les États-Unis reprennent cette mesure lors du sommet du G7, expliquent deux responsables européens.
L’enjeu est double : maintenir l’intérêt de Trump pour le conflit ukrainien – ce qui serait déjà une victoire pour Kiev – et obtenir des engagements concrets sur l’aide militaire et financière avant la prochaine offensive russe. Les discussions d’Évian s’annoncent décisives pour convertir les gains tactiques ukrainiens en une dynamique stratégique durable.