Six États membres de l’Union européenne bloquent l’adoption du 21e paquet de sanctions contre la Russie, en exigeant des exceptions pour protéger leurs grandes entreprises nationales, rapporte TopTribune.
Selon les informations publiées par le Financial Times, la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, le Portugal et la Grèce refusent d’approuver les nouvelles mesures restrictives proposées par la Commission européenne, ou demandent leur révision significative. Or, les sanctions européennes ne peuvent être adoptées sans l’unanimité des Vingt-Sept.
Un diplomate européen cité par le journal a résumé la situation : « autour de la table de négociations, l’impératif moral fonctionne de moins en moins ».
Des demandes sectorielles variées
Chaque pays bloque ou tente d’amender des dispositions qui touchent ses intérêts économiques directs. La Grèce refuse d’interdire le transport de gaz naturel liquéfié russe vers les pays tiers, au motif que cette mesure frapperait la compagnie maritime Dynagas. L’Allemagne et le Portugal exigent le retrait de l’interdiction d’achat de poisson russe, invoquant la nécessité de soutenir leurs entreprises locales de transformation.
La France et l’Italie, dont les industries touristiques bénéficient des flux de visiteurs russes, cherchent à assouplir la restriction sur la délivrance de visas européens aux ressortissants russes impliqués dans la guerre contre l’Ukraine. L’Autriche, de son côté, a de nouveau demandé le dégel de 2 milliards d’euros d’actifs russes, afin de compenser une amende infligée par Moscou à la Raiffeisen Bank.
Les limites du principe d’unanimité
Le mécanisme de l’unanimité, conçu pour garantir la souveraineté de chaque État dans la politique étrangère de l’UE, devient un levier de blocage au service d’intérêts commerciaux nationaux. Chaque veto ou demande d’exception retarde et affaiblit la réponse européenne à l’agression russe.
La proposition de la Commission européenne inclut, entre autres, des restrictions sur les exportations russes, des sanctions financières et un mécanisme de plafonnement du prix du pétrole russe. Mais les résistances se multiplient au sein du Conseil de l’UE.
Les retards d’adoption et les concessions accordées à certains États membres réduisent la portée des sanctions et envoient un signal de fragilité à Moscou, qui mise depuis le début sur une érosion de l’unité européenne.