Le moustique tigre continue de s’étendre en Europe, atteignant 81 départements en France en 2025, après n’en avoir conquis qu’un seul en 2004. Anticiper son évolution et sa propagation est essentiel pour lutter contre les arboviroses qu’il transmet, notamment la dengue, le chikungunya et le Zika, rapporte TopTribune.
La France constate une augmentation des cas d’arboviroses autochtones, c’est-à-dire des infections survenues sur son territoire, par opposition aux cas importés, où les personnes sont contaminées avant leur arrivée. Cette tendance s’éclaire davantage grâce à une étude publiée le 10 août par des scientifiques de l’Institut de Recherche pour le Développement, du Cirad et de l’Abdus Salam International Centre for Theoretical Physics (ICTP) dans la revue Global Change Biology.
Un risque étroitement lié au réchauffement climatique
Selon cette recherche, la mondialisation et les conditions climatiques favorables, telles que des températures plus élevées, contribuent à la rapidité d’expansion du moustique tigre. L’IRD souligne que « plus de 99 % des changements à venir dans l’aire de répartition du moustique et dans le risque de transmission seront attribuables au changement climatique, tandis que les évolutions démographiques auront un rôle négligeable ».
Les chercheurs ont mis en lumière deux scénarios : l’un avec fortes pressions (émissions élevées de gaz à effet de serre et forte croissance démographique) et l’autre avec pressions médianes (émissions modérées et stagnation démographique). Les résultats indiquent que le moustique tigre et la dengue pourraient se répandre dans toute la France métropolitaine d’ici 50 ans, ne laissant que les zones de montagne comme épargnées. Dans un scénario de pressions médianes, 72 % du territoire pourrait devenir favorable à son implantation, tandis que ce chiffre grimpe de 89 à 96 % dans le cadre de fortes pressions.
La dengue transmise dans 71 à 95 % de l’Hexagone
Dans le scénario le plus pessimiste, la dengue pourrait toucher 71 à 95 % du territoire français, excepté les plaines du Nord. La saison de transmission s’allongera, débutant plus tôt au printemps et se prolongeant en automne. Le risque de transmission d’arborvirose autochtone dans le scénario intermédiaire pourrait varier de 31 à 82 %.
D’autres régions du Sud, notamment le littoral méditerranéen et le Pays basque, pourraient voir une transmission de la dengue tout au long de l’année par le moustique tigre. Bien que ces insectes soient davantage présents en milieu urbain, les zones rurales et périurbaines pourraient faire face à un plus grand risque de transmission, car chaque moustique y pique un nombre limité de personnes, augmentant ainsi le potentiel de propagation.
La dengue, anciennement considérée comme une maladie tropicale, est souvent asymptomatique, mais des symptômes tels que la fièvre, des douleurs et des éruptions cutanées peuvent survenir après une piqûre. Bien que généralement bénigne, la maladie peut entraîner des complications graves, ce qui en fait un enjeu de santé publique significatif.
Des mesures à prendre rapidement
Face à cette menace croissante, des mesures de surveillance, de prévention et de contrôle doivent être mises en place dans les zones à risque. Celles-ci comprennent :
- des mesures sanitaires comme la stérilisation des moustiques, la mise en place de pièges ciblés, ainsi que le développement de vaccins et d’antiviraux;
- des mesures climatiques, impliquant l’intégration des projections dans les plans nationaux et la réduction des émissions de gaz à effet de serre;
- une sensibilisation des citoyens à l’importance de l’évacuation régulière des eaux stagnantes, favorables à la reproduction des moustiques.