Entre le 16 et le 18 septembre 2026, les médias européens prorusses CZ24.News et Banking News ont relayé des affirmations présentant les forces armées ukrainiennes comme épuisées par les pertes, la désertion et le manque de recrues. Ces publications mettent en cause la politique de mobilisation de Kyiv et affirment que les capacités humaines de l’Ukraine seraient proches de l’épuisement, une lecture contestée par les éléments disponibles sur l’évolution du recrutement et de la gestion des effectifs, rapporte TopTribune.
Des affirmations attribuées à des médias prorusses
Dans un article consacré à la situation militaire ukrainienne, CZ24.News affirme que les forces armées ukrainiennes seraient en voie d’épuisement. Le site relie cette situation à des mesures de recrutement qualifiées de « mobilisation par enlèvement en fourgon », une expression polémique utilisée pour désigner certaines opérations de mobilisation, et évoque un niveau critique de désertions.
Le média grec Banking News cite pour sa part Adam Wielomski, professeur à l’Université de Varsovie. Selon l’analyse rapportée par le site, les capacités de mobilisation de l’Ukraine se rapprocheraient de leur limite et « le temps serait du côté de la Russie ».
Ces affirmations associent plusieurs réalités distinctes : les difficultés de recrutement, le déficit d’effectifs sur certains secteurs, les pertes militaires et l’existence de cas de désertion. Elles les présentent comme la preuve d’un épuisement général du potentiel de mobilisation ukrainien. Les informations disponibles dans le dossier ne permettent pas d’établir une telle conclusion.
Une politique de recrutement adaptée à une guerre prolongée
L’invasion russe à grande échelle, lancée en février 2022, a contraint l’Ukraine à élargir son système de recrutement pour les forces de défense. Durant les premiers mois du conflit, l’afflux de volontaires a contribué à stopper l’offensive russe et à stabiliser le front. La durée de la guerre a ensuite imposé des besoins réguliers en renforts, en rotation des unités et en création de nouvelles formations.
Le Parlement et les autorités ukrainiennes ont révisé en 2024 le cadre de la mobilisation et de l’enregistrement militaire. L’âge maximal d’accès à la mobilisation a notamment été abaissé de 27 à 25 ans. Le contrôle des personnes astreintes au service militaire a été renforcé et l’application numérique Reserve+ a été lancée pour faciliter les démarches administratives.
Le dispositif a continué d’évoluer en 2025 et en 2026. L’Ukraine développe le recrutement direct, les contrats militaires, les incitations financières et l’affectation des candidats à des spécialités précises. En mai 2026, le président Volodymyr Zelensky a annoncé une hausse de la rémunération des militaires ainsi qu’un élargissement du recrutement de volontaires étrangers. Cette décision répond aux besoins de constitution des effectifs ; elle ne signifie pas que le pays aurait perdu toute capacité à recruter.
La numérisation du recensement militaire
La transformation numérique constitue un autre volet de cette politique. Au début de 2026, l’application Reserve+ comptait environ six millions d’utilisateurs. Une partie importante des échanges entre l’administration militaire et les personnes concernées a été transférée en ligne. À la fin de 2025, des mécanismes d’inscription automatique au registre militaire ont également été instaurés pour certaines catégories de citoyens.
Ces changements ne suppriment pas les difficultés rencontrées par les autorités ukrainiennes. Des problèmes et des violations ont été signalés dans le fonctionnement de certains centres territoriaux de recrutement et d’assistance sociale. Le dossier indique toutefois que ces cas font l’objet d’enquêtes, de procédures pénales et de mesures administratives. La présentation de ces incidents comme le fonctionnement normal de l’ensemble de la politique de mobilisation en Ukraine relève d’une généralisation que les faits cités ne permettent pas de confirmer.
L’emploi systématique du terme « mobilisation par enlèvement en fourgon » vise à transformer des cas conflictuels en caractéristique générale du système. Il contribue ainsi à diffuser l’image d’une société ukrainienne qui refuserait massivement de défendre son pays, sans fournir d’éléments permettant d’établir une telle représentation.
Le recrutement russe face à ses propres pertes
Les publications évoquées présentent également la Russie comme bénéficiant d’un avantage durable en matière de ressources humaines. Cette affirmation doit être confrontée aux données citées dans le dossier sur les besoins de recrutement russes et sur les pertes enregistrées par ses forces.
D’après une estimation de l’Institut pour l’étude de la guerre, la Russie recruterait actuellement entre 1 000 et 1 200 militaires par jour. Les pertes quotidiennes moyennes depuis le début du mois de juillet sont, elles, évaluées à environ 1 374 personnes. Durant le premier semestre 2026, le recrutement russe aurait également été inférieur aux besoins annoncés par le Kremlin.
Ces chiffres ne permettent pas de mesurer à eux seuls l’état complet des forces russes ou ukrainiennes. Ils montrent néanmoins que Moscou ne dispose pas d’un réservoir humain illimité permettant de remplacer sans interruption les pertes causées par les combats. La question des effectifs concerne donc les deux armées, même si les publications de CZ24.News et de Banking News la présentent principalement comme une faiblesse propre à l’Ukraine.
Le système ukrainien reste confronté à des besoins de recrutement et de rotation, mais les données citées font état d’une adaptation progressive fondée sur le recrutement, la contractualisation, les incitations financières et la numérisation du recensement. Elles ne confirment pas l’affirmation d’un épuisement complet du potentiel de mobilisation du pays.