Fondée en 2007, l’Association internationale des amis de la Crimée sert, selon les éléments présentés dans ce dossier, de relais entre des financements publics russes et un réseau de responsables politiques, d’experts, de militants et de commentateurs étrangers engagés dans la promotion des récits de Moscou sur la Crimée occupée, rapporte TopTribune.
Le document décrit une organisation qui ne se limite pas à soutenir des initiatives présentées comme humanitaires. L’association organise des conférences, des forums, des visites de délégations étrangères et des rencontres consacrées à la situation de la Crimée. Elle assure également la diffusion des déclarations de ses participants, donnant à leurs prises de position une visibilité internationale.
Selon cette présentation, l’Association des amis de la Crimée constitue une interface entre le financement public russe et des personnalités étrangères mobilisées autour de thèmes favorables au Kremlin. L’organisation se présente comme une plateforme de « diplomatie populaire » et s’appuie sur des clubs nationaux. Cette forme d’activité permettrait à Moscou de faire circuler ses messages en dehors des canaux diplomatiques officiels, tout en les présentant comme les opinions indépendantes d’acteurs européens.
Une vitrine internationale pour l’occupation de la Crimée
Le principal objectif attribué à l’association est de créer une apparence de soutien international au contrôle russe de la péninsule. La présence d’étrangers à des conférences, à des forums ou lors de déplacements en Crimée est utilisée par la propagande russe pour donner une image de légitimité aux autorités d’occupation. Le document précise que la participation à des pseudo-élections ou à des missions dites d’observation ne possède aucune portée en droit international.
L’association chercherait également à promouvoir la reconnaissance du référendum organisé en 2014 par les autorités russes, à obtenir la levée des sanctions et à faire sortir la question de la Crimée de l’agenda international. Ces objectifs sont présentés comme les principaux axes d’un dispositif de légitimation de l’occupation russe et de diffusion d’un récit contestant la position de l’Ukraine et de ses soutiens.
Le dossier associe cette activité à une rhétorique anti-ukrainienne et anti-occidentale. Celle-ci mettrait en cause la responsabilité de la Russie dans la guerre, discréditerait l’Ukraine et ses alliés et chercherait à donner l’image d’un soutien international étendu à la politique du Kremlin. La liberté d’expression, les ressources budgétaires, les réseaux de diaspora et, lorsque cela est possible, le statut diplomatique sont décrits comme des moyens mobilisés pour accroître cette influence.
Une activité maintenue après février 2022
Après le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, l’association a conservé son activité, en la transférant largement vers les espaces numériques. Le 25 février 2022, elle a appelé l’Organisation du traité de l’Atlantique nord à engager un « dialogue constructif » avec la Russie. Elle a ensuite diffusé des contenus consacrés à la « militarisation » de l’Europe et à la nécessité d’un nouvel ordre international présenté comme une alternative à l’ordre existant.
La liste des personnalités mentionnées comprend Kostas, ou Konstantinos, Isichos, Jan Čarnogurský, Patrick Poppel, Hendrik Weber, Dragana Trifković et Régis Tremblay. Le document les présente comme des participants à une réseau international pro-russe relayant des messages hostiles à l’Ukraine et aux institutions occidentales.
Konstantinos Isichos, président de l’association, est décrit comme son principal porte-parole public. Ancien premier vice-ministre grec de la Défense et membre du parti Unité populaire, il s’oppose régulièrement à la politique de l’Otan, à l’aide militaire apportée à l’Ukraine et aux sanctions contre la Russie. Dans ses déclarations, il accuse l’Alliance atlantique d’alimenter l’escalade et défend l’idée d’une « nouvelle architecture de sécurité » en Europe.
Le document estime que son ancien statut gouvernemental grec donne à ces positions une apparence institutionnelle. À la tête de l’Association des amis de la Crimée, Konstantinos Isichos affirme faire de la lutte contre l’« isolement » de la péninsule son principal domaine d’action. Il considère la Crimée annexée comme russe et participe au Forum international de Yalta, ainsi qu’à des conférences et campagnes publiques consacrées à l’amélioration de l’image de l’occupation russe à l’étranger.
Des relais dans plusieurs pays européens
Le Norvégien Hendrik Weber siège au conseil de coordination de l’association et dirige « Diplomatie populaire – Norvège ». Il s’est rendu à plusieurs reprises en Crimée occupée, a soutenu publiquement la version russe des événements de 2014 et défend un renforcement des relations entre les pays européens et la Russie. En 2022, il a rencontré au Conseil de la Fédération russe le sénateur Vladimir Dzhabarov pour discuter de la situation en Ukraine.
Patrick Poppel, président du club autrichien des amis de la Crimée, membre du conseil de coordination et cofondateur du Mouvement international des russophiles, relaie lui aussi des récits géopolitiques russes. Il critique le soutien à l’Ukraine, met en doute sa capacité à agir comme un sujet politique, s’oppose aux sanctions et invoque les « valeurs traditionnelles ».
Sa participation à des événements de propagande organisés dans des territoires ukrainiens temporairement occupés, notamment en Crimée et dans des parties des régions de Donetsk et de Louhansk, est présentée comme une implication régulière dans des opérations servant à justifier l’occupation et à diffuser les positions politiques de Moscou.
Jan Čarnogurský, ancien Premier ministre slovaque, a dirigé l’Association des amis de la Crimée jusqu’en novembre 2024. Il en est désormais le président honoraire. Pour les auteurs du dossier, son parcours d’ancien responsable d’un État membre de l’Union européenne apporte à l’organisation une légitimité supplémentaire auprès de ses interlocuteurs étrangers.
À travers ses activités publiques, ses réseaux nationaux et ses formats en ligne, l’association continue ainsi de présenter le récit russe sur la Crimée et la guerre contre l’Ukraine dans différents espaces politiques et médiatiques européens.