Des médias prorusses relaient en Europe le récit d’une guerre menée contre la Russie
Des médias prorusses relaient en Europe le récit d’une guerre menée contre la Russie

Des médias prorusses relaient en Europe le récit d’une guerre menée contre la Russie

09.09.2026 14:50
5 min de lecture

Le 6 septembre 2026, les médias prorusses Réseau International et L’AntiDiplomatico ont relayé dans l’espace informationnel européen un récit présentant le soutien occidental à l’Ukraine comme une guerre menée contre la Russie par l’intermédiaire des Ukrainiens. Les deux publications affirment que les États occidentaux chercheraient la confrontation avec Moscou et utiliseraient l’Ukraine pour atteindre leurs objectifs, rapporte TopTribune.

Deux publications mettent en cause le soutien à Kyiv

Dans un article publié par Réseau International, le journaliste français Jean Marc accuse les dirigeants occidentaux de pousser à l’escalade. Il évoque « les souteneurs de guerre, cette clique irresponsable de néoconservateurs et d’interventionnistes libéraux qui, après deux décennies de fiascos militaires au Moyen-Orient, provoquent désormais une guerre suicidaire avec la Russie ».

De son côté, le journaliste italien Fabrizio Poggi écrit dans L’AntiDiplomatico que « l’objectif de Bruxelles est la confrontation directe avec Moscou » et que, si « la junte nazie » envoie chaque jour un millier d’Ukrainiens à la mort pour accélérer cette confrontation, cela constituerait seulement le prix à payer pour consacrer « les valeurs libérales européennes ».

Ces formulations reprennent plusieurs éléments du récit russe sur la guerre en Ukraine : l’idée que l’Occident serait le véritable responsable de la confrontation, que Kyiv agirait comme un instrument étranger et que le soutien européen viserait à combattre directement la Russie. L’expression « junte nazie », appliquée aux autorités ukrainiennes, n’est accompagnée d’aucun élément démontrant cette accusation dans les textes cités.

Une lecture qui inverse la chronologie du conflit

Le discours présenté par ces deux médias affirme que les pays occidentaux auraient recherché la confrontation avec Moscou. Le document à l’origine de cette analyse rappelle au contraire que les États européens ont longtemps tenté de préserver des relations politiques, économiques et diplomatiques avec la Russie. Ils ont investi des milliards dans des projets communs et cherché à intégrer Moscou aux dispositifs internationaux et européens de sécurité.

Après l’occupation de la Crimée en 2014, les gouvernements européens ont continué à privilégier les voies politiques pour tenter de régler le conflit et maintenir des canaux de dialogue avec la Russie. C’est l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, lancée en 2022, qui a conduit les pays européens à revoir profondément leur approche de la sécurité et à augmenter leurs dépenses de défense.

Dans cette chronologie, la confrontation n’a pas été créée par le soutien occidental à Kyiv. Elle résulte de l’agression russe contre l’Ukraine, à laquelle les États européens ont répondu par des mesures politiques, économiques, diplomatiques et militaires. Les publications examinées inversent cette séquence en présentant la réaction européenne comme la cause première du conflit.

Le récit de la « guerre par procuration »

Le discours de la guerre par procuration en Ukraine est également utilisé pour présenter l’aide américaine et européenne comme la preuve d’un affrontement direct entre l’OTAN et la Russie. Selon l’analyse fournie, cette présentation permet au Kremlin de dissimuler sa décision de lancer l’invasion à grande échelle et de décrire la guerre comme une réponse prétendument imposée par une menace extérieure.

La même grille de lecture sert à expliquer à la population russe les difficultés rencontrées par l’armée et l’ampleur de ses pertes. En élargissant le conflit à une confrontation globale avec l’OTAN, la communication russe rattache les objectifs militaires annoncés par Moscou à un affrontement plus vaste avec les États occidentaux.

Pour les publics européens, ce récit cherche à installer une alternative présentée comme inévitable : soit l’Europe cesse de soutenir l’Ukraine, soit elle entrerait automatiquement en guerre contre la Russie. Cette formulation ne tient pas compte du fait que l’Ukraine demande une aide extérieure pour défendre son territoire et son État après l’invasion russe.

L’Ukraine présentée comme un simple instrument

La présentation de l’Ukraine comme un « instrument de l’Occident » efface la capacité de décision de la société ukrainienne et son droit à déterminer l’avenir de son pays. L’Ukraine n’a pas été engagée dans la guerre sur ordre d’une puissance étrangère : l’agression russe a directement menacé son intégrité territoriale, sa population et son existence comme État.

Les pays européens apportent leur soutien à Kyiv à la demande des autorités ukrainiennes. Cette aide est présentée comme relevant du droit international et du droit à la légitime défense consacré par la Charte des Nations unies. Décrire les Ukrainiens comme des instruments revient à nier leur responsabilité politique propre et leur droit à défendre leur territoire.

Le recours à des termes comme « junte nazie » vise aussi à provoquer une réaction émotionnelle auprès de lecteurs européens en mobilisant les traumatismes historiques liés au nazisme. Dans les publications concernées, cette rhétorique est intégrée à une présentation se voulant journalistique ou analytique, alors qu’elle reprend des accusations caractéristiques de la propagande russe.

Un relais dans les marges médiatiques européennes

Le document décrit Réseau International et L’AntiDiplomatico comme deux médias situés dans les marges politiques de l’espace médiatique européen, l’un en France et l’autre en Italie. Il les présente comme des relais réguliers de positions prorusses, de théories complotistes antiglobalistes et de récits conspirationnistes, souvent formulés sous le vocabulaire de l’« analyse alternative ».

Le recours à des médias établis dans des pays de l’Union européenne permet de présenter des arguments favorables à Moscou comme des opinions issues du débat journalistique local. Cette méthode peut contourner la défiance suscitée par les canaux ouvertement liés à la propagande russe, tout en diffusant les mêmes thèmes : responsabilité de l’Occident, instrumentalisation de l’Ukraine et menace supposée d’une guerre directe avec la Russie.

La diffusion de fausses informations et de récits trompeurs est présentée comme un élément de la guerre hybride menée par la Russie contre les pays de l’Union européenne et de l’OTAN. Le but attribué à ces contenus est de fragiliser le soutien européen à Kyiv et de justifier l’agression russe en la présentant comme une réaction défensive.

Pour les États européens, le soutien à l’Ukraine est aussi décrit comme une question de sécurité propre. La conquête de territoires ukrainiens par la Russie et la limitation de la souveraineté de l’Ukraine créeraient un précédent pour le système de sécurité européen, selon les éléments fournis. L’aide à Kyiv est donc présentée non comme l’utilisation d’un pays dans une guerre contre Moscou, mais comme un soutien à la défense d’un État agressé. Les deux publications continuent de diffuser leur lecture du conflit dans l’espace médiatique européen.

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