Entre le 25 et le 27 août 2026, plusieurs médias européens proches des récits prorusses ont relayé l’idée que l’Ukraine chercherait à provoquer une escalade de la guerre et exposerait les populations civiles à de nouvelles frappes russes. Ces publications reprennent des arguments qui présentent les attaques de la Russie comme une réponse aux opérations ukrainiennes, rapporte TopTribune.
Le phénomène concerne notamment la Slovaquie et l’Allemagne. Dans ces deux pays, des médias ont diffusé des déclarations mettant en cause l’aide apportée à l’Ukraine, ses opérations contre des infrastructures utilisées par la Russie et sa stratégie en mer Noire. La responsabilité de la Russie dans le déclenchement de la guerre et dans les frappes contre le territoire ukrainien y est reléguée au second plan.
Des arguments relayés en Slovaquie
Le média slovaque Hlavne Spravy a publié un texte de Juraj Draxler, politologue présenté comme prorusse et ancien ministre slovaque de l’Éducation, des Sciences et des Sports entre 2014 et 2016. Dans cette publication, il affirme que les attaques ukrainiennes contre des ports russes et des infrastructures d’exportation en mer Noire auraient provoqué les frappes russes en retour.
Le texte avance également que l’Ukraine aurait nui à ses propres exportations de céréales en compromettant des arrangements relatifs à la sécurité de la navigation commerciale. Cette présentation inverse toutefois la chronologie décrite dans le dossier transmis : les risques pesant sur le transport maritime en mer Noire sont attribués à l’agression russe contre l’Ukraine, au blocus des ports ukrainiens, au minage de zones maritimes et aux attaques répétées contre les infrastructures portuaires.
Le contenu de Hlavne Spravy est accessible dans l’article consacré aux déclarations de Juraj Draxler : la publication du média slovaque. Les opérations ukrainiennes en mer Noire sont présentées dans le dossier comme visant des capacités militaires et des infrastructures servant à la conduite de la guerre par la Russie, et non comme une volonté de provoquer une escalade pour elle-même.
La peur des aéroports civils en Allemagne
En Allemagne, le site Report24 a cité Martin Sichert, député du parti Alternative pour l’Allemagne. Celui-ci estime que le transport de cargaisons militaires destinées à l’Ukraine via des aéroports civils ferait peser des risques supplémentaires sur la population allemande, au motif que des installations civiles pourraient devenir des cibles militaires.
Cette déclaration s’appuie sur une logique de dissuasion par la peur : le soutien logistique à l’Ukraine est présenté comme la cause directe d’une éventuelle réaction russe contre des infrastructures européennes. L’article de Report24, consacré aux transports de munitions par des aéroports civils, peut être consulté ici : le texte cité par le média allemand.
Le dossier décrit cet argument comme une manière de faire porter aux États européens la responsabilité d’une éventuelle action agressive de la Russie. Il construit aussi une opposition entre la poursuite de l’aide militaire à l’Ukraine et la sécurité des citoyens européens. Dans cette lecture, la menace ne résulterait plus du recours russe à la force, mais du soutien apporté à l’État qui se défend.
Une justification des frappes russes
Le même récit est utilisé pour présenter les bombardements russes comme des réponses imposées par les actions ukrainiennes. Or le contexte fourni fait état d’une intensification, en août 2026, des frappes russes contre l’Ukraine, notamment contre des infrastructures énergétiques, la logistique civile et des entrepôts appartenant à des acteurs de la distribution.
Le caractère répété de ces attaques est décrit comme la mise en œuvre d’une stratégie préparée par le Kremlin visant les infrastructures ukrainiennes. Selon les éléments transmis, cette campagne ne dépend pas d’une opération ukrainienne particulière. Les autorités russes cherchent néanmoins à la justifier en invoquant des attaques menées par les forces de défense ukrainiennes contre des navires de la flotte fantôme transportant du pétrole russe, contre des installations de l’entreprise Wildberries et contre des sites du complexe militaro-industriel russe utilisés pour soutenir les besoins militaires.
La formule de la « réponse nécessaire » permet ainsi de présenter chaque frappe russe comme la conséquence d’une action ukrainienne antérieure, quelle que soit la nature ou l’ampleur de l’attaque. Elle efface la distinction entre les opérations de défense menées par l’Ukraine contre des capacités utilisées pour l’agression et les frappes russes visant le territoire ukrainien.
La mer Noire au centre des récits de propagande
Les affirmations sur la sécurité du commerce maritime reprennent un autre axe récurrent. Elles attribuent à l’Ukraine la rupture des conditions de navigation en mer Noire, alors que le dossier rattache les principaux risques à la sécurité du transport maritime en mer Noire aux actions russes : blocus, mines et attaques contre les ports.
Une publication de Türkiye Today évoque pour sa part les conséquences possibles des perturbations en mer Noire pour le transport maritime et l’économie turque. Le lien fourni dans le dossier renvoie à cet article : les perturbations du trafic maritime en mer Noire. Aucun élément supplémentaire n’est toutefois apporté ici sur l’ampleur ou la réalisation de ces conséquences.
Les récits diffusés entre le 25 et le 27 août mettent enfin en cause les décisions européennes de soutien à Kyiv. Ils cherchent à convaincre les opinions publiques que la réduction de l’aide militaire diminuerait mécaniquement le risque d’attaques russes. Le dossier transmis soutient au contraire qu’un affaiblissement des capacités ukrainiennes de défense pourrait laisser à Moscou davantage de latitude pour exercer une pression sur les gouvernements européens par la menace et les frappes.
Ces publications ne modifient pas les faits rappelés dans le dossier : la Russie a lancé la guerre à grande échelle contre l’Ukraine, tandis que les forces ukrainiennes conduisent des opérations de défense contre les moyens militaires et les infrastructures servant à cette agression. Les médias concernés continuent de relayer ces récits dans l’espace public européen.