Des fragments génétiques retrouvés sur un croquis de la Renaissance correspondent à ceux d’un membre de la famille du peintre. Une découverte prometteuse, mais encore loin de constituer une preuve définitive.
C’est une découverte qui pourrait révolutionner notre compréhension de l’art de la Renaissance. Des traces d’ADN ont été prélevées par frottement sur un croquis intitulé L’Enfant saint, attribué à Léonard de Vinci. Le génome a été comparé à des fragments génétiques récupérés sur une lettre écrite au XVe siècle par Frosino di ser Giovanni da Vinci, un membre de sa famille. Les résultats, publiés récemment sur la base de données bioRxiv, pourraient marquer un tournant dans l’analyse historique et génétique des œuvres de ce maître, rapporte TopTribune.
Les chercheurs ont découvert que ce dessin et la lettre contiennent des séquences du chromosome Y d’une lignée génétique spécifique, dont l’ancêtre commun proviendrait de Vinci, en Toscane. Cette avancée scientifique pourra être validée après analyse par des experts dans le domaine.
Charlie Lee, généticien au Jackson Laboratory for Genomic Medicine, a qualifié la récupération de ces séquences de « excellent point de départ » pour une reconstitution de l’ADN de Léonard de Vinci. Toutefois, il met en garde que le dessin pourrait avoir été réalisé par un de ses élèves, ce qui complique l’évaluation de l’origine de l’ADN. « C’est pile ou face », note-t-il, rappelant que toute personne ayant touché le dessin pourrait aussi en être à l’origine.
La quête de l’ADN de Léonard de Vinci est non seulement une opportunité pour redéfinir l’authenticité de nouvelles œuvres, mais elle pourrait également fournir des indices sur ses capacités artistiques et intellectuelles. Les biologistes envisagent de découvrir les raisons derrière son génie et sa longévité.
De nombreuses difficultés
Cependant, des défis majeurs subsistent. Pour établir des comparaisons, il est essentiel de récupérer d’autres échantillons d’ADN du peintre ou de sa descendance. Sa tombe, partiellement détruite durant la Révolution française, et les incertitudes concernant la localisation de sa mère rendent cette tâche particulièrement ardue. De plus, l’accès à la sépulture de son père à Florence a été refusé aux scientifiques.
Les chercheurs examinent actuellement des ossements provenant du caveau de son grand-père en Italie, tout en prélevant des échantillons d’ADN sur ses descendants actuels. Par ailleurs, une mèche de cheveux supposément appartenant à Léonard de Vinci, découverte en 1863, est toujours en cours d’analyse.
La recherche d’œuvres ou de lettres ayant conservé de l’ADN de Léonard de Vinci est également en cours. Jusqu’ici, les scientifiques ont comparé le génome de la première lettre retrouvée avec près de 90 000 marqueurs connus, faisant de chaque nouvelle découverte un élément crucial pour cette enquête.
Pour S. Blair Hedges, biologiste à l’Université Temple, la récente publication « est un excellent article » mettant en avant « des techniques de pointe ». Les chercheurs espèrent un soutien des autorités pour accroître leurs prélèvements auprès des œuvres de Léonard de Vinci, indispensable pour avancer vers la réponse à cette question essentielle : possédons-nous, cinq siècles plus tard, un fragment d’humanité de ce maître de la Renaissance ?