Cette semaine d’Assomption, la France endure sa cinquième canicule depuis mai, battant déjà des records de hectares brûlés dans les incendies. Juillet 2026 est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, avec une hausse de 3,8 °C par rapport aux normales saisonnières. De plus, 98 départements français sur 101 sont touchés par une sécheresse intense, rapporte TopTribune.
Marine Tondelier, figure écologiste, souligne que cette crise climatique « confirme tout ce que les écologistes disent depuis cinquante ans ». Cependant, au lieu de favoriser un consensus autour de l’écologie, l’été 2026 a été marqué par des attaques virulentes contre ce mouvement, en particulier de la part du Rassemblement National.
« Un discours d’opposition opportuniste »
Dès l’apparition des premières canicules, le parti d’extrême droite a critiqué « l’écologie de la décroissance » comme étant contre-productive. Face aux incendies, le député RN Julien Odoul a accusé les écologistes de « refuser les débroussaillages », une affirmation que les Verts rejettent fermement.
Amandine Richaud Crambes, ingénieure en environnement, explique que ces critiques proviennent majoritairement de partis qui n’ont pas eu de programme écologique cohérent, cherchant à réagir désespérément à la réalité vécue par les Français. Avec 9 Français sur 10 considérant que le dérèglement climatique est en cours, ceux qui niaient le réchauffement climatique tentent désormais de se présenter comme des défenseurs de l’écologie en imputant la non-application de solutions à la responsabilité des Verts. C’est ce qu’elle appelle un discours d’opposition opportuniste.
Juliette Grange, auteure d’un ouvrage sur la philosophie de l’écologie, partage cette analyse. Pour elle, face à un éventuel retour de leur discours climatosceptique, l’extrême droite préfère attaquer les écologistes pour détourner l’attention.
Des écologistes pas exempts de reproche
Cependant, les Écologistes peinent à tirer profit de la crise estivale. Les intentions de vote pour Marine Tondelier tournent autour de 3 à 5 %, sans effet significatif post-catastrophes. Un sondage de mai 2026 a révélé que seulement 32 % des Français faisaient confiance aux Écologistes pour leur politique environnementale, contre 41 % pour le RN.
François Gemenne, chercheur en environnement, note qu’au lieu de bénéficier de crises comme les incendies, c’est paradoxalement le RN qui en tire profit. Bien qu’il atteste que les Verts alertent depuis des décennies sur ces enjeux, les mouvements écologiques ne sont pas sans reproche. Il admet qu’ils ont parfois échoué à mettre en œuvre des politiques adaptatives efficaces.
Le symbole de la climatisation
Le débat sur la climatisation est devenu un symbole des clivages politiques. La France, disposant d’une électricité à faible empreinte carbone grâce à son parc nucléaire, produit un surplus d’électricité en été. Toutefois, Marine Tondelier et d’autres déclarent que cette solution n’est pas une panacée, la qualifiant d’« inégalitaire » et affirmant qu’elle aggrave le phénomène en augmentant la consommation d’énergie.
Pourtant, un sondage Odoxa-Figaro révèle que 83 % des Français soutiennent un déploiement étendu de la climatisation face aux vagues de chaleur, même parmi les militants écologistes, où 73 % se déclarent favorables.
Un manque d’imaginaire
Cette controverse donne au RN l’occasion de capitaliser sur un plan de climatisation qu’ils ont proposé, malgré des critiques sur sa faisabilité et son coût. Amandine Richaud Crambes rappelle que les partis d’extrême droite adoptent une approche solutionniste plus attrayante en communication que les Verts, qui parfois se heurtent à des réalités plus nuancées.
Corine Pelluchon, philosophe spécialisée dans la transition écologique, critique les Écologistes pour leur incapacité à construire un imaginaire porteur, limitant leur discours aux contraintes plutôt qu’aux opportunités. Elle souligne que cette perception de restriction est politisée, où la liberté semble constamment menacée.
Juliette Grange identifie également un phénomène plus large, où la sphère capitaliste opte pour des solutions à court terme, évitant de remettre en question le libéralisme. Cela s’observe non seulement en France, mais aussi aux États-Unis, où des mouvements politiques démantèlent les agences environnementales et préconisent un accroissement des énergies fossiles.
Le développement économique prime sur l’écologie
Juliette Grange avance que sous l’égide de la compétitivité, les politiques environnementales sont constamment remises en cause. Une étude de la Harvard Business School a démontré que les incendies accroissent le soutien aux candidats écologistes principalement dans les zones sans intérêts économiques significatifs liés à l’agriculture.
Cela dit, cet été a renforcé la place de l’écologie dans le discours politique français. Un sondage indique que 58 % des Français considèrent que la lutte contre le changement climatique doit être un thème majeur aux élections présidentielles de 2027, soit une hausse de 6 points par rapport à la précédente évaluation. Amandine Richaud Crambes conclut sur une note d’espoir, notant une sensibilisation croissante au réchauffement climatique parmi les Français, avec des termes comme « îlot de chaleur urbain » entrant dans le langage courant.