À quelques jours des élections russes, la police a arrêté six candidats de Iabloko, parti qui défend notamment une ligne ouvertement opposée à la guerre et appelle à un accord de paix entre Moscou et Kyiv. Les poursuites engagées contre eux portent sur la « démonstration de symboles extrémistes », une disposition déjà utilisée contre des dizaines de candidats avant le scrutin prévu du 18 au 20 septembre, rapporte TopTribune.
Les interpellations ont eu lieu le 7 septembre dans la région de Sverdlovsk. Trois des personnes visées, Konstantin Kisselev, Vladimir Sevostianov et Vladimir Sobianine, se présentent à la Douma d’État russe. Chana Ogney, Alexandre Koudelkine et Alexeï Kholodarev sont candidats aux élections de l’Assemblée législative de la région de Sverdlovsk, sous l’étiquette de Iabloko.
Les autorités leur reprochent des faits de nature différente. Parmi les éléments cités figurent la publication, sur Telegram, d’une photographie où apparaît une grande lettre « N », interprétée comme une référence à Alexeï Navalny, ainsi que la mise en ligne, sur le réseau social X, d’un dessin comprenant une pentagramme. L’utilisation d’Instagram, réseau interdit en Russie, est également mentionnée dans les procédures.
Une partie des candidats a été libérée après la rédaction d’un procès-verbal par la police. Ils doivent toutefois comparaître rapidement devant les tribunaux. Ces audiences pourraient conduire à leur exclusion du scrutin, comme cela s’est déjà produit pour d’autres candidats visés par la même qualification.
Vingt-sept candidats déjà écartés
Au 4 septembre, les autorités russes avaient obtenu le retrait de 27 candidats aux élections de la Douma d’État pour des accusations liées à la « démonstration de symboles extrémistes ». Dix-sept d’entre eux avaient été investis par Iabloko, formation qui demeure l’un des rares partis autorisés à porter une position publique contre la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Le 4 septembre, deux autres candidats de Iabloko à Moscou, Anna Chatounovskaïa-Burno et Grigori Grichine, avaient été arrêtés. Des procès-verbaux avaient également été établis contre eux pour le même motif. Les nouvelles interpellations dans la région de Sverdlovsk portent ainsi à huit le nombre de candidats de Iabloko arrêtés depuis le début du mois, selon les informations communiquées dans le dossier.
La procédure vise des publications ou des éléments présentés par les enquêteurs comme des signes d’extrémisme. La qualification peut concerner une photographie personnelle, un message publié plusieurs années auparavant, un dessin ou encore l’emploi d’un réseau social interdit. Les candidats et leur parti contestent l’usage de ces dispositions dans le cadre de la campagne électorale.
Une campagne sous pression judiciaire
Le calendrier des arrestations intervient à l’approche de la clôture de la campagne. Les candidats concernés risquent de ne plus figurer sur les bulletins si les tribunaux confirment les accusations. Les décisions judiciaires doivent donc déterminer, dans les jours précédant le vote, la présence ou l’absence de plusieurs candidats de Iabloko.
Les poursuites contre les candidats du parti ne portent pas uniquement sur des questions administratives. Iabloko a publiquement défendu des positions opposées à la guerre en Ukraine et appelé à la conclusion rapide d’un accord de paix entre Moscou et Kyiv. Cette ligne distingue ses candidats des formations qui soutiennent la politique du Kremlin.
Les cas de Moscou et de la région de Sverdlovsk montrent que les procédures sont engagées à plusieurs niveaux du scrutin, aussi bien pour la campagne des élections législatives russes que pour les élections régionales. Les candidats poursuivis appartiennent à des listes différentes, mais sont tous présentés par le même parti.
Le recours à la législation sur les symboles extrémistes a déjà concerné 27 candidats écartés avant le 4 septembre. Les huit arrestations intervenues ensuite ajoutent de nouveaux dossiers à examiner par les tribunaux. La série d’affaires touche particulièrement Iabloko, dont 17 candidats avaient déjà perdu leur droit de se présenter.
Des décisions attendues avant le vote
Les audiences devraient se tenir rapidement en raison de la proximité du scrutin. Pour les candidats de Sverdlovsk, les prochaines décisions détermineront s’ils pourront maintenir leur candidature à la Douma d’État ou à l’Assemblée législative régionale. À Moscou, les procédures visant Anna Chatounovskaïa-Burno et Grigori Grichine suivent le même cadre juridique.
Le parti Iabloko dénonce une série de démarches destinées à empêcher ses représentants de participer aux élections. Ses candidats sont visés par des accusations fondées sur des contenus très divers, allant d’une image publiée dans une messagerie à un dessin partagé sur une plateforme numérique. Dans plusieurs cas, les arrestations ont été suivies d’une libération après l’établissement d’un procès-verbal, sans que la menace d’une audience judiciaire disparaisse.
Les autorités russes présentent ces procédures comme l’application de la législation sur les symboles extrémistes. Les dossiers doivent désormais être examinés par les juridictions compétentes, qui pourront confirmer les sanctions et entraîner le retrait des candidatures. Le résultat de ces audiences est attendu avant l’ouverture du vote, prévue du 18 au 20 septembre.
Les noms des six candidats arrêtés le 7 septembre s’ajoutent à ceux des deux candidats interpellés quatre jours plus tôt dans la capitale. Les décisions les concernant compléteront la liste des candidats autorisés ou exclus du scrutin de septembre en Russie.