La commission mixte paritaire, réunissant députés et sénateurs, a échoué mercredi 26 novembre 2025 à trouver un consensus sur le projet de budget de la Sécurité sociale, qui inclut la controverse autour de la « suspension » de la réforme des retraites. Aucune version de compromis n’ayant été établie, cet échec était prévisible étant donné les divergences entre les deux chambres. Les discussions se tournent désormais vers l’avenir du projet de loi, rapporte TopTribune.
Semaine cruciale pour l’avenir du gouvernement
Le Sénat a adopté son propre projet de budget avec 196 voix contre 119, faisant éclater les désaccords en moins d’une heure lors de la CMP. « Il ne s’agissait que de la première lecture », a tempéré Thibault Bazin, rapporteur à l’Assemblée, qui évoque une « voie de passage » possible lors d’une nouvelle lecture. Les négociations se compliquent pour le grand public, alors que les débats se concentrent sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale. La réécriture de la version sénatoriale débute à l’Assemblée samedi, suivie des discussions à partir de mardi dans l’hémicycle, avec des débats programmés jusqu’au 7 décembre.
Pour que la nouvelle version soit adoptée, elle devra obtenir l’accord des socialistes, qui ont misé sur une non-censure du gouvernement de Sébastien Lecornu en échange d’une « suspension » de la réforme des retraites.
Compromis ou combat ?
« Le chemin du compromis est un sport de combat », a déclaré le député PS Jérôme Guedj. Au sein du gouvernement, certains espèrent que les socialistes voteront pour le budget de la Sécurité sociale, plutôt que de s’abstenir. Cependant, le vote pourrait être serré si les Insoumis et le Rassemblement national s’opposent. Un député de l’aile droite du PS a affirmé que « voter pour le budget de l’État c’est impossible. Le budget de la Sécu c’est moins dur », en ajoutant que la situation reste difficile.
Un vote positif des socialistes pourrait toutefois ne pas suffire si les députés Horizons et Les Républicains, méfiants des concessions faites au PS, choisissent de s’abstenir ou de voter contre. Frédéric Valletoux, représentant d’Horizons, a averti que « un budget incluant la suspension de la réforme des retraites et un déficit en hausse ne pourrait pas être voté ».
D’autres parlementaires envisagent la possibilité pour le gouvernement d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution afin de faire adopter le texte sans vote, considérant que cela serait plus simple pour le PS que de voter en faveur du texte.
« Crise de trésorerie »
Sur le plan substantiel, la partie relative à la « suspension » de la réforme des retraites, rejetée par les sénateurs, est censée être réintégrée à l’Assemblée. La gauche espère également rétablir une hausse de la CSG sur les revenus du capital, censée rapporter 2,8 milliards d’euros en 2026, comptant sur cette mesure pour compenser les suppressions de décisions d’économies jugées provocantes par le gouvernement.
Pour le gouvernement, l’objectif est de limiter le déficit de la Sécurité sociale à 20 milliards d’euros, contre 24 milliards dans la version antérieure de l’Assemblée. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a signalé que l’absence d’un budget entraînerait une crise de trésorerie majeure, avec un déficit potentiel de 29 milliards d’euros.
Politiquement, l’adoption du budget de la Sécurité sociale est jugée cruciale pour le budget de l’État, avec l’espoir que sa validation créerait un élan positif. « Si vous parvenez à faire adopter le budget de la Sécu, vous aurez franchi la moitié du chemin », a affirmé une ministre. La situation reste tendue, avec les syndicats de médecins libéraux appelant à la grève début janvier prochain.
(source : Agence France-Presse)